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🎥 Dans un entretien accordé au podcast Vaincre et Sourire, Franck Derrien, coureur autiste Asperger et membre de la Team Adaptive de l’UTMB, confie son plus grand rêve : prendre un jour le départ des 170 km autour du Mont-Blanc. Une ambition qu’il évoque avec beaucoup de prudence. Pourtant, lorsqu’on regarde ses performances, une question se pose : et s’il était déjà largement capable de relever ce défi ?
Franck Derrien n’est pas un débutant qui rêve de terminer son premier ultra-trail. Vice-champion de France de sport adapté, l’Isérois possède une solide expérience de la course à pied, avec des chronos et des résultats que de nombreux traileurs pourraient lui envier.
Dans cet entretien avec MĂ©line Coulon, il envisage un Ă©ventuel UTMB en 2028, après une possible participation Ă la CCC en 2027. Il ne semble pourtant pas pleinement convaincu de pouvoir aller au bout de l’Ă©preuve.
Ce décalage entre son palmarès et la prudence de son discours est particulièrement intéressant.
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Franck Derrien a déjà les capacités physiques pour envisager l’UTMB
Ă€ l’écouter parler de l’UTMB, on pourrait croire que Franck Derrien s’apprĂŞte Ă dĂ©couvrir un univers sportif encore inaccessible. Ses rĂ©sultats racontent une autre histoire.
Sur route, il possède un record personnel de 2 h 52 sur marathon et a bouclĂ© les 100 km de Millau en 9 h 52 min 28 s. Deux performances qui tĂ©moignent d’un très bon niveau d’endurance.
En montagne, son expĂ©rience est tout aussi intĂ©ressante. En juillet 2026, il a terminĂ© l’UT4M Challenge, autour de Grenoble, avec 164,5 km et 10 582 m de dĂ©nivelĂ© positif au compteur. Il s’est classĂ© 36e sur 278 participants, au terme de 4 Ă©tapes.
Ce rĂ©sultat mĂ©rite d’ĂŞtre soulignĂ©, car le cumul du dĂ©nivelĂ© est mĂŞme supĂ©rieur Ă celui de l’UTMB 2026, dont le parcours affichait 174 km pour 9 700 m de dĂ©nivelĂ© positif.
Franck connaĂ®t Ă©galement les courses du Mont-Blanc. Il a terminĂ© la MCC en 2024, l’OCC en 2025, puis de nouveau la MCC en aoĂ»t 2026, couvrant cette dernière Ă©preuve de 40 km et 2 350 m de dĂ©nivelĂ© positif en 4 h 54 min 12 s.
Il ne manque donc ni de vitesse, ni d’endurance, ni d’expĂ©rience des terrains montagneux.
Sur le papier, Franck Derrien possède dĂ©jĂ de sĂ©rieux arguments pour prendre le dĂ©part de l’UTMB. Rien ne permet Ă©videmment de lui garantir une arrivĂ©e Ă Chamonix, mais son parcours sportif ne justifie pas de considĂ©rer cet objectif comme dĂ©mesurĂ©.
Avec la Team Adaptive, il bénéficie aussi d’un accès facilité à l’UTMB
L’autre particularitĂ© de sa situation concerne les inscriptions.
Franck Derrien fait partie de la Team Adaptive, créée en 2024 par l’organisation de l’UTMB pour favoriser la participation d’athlètes en situation de handicap. L’Ă©quipe est notamment accompagnĂ©e par Boris Ghirardi, lui-mĂŞme amputĂ© d’une jambe Ă la suite d’un accident de moto.
Pour les athlètes reconnus comme Ă©ligibles, l’organisation a mis en place un système de qualification simplifiĂ©.
Contrairement aux coureurs qui doivent compter sur le tirage au sort, les athlètes bénéficiant de cette priorité peuvent obtenir une inscription directe, sous réserve de remplir les conditions sportives et administratives habituelles.
Il faut notamment disposer d’au moins une Running Stone valide et d’un UTMB Index correspondant Ă la distance visĂ©e. Le tarif d’inscription reste Ă©galement applicable.
Franck Derrien explique d’ailleurs avoir participĂ© au Trail du Saint-Jacques by UTMB pour obtenir une Running Stone.
Son profil officiel affiche aussi un UTMB Index valide de 589 dans la catĂ©gorie 100K, ce qui rĂ©pond Ă l’exigence d’expĂ©rience prĂ©vue pour l’Ă©preuve reine.
Autrement dit, l’obstacle administratif qui empĂŞche chaque annĂ©e des milliers de traileurs de participer Ă l’UTMB ne semble pas ĂŞtre le principal problème de Franck Derrien.
Il possède dĂ©jĂ une partie des qualifications nĂ©cessaires et bĂ©nĂ©ficie d’un dispositif d’accès prioritaire. Cela ne signifie pas qu’un dossard lui est automatiquement attribuĂ© Ă la date de son choix, mais qu’il dispose d’une voie d’inscription nettement plus accessible que celle du tirage au sort classique.
Ce qui lui fait peur, ce n’est pas la distance, mais l’enchaînement sans interruption
C’est finalement dans la diffĂ©rence entre l’UT4M et l’UTMB que se trouve l’explication la plus concrète de son hĂ©sitation.
Franck Derrien a dĂ©jĂ parcouru près de 180 km en montagne. Mais il l’a fait sur plusieurs jours, avec des pauses et des possibilitĂ©s de rĂ©cupĂ©ration entre les Ă©tapes.
L’UTMB impose une tout autre organisation de l’effort : plus de 170 km Ă enchaĂ®ner sans vĂ©ritable interruption, avec une gestion permanente de l’alimentation, de la fatigue, des barrières horaires et du sommeil.
Dans l’entretien, le coureur insiste prĂ©cisĂ©ment sur cet aspect.
