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🎧 Les élites font des FKT parce que c’est plus facile à gagner qu’un UTMB
Le FKT est devenu le terrain de jeu idéal de certaines stars du trail : un record soigneusement choisi, une date modulable, une météo favorable, une assistance entièrement dévouée et aucun adversaire capable de venir gâcher la fête. L’effort reste immense, mais la victoire paraît beaucoup plus contrôlable que sur une véritable course.
Ces dernières semaines, les records sont tombés les uns après les autres. François D’Haene a repris le meilleur temps du GR20, Katharina Hartmuth a battu celui du Bob Graham Round et Aurélien Sanchez a traversé le Pacific Crest Trail plus rapidement que Karel Sabbe. Même Nouchka Simic qui n’a pas le niveau d’une élite a eu son FKT.
Chaque performance mérite évidemment le respect. Courir pendant trente heures sur le GR20, enchaîner les 42 sommets du Bob Graham Round ou progresser durant plus de 45 jours sur le Pacific Crest Trail n’a rien de facile.
Mais cette accumulation de FKT chez les coureurs de très haut niveau pose une question volontairement dérangeante : les élites choisissent-elles ces records parce qu’il est plus facile d’y gagner ?
🎥 Mon analyse en vidéo : pourquoi les élites font-elles toutes des FKT
La performance reste immense, mais le risque sportif n’est plus le même que sur une course où il faut affronter directement les meilleurs, subir la date imposée et accepter la possibilité de perdre.
Alors, les FKT sont-ils encore l’expression la plus pure du trail, ou sont-ils devenus des opérations sportives et médiatiques parfaitement contrôlées ?
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne (lien pour me contacter dans ma bio en bas de l’article).
Parce que les élites peuvent choisir le FKT qui les fera gagner
Un FKT, pour « Fastest Known Time », consiste à réaliser le meilleur temps connu sur un itinéraire donné. Contrairement à une course organisée, l’athlète n’est pas obligé de se présenter sur une ligne de départ à une date imposée.
Il peut étudier les milliers d’itinéraires référencés, comparer les records existants et sélectionner celui qui correspond le mieux à ses qualités.
Un grimpeur choisira un parcours très vertical. Un coureur rapide privilégiera un itinéraire plus roulant. Un spécialiste des efforts longs pourra viser une traversée de plusieurs jours. L’athlète peut également s’intéresser à un record dont le niveau lui semble accessible.
Cela ne signifie pas que tous les records sont faibles ni que toutes les tentatives sont calculées. Certains itinéraires, comme le GR20, le Bob Graham Round ou l’Appalachian Trail, possèdent une histoire et une concurrence considérables.
Mais le principe même du FKT permet de commencer par choisir le combat que l’on pense pouvoir gagner.
Sur une grande course internationale, c’est exactement l’inverse : on s’inscrit sans savoir précisément qui sera au départ, dans quel état de forme arriveront les autres favoris ni quel scénario se dessinera pendant l’épreuve.
Parce que contrairement à un trail le jour du départ peut être choisi
L’autre différence fondamentale concerne la date.
L’UTMB partira à l’heure prévue, qu’il fasse chaud, froid ou humide. La Western States ne sera pas repoussée parce qu’un favori se sent fatigué. À la Hardrock 100, chaque coureur doit composer avec les conditions rencontrées ce jour-là.
Dans un FKT, l’athlète dispose souvent d’une certaine souplesse. Il peut surveiller la météo, l’état du terrain, la présence éventuelle de neige ou les températures annoncées avant de fixer définitivement son départ.
Il peut renoncer à une fenêtre défavorable et attendre des conditions plus adaptées à son projet, à condition naturellement de respecter ses contraintes personnelles et logistiques.
La montagne reste imprévisible et une tentative peut toujours basculer. Mais le risque est davantage anticipé.
L’élite ne subit plus entièrement l’événement : elle choisit le moment où elle estime avoir les meilleures chances de réussir.
Parce que les règles sur l’assistance sont beaucoup plus souples qu’en trail
Les FKT distinguent généralement plusieurs styles : sans assistance, en autonomie partielle ou avec assistance.
Dans la catégorie « supported », l’athlète peut bénéficier d’une équipe spécialement mobilisée pour sa tentative. Des proches ou des professionnels peuvent préparer les ravitaillements, transporter le matériel, organiser les temps de repos, suivre la progression et accompagner le coureur sur certaines portions.
Katharina Hartmuth a ainsi établi son record féminin du Bob Graham Round dans la catégorie avec assistance, tout comme François D’Haene sur le GR20 et Aurélien Sanchez sur le Pacific Crest Trail.
Ce fonctionnement est parfaitement autorisé. Il ne constitue ni une triche ni un manque de respect envers le règlement.
Mais il change profondément la nature de l’expérience.
