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🎧 Pour sa 53e édition, organisée ce samedi 8 août 2026, Sierre-Zinal introduit un départ distinct pour les femmes élites.
Elles s’élanceront à 10 h 30, trente minutes avant les hommes invités. L’organisation veut ainsi offrir davantage de visibilité à la compétition féminine. L’objectif se comprend. Le moyen choisi pose davantage question.
Après avoir séparé les amateurs des élites, la mythique course suisse distingue désormais aussi les départs des femmes et des hommes. Une évolution pensée pour les médias, mais qui s’éloigne de l’esprit collectif du trail.
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Sierre-Zinal, une référence mondiale de la course en montagne
Sierre-Zinal se disputera le samedi 8 août 2026 entre Sierre et Zinal, dans le canton suisse du Valais.
Surnommée la « Course des Cinq 4000 », l’épreuve propose un parcours de 31 kilomètres comprenant environ 2 200 mètres de dénivelé positif et 1 100 mètres de descente. Après une montée particulièrement exigeante au départ de Sierre, les coureurs évoluent face à cinq sommets de plus de 4 000 mètres avant de plonger vers Zinal.
Créée en 1974, la course figure au calendrier de la Golden Trail World Series et de la Coupe du monde de course en montagne de la WMRA. Elle réunit chaque année les meilleurs spécialistes internationaux et plusieurs milliers d’amateurs sur le même parcours.
Pour cette 53e édition, 6 850 participants représentant 86 nationalités sont annoncés. Quinze hommes du top 20 de 2025 doivent revenir, tandis que sept femmes du top 10 féminin sont attendues. La course sera notamment diffusée sur la RTS, Eurosport, TNT Sports, Max et discovery+.
Une décision prise par Sierre-Zinal dépasse donc le seul cadre de cette épreuve : elle est observée et peut inspirer d’autres organisations.
Les femmes élites partiront trente minutes avant les hommes
Les femmes élites s’élanceront à 10 h 30. Les élites hommes et le premier bloc mixte partiront à 11 heures, avant deux autres vagues à 11 h 10 et 11 h 20.
Les femmes non élites inscrites dans la catégorie « Coureurs » pourront choisir le départ féminin de 10 h 30 ou conserver leur bloc mixte. Pour prétendre aux primes, les meilleures athlètes devront toutefois rejoindre le départ réservé aux femmes.
Sierre-Zinal avance trois raisons : valoriser la compétition féminine, améliorer les conditions de course et offrir une couverture médiatique plus claire.
Une tête de course féminine isolée du flux masculin est effectivement plus simple à suivre. Les caméras peuvent identifier immédiatement les favorites, montrer leurs écarts et construire un récit distinct.
Une décision largement pensée pour la télévision
Le direct commencera à 10 h 30, au moment du départ féminin. Pendant une demi-heure, les femmes seront donc les seules élites en course.
Le dispositif facilite le travail des diffuseurs. Dans une épreuve mixte, les caméras se concentrent souvent sur les premiers hommes et consacrent moins de temps aux premières femmes. Ce décalage garantit aux traileuses une séquence médiatique qui leur sera entièrement consacrée.
Sur le plan audiovisuel, la logique est cohérente. Mais une course de trail ne devrait pas être organisée uniquement selon la facilité avec laquelle elle peut être filmée.
Les départs séparés existent déjà en athlétisme
Le principe n’est pas nouveau.
Sur piste, les compétitions masculines et féminines sont organisées séparément. Certaines grandes courses sur route distinguent également les départs des élites afin de faciliter leur suivi ou d’éviter que les femmes bénéficient de groupes masculins.
Cette pratique possède pourtant une histoire particulière. En 1972, six participantes au marathon de New York avaient protesté contre une règle leur imposant de partir séparément. Elles s’étaient assises quelques minutes sur la ligne avant de courir, revendiquant précisément le droit de prendre part à la même épreuve que les hommes.
Un demi-siècle plus tard, la séparation revient avec une justification différente : il ne s’agit plus de limiter les femmes, mais de mieux les montrer.
Sierre-Zinal part d’un constat réel : la compétition féminine mérite d’être davantage visible.
Mais si les premières femmes disparaissent du direct, le problème vient surtout des choix éditoriaux et techniques. Une organisation peut leur consacrer davantage de caméras, multiplier les chronométrages intermédiaires, afficher régulièrement leur classement ou confier leur suivi à un journaliste dédié.