Il Ă©voque la difficultĂ© de passer 2 nuits sur les sentiers et les consĂ©quences possibles d’un effort aussi long sur la santĂ©. Il ne cherche pas Ă minimiser la difficultĂ© de l’Ă©preuve, mĂŞme s’il possède dĂ©jĂ une expĂ©rience importante.
Cette prudence est comprĂ©hensible. Les performances sur marathon, sur 100 km ou sur une course Ă Ă©tapes ne suffisent pas Ă prĂ©dire le comportement d’un organisme après 30 ou 40 heures d’effort continu.
Mais il existe aussi une dimension personnelle à cette appréhension.
Pour un coureur autiste Asperger, l’incertitude reprĂ©sente une difficultĂ© supplĂ©mentaire
DiagnostiquĂ© autiste Ă l’âge de 16 ans, Franck Derrien explique que l’imprĂ©vu constitue l’une de ses principales sources d’anxiĂ©tĂ©.
Un changement d’horaire, une modification de programme ou une difficultĂ© logistique peuvent lui demander un effort d’adaptation important.
Dans le podcast, il raconte notamment comment un simple problème d’accès Ă l’eau dans un camping, avant une course, peut devenir une situation particulièrement stressante.
Or l’ultra-trail est prĂ©cisĂ©ment une discipline dans laquelle tout ne peut pas ĂŞtre anticipĂ©.
La météo change, les sensations évoluent, des douleurs apparaissent et les plans de course doivent parfois être entièrement revus.
Franck Derrien connaĂ®t dĂ©jĂ ces contraintes et apprend Ă les gĂ©rer au fil des compĂ©titions. Mais un UTMB reprĂ©sente une accumulation d’incertitudes sur une durĂ©e particulièrement longue.
Ce n’est donc pas nĂ©cessairement sa capacitĂ© physique qui constitue le principal frein. La confiance dans sa capacitĂ© Ă gĂ©rer l’ensemble de l’Ă©preuve, sans pouvoir tout prĂ©voir, semble jouer un rĂ´le essentiel.
Il faut toutefois se garder de rĂ©duire cette hĂ©sitation Ă son autisme. De nombreux coureurs expĂ©rimentĂ©s, autistes ou non, redoutent leur premier ultra de plus de 160 km. La prudence reste aussi une qualitĂ© dans une discipline oĂą une erreur de gestion peut conduire Ă l’abandon.
Il ne rêve peut-être pas de réussir 170 km : il rêve surtout de vivre l’UTMB
Un autre passage de l’entretien permet de comprendre pourquoi Franck Derrien accorde autant d’importance Ă cette course.
Lorsqu’on lui demande si l’UTMB est l’Ă©preuve la plus difficile, il rĂ©pond que ce n’est pas forcĂ©ment le cas. Il cite notamment l’ÉchappĂ©e Belle, dont le terrain peut rendre la progression particulièrement exigeante.
Ce qui l’attire dans l’UTMB dĂ©passe donc la difficultĂ© sportive.
Il parle de l’atmosphère de Chamonix, de la ferveur du public et de la musique de Vangelis qui accompagne traditionnellement le dĂ©part.
Il connaĂ®t dĂ©jĂ les Ă©motions d’une arrivĂ©e Ă Chamonix grâce Ă ses participations Ă la MCC et Ă l’OCC. Mais il souhaite vivre celle de l’Ă©preuve reine, après un tour complet du Mont-Blanc.
C’est une distinction importante.
Franck Derrien n’a pas nĂ©cessairement besoin de l’UTMB pour dĂ©montrer qu’il est un excellent coureur d’endurance. Ses performances sont dĂ©jĂ lĂ .
En revanche, l’UTMB reste une expĂ©rience qu’il n’a jamais vĂ©cue et Ă laquelle il accorde une forte valeur symbolique.
Franck Derrien pourrait-il courir l’UTMB dès 2027 ?
Sportivement, l’idĂ©e n’aurait rien d’absurde. Ses performances et son expĂ©rience plaident en faveur d’une candidature crĂ©dible, Ă condition de prĂ©parer spĂ©cifiquement l’effort continu, les nuits de course et la gestion de la rĂ©cupĂ©ration.
Mais Franck Derrien préfère envisager une progression par étapes.
Dans son entretien, il Ă©voque la CCC en 2027, avant un Ă©ventuel UTMB en 2028. Cette transition par une distance d’environ 100 km lui permettrait de se confronter Ă une Ă©preuve longue et continue sur le massif du Mont-Blanc avant de viser le grand tour.
Il ne faut pas oublier non plus ce que représente la course à pied dans sa vie quotidienne.
Franck Derrien explique que le trail l’aide Ă gĂ©rer ses angoisses, Ă rencontrer d’autres personnes et Ă prĂ©server son Ă©quilibre. La pratique sportive n’est pas seulement une succession de rĂ©sultats ou d’objectifs de compĂ©tition.
Cette dimension explique peut-être aussi son envie de ne pas brûler les étapes.
Finalement, ce qui frappe dans son tĂ©moignage, c’est qu’il semble regarder l’UTMB comme un dĂ©fi presque inaccessible alors que son palmarès dĂ©montre dĂ©jĂ des capacitĂ©s remarquables.
Le paradoxe est lĂ : Franck Derrien possède probablement davantage de ressources physiques qu’il ne semble lui-mĂŞme s’en accorder.
Reste Ă savoir quand il se sentira prĂŞt Ă prendre le dĂ©part. Car entre avoir le potentiel pour courir l’UTMB et dĂ©cider d’en affronter les 170 km, il existe une Ă©tape que mĂŞme les meilleurs rĂ©sultats ne permettent pas de franchir Ă sa place : celle de la confiance.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidĂ©os YouTube.