Sur une course, l’organisation doit s’occuper de centaines ou de milliers de participants. Chaque coureur dispose des mêmes postes de ravitaillement, des mêmes horaires et des mêmes règles générales.
Lors d’un FKT avec assistance, toute la logistique peut être construite autour d’une seule personne. L’équipe ne cherche pas à organiser une compétition : elle cherche à permettre à son athlète de battre un temps.
Parce qu’il n’y a pas de concurrent
C’est probablement la différence la plus importante.
Lorsqu’un athlète s’aligne sur l’UTMB, il peut être dépassé, décroché ou poussé à la faute. Il doit surveiller les attaques, accepter les changements de rythme et gérer la présence physique de ses concurrents.
Il peut également réussir une immense performance et terminer cinquième parce que quatre autres coureurs ont été encore meilleurs ce jour-là.
Dans un FKT, le seul adversaire est un temps enregistré parfois plusieurs années auparavant.
Le précédent détenteur du record ne prend pas le départ. Il ne peut pas accélérer, changer de stratégie ou profiter d’une défaillance. Le chrono est figé et l’athlète sait exactement ce qu’il doit battre.
Sur le Bob Graham Round, Katharina Hartmuth connaissait par exemple la référence de Beth Pascall : 14 heures, 34 minutes et 26 secondes. Elle a terminé en 14 heures, 11 minutes et 58 secondes, améliorant le record féminin d’un peu plus de 22 minutes.
La performance est remarquable. Mais contrairement à une course, Beth Pascall n’était pas là pour défendre son record.
Parce que sur un FKT toutes les camera sont braquées sur elles
Le FKT présente aussi un avantage considérable en matière de communication.
Avant même le départ, l’athlète, son équipe et ses partenaires peuvent préparer le récit : annonce de la tentative, présentation de l’itinéraire, suivi GPS, images produites sur le parcours, arrivée filmée et publication du résultat.
Pendant plusieurs heures ou plusieurs jours, toutes les lumières sont braquées sur une seule personne.
Il n’existe pas de vainqueur surprise susceptible de détourner l’attention. Aucun inconnu ne vient passer la ligne en premier. Aucun autre favori ne prend la tête de la course et ne monopolise la retransmission.
Même lorsque le record n’est pas battu, la tentative peut être racontée comme une aventure, un apprentissage ou un acte de courage. Lorsqu’il tombe, le communiqué est déjà presque écrit.
Sur une course, la communication demeure beaucoup plus risquée. Une star peut abandonner après 40 kilomètres et disparaître immédiatement derrière le récit du vainqueur.
Le FKT permet donc de contrôler non seulement les conditions de la performance, mais aussi une grande partie de sa narration.
En résumé, un FKT n’est pas plus facile à courir, mais il est plus facile à gagner
La difficulté physique d’un FKT ne se discute pas. Traverser le GR20 en moins de trente heures, boucler le Bob Graham Round à une vitesse record ou parcourir le Pacific Crest Trail en quelques semaines exige un niveau hors norme.
Mais battre un record ne signifie pas forcément battre les meilleurs.
Sur un FKT, l’athlète choisit l’itinéraire qui correspond à ses qualités, vise une référence qu’il estime accessible, attend une fenêtre météo favorable et peut mobiliser une équipe entièrement consacrée à sa tentative. Son adversaire est un chrono figé, établi parfois plusieurs années auparavant, incapable de changer de stratégie ou d’accélérer.
Sur une course comme l’UTMB, rien n’est aussi maîtrisable. La date est imposée, les conditions sont subies et les concurrents sont présents sur la même ligne de départ. Une élite peut réaliser une performance exceptionnelle et terminer loin du podium simplement parce que plusieurs autres athlètes ont été meilleurs ce jour-là.
Tous les FKT ne se valent évidemment pas. Battre une référence historique sur un parcours prestigieux n’a rien à voir avec établir un premier temps sur un itinéraire peu concurrentiel. Il faut donc regarder le niveau de l’ancien record, le mode d’assistance et l’histoire du parcours avant de mesurer la valeur sportive de la performance.
Le FKT n’est donc pas nécessairement plus facile que le trail. Il offre en revanche une victoire plus prévisible, une organisation plus contrôlée et une communication entièrement centrée sur un seul athlète.
Sur un trail, il faut battre ceux qui se présentent. Sur un FKT, on peut choisir le record que l’on vient chercher.
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Sources
Cet éditorial s’appuie sur les règles et les classements publiés par Fastest Known Time, ainsi que sur les comptes rendus d’iRunFar consacrés aux records établis en juillet 2026 par François D’Haene sur le GR20, Katharina Hartmuth sur le Bob Graham Round et Aurélien Sanchez sur le Pacific Crest Trail.
Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.