La production doit être capable de raconter simultanément les courses masculine et féminine. Isoler les femmes ne devrait pas être la condition nécessaire pour enfin les montrer.
L’esprit du trail repose sur une course partagée
Le trail se distingue de l’athlétisme sur piste par son caractère commun.
Femmes et hommes affrontent les mêmes sentiers, les mêmes montées, les mêmes descentes et les mêmes conditions. Ils peuvent évoluer ensemble, se dépasser, s’entraider ou former momentanément un groupe.
Cette coexistence donne également du sens au classement scratch. Lorsqu’une athlète termine parmi les dix, les vingt ou les cinquante premiers de l’ensemble du peloton, sa performance prend une dimension particulière.
À Sierre-Zinal, la comparaison des temps restera possible. Elle sera toutefois moins lisible sur le terrain. Une femme située devant un homme ne l’aura pas forcément dépassé puisqu’elle sera partie trente minutes plus tôt.
Le classement général conservera sa valeur chronométrique, mais perdra une partie de sa réalité visuelle.
Une course déjà fragmentée en plusieurs départs
Sierre-Zinal ne réunit déjà plus tous ses participants sur une seule ligne.
La catégorie « Touristes » s’élancera entre 4 h 45 et 6 h 15. Les femmes de la catégorie « Coureurs » pourront partir à 10 h 30. Les élites invitées et le premier bloc mixte partiront à 11 heures, puis deux autres vagues suivront.
Cette organisation répond à des impératifs de sécurité et de fluidité. Avec 6 850 inscrits, un départ unique serait difficilement envisageable.
Mais la multiplication des catégories transforme progressivement l’événement en une succession de courses empruntant le même itinéraire. Les touristes sont séparés des coureurs, les participants sont répartis selon leur niveau et les élites femmes partiront désormais avant les élites hommes.
À force d’optimiser chaque groupe, le trail risque de perdre la sensation de vivre collectivement une même épreuve.
Les traileuses n’ont pas besoin d’une course à part pour exister
Présenter ce départ distinct comme une avancée comporte un risque symbolique : laisser penser que les performances féminines ne peuvent devenir visibles qu’une fois les hommes retirés de l’image.
Les meilleures traileuses mondiales n’ont pourtant pas besoin d’un espace protégé. Elles doivent être filmées, commentées et reconnues avec le même sérieux que leurs homologues masculins.
Les femmes se sont battues pour accéder aux mêmes compétitions, aux mêmes parcours et à la même reconnaissance. L’enjeu consiste désormais à leur donner une place égale au sein d’une course commune, plutôt qu’à organiser deux récits parallèles.
Le véritable progrès aurait été de conserver un départ partagé tout en imposant une meilleure couverture de la compétition féminine.
Les principales favorites de Sierre-Zinal 2026
Le plateau féminin annoncé pour cette 53e édition est particulièrement dense. La Suissesse Maude Mathys, détentrice du record féminin en 2 h 49 min 20 s et quadruple gagnante, fait partie des principales favorites.
Elle retrouvera notamment la Kényane Caroline Kimutai, lauréate en 2025, ainsi que la Roumaine Madalina Florea, troisième en 2024 et gagnante du classement général de la Golden Trail World Series 2025.
L’Allemande Laura Hottenrott, la Chinoise Miao Yao, l’Espagnole Sara Alonso, la Néerlandaise Nienke Brinkman, l’Américaine Anna Gibson et la championne olympique de ski de fond Jessie Diggins sont également annoncées. La liste officielle peut encore évoluer jusqu’au départ.
En résumé, une bonne intention qui affaiblit l’identité de Sierre-Zinal
L’organisation cherche sincèrement à valoriser la compétition féminine. Mais une intention positive ne suffit pas à rendre le format pertinent.
En adoptant une formule inspirée de l’athlétisme et adaptée aux contraintes télévisuelles, Sierre-Zinal s’éloigne d’une partie de ce qui fait la singularité du trail : une même montagne, un même parcours et une aventure vécue ensemble.
Les femmes méritent mieux qu’une demi-heure réservée à l’écran. Elles doivent être pleinement visibles au cœur de la même course.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidĂ©os YouTube.









