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🎧 Alors que la France traverse une nouvelle vague de violences urbaines et que Lille tente de retrouver son calme après les débordements du 17 octobre, une pétition réclame le maintien du marathon prévu ce dimanche 25 octobre.
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À l’origine de cette mobilisation, une participante inquiète de voir disparaître un rendez-vous préparé depuis plusieurs mois, comme des milliers d’autres coureurs. Si cette inquiétude est compréhensible, la démarche interroge sur les priorités d’une communauté sportive qui semble parfois avoir du mal à regarder au-delà de ses propres objectifs.
À Lille, la situation dépasse largement la question du marathon
Samedi 17 octobre, la France a connu une journée de manifestations marquée par de graves débordements dans plusieurs grandes villes. Lille n’a pas été épargnée puisque, malgré une mobilisation pacifique ayant rassemblé près de 50 000 personnes, des violences, des pillages et des dégradations ont éclaté en marge du cortège. Selon le bilan communiqué par les autorités, 88 établissements ont été dégradés, dont 25 pillés et deux incendiés.
Au-delà des dégâts matériels, ces événements ont profondément perturbé la vie quotidienne. Des commerçants ont subi des pertes importantes, des habitants ont assisté à des scènes de violence et les forces de l’ordre, comme les services de secours, ont été fortement sollicitées. Plusieurs jours après les faits, le climat demeure tendu, notamment en raison de nouveaux appels à manifester samedi 24 octobre, soit la veille du marathon de Lille.
Les autorités ont déjà pris des mesures pour tenter de prévenir de nouveaux affrontements. Dans ces conditions, il paraît légitime de s’interroger sur la possibilité d’organiser, dès le lendemain, un événement sportif rassemblant 35 000 participants, auxquels viendront s’ajouter les spectateurs, les accompagnateurs et les bénévoles.
Il ne s’agit évidemment pas de considérer que le sport doit s’effacer à la moindre difficulté. Mais un marathon de cette ampleur mobilise des moyens humains, logistiques et policiers considérables, à un moment où ces ressources pourraient être nécessaires pour assurer la sécurité de la population. C’est précisément cette réalité qui semble passer au second plan dans la mobilisation lancée par certains coureurs.
« Je m’inquiète » : une pétition qui en dit long sur les priorités des coureurs
Mercredi 21 octobre, une participante au semi-marathon a lancé une pétition intitulée « Marathon et semi-marathon de Lille : ne nous privez pas de notre course du 25 octobre ! ». En moins de 24 heures, le texte avait recueilli 1 300 signatures, avant de dépasser les 1 700 soutiens jeudi.
Son autrice explique redouter une annulation de dernière minute et demande à la préfecture du Nord, à la Ville de Lille et aux organisateurs de tout mettre en œuvre pour préserver les deux épreuves. Elle insiste notamment sur les mois de préparation, les sacrifices consentis par les participants et l’importance de ce rendez-vous pour celles et ceux qui espèrent terminer leur premier marathon, améliorer leur record personnel ou simplement aller au bout d’un défi.
Sur le fond, ces arguments ne sont pas absurdes.
Les arguments physiques des coureurs
Préparer un marathon demande du temps, de l’énergie et souvent un investissement financier important. Entre les entraînements accumulés, les contraintes familiales, les déplacements et les hébergements éventuellement réservés, une annulation représente une véritable déception, parfois même une perte d’argent. Personne ne peut sérieusement reprocher à un coureur de redouter une telle situation.
Les arguments d’une longue attente après une absence de 30 ans pour le marathon de Lille
Il faut reconnaître que cette édition du marathon de Lille possède une dimension particulière. Après 31 ans d’absence, l’épreuve fait son grand retour avec 20 000 inscrits sur la distance reine et 15 000 sur le semi-marathon. Pour les organisateurs, les collectivités, les bénévoles et les participants, il s’agit d’un rendez-vous majeur, préparé de longue date et attendu avec impatience.
Une annulation à quelques heures du départ serait évidemment un immense gâchis, tant sur le plan sportif qu’économique. Elle serait d’autant plus frustrante que certains coureurs ont probablement construit une grande partie de leur saison autour de cet objectif. Mais aussi exceptionnel soit-il, ce retour ne saurait justifier que les impératifs de sécurité passent après les attentes des participants.
Un marathon reste un événement sportif et non une nécessité vitale. Un record personnel peut attendre, un premier marathon peut être couru ailleurs et une préparation, même longue et exigeante, peut être recommencée. C’est profondément frustrant, parfois injuste pour ceux qui n’ont rien demandé, mais cela fait aussi partie des aléas auxquels s’expose toute personne qui participe à une compétition de plein air.
À l’inverse, les autorités ne peuvent pas se permettre de sous-estimer un risque au seul motif que plusieurs dizaines de milliers de sportifs se sont entraînés pendant des mois. La disponibilité des forces de l’ordre, les conditions de sécurité sur le parcours et la capacité des services de secours à intervenir relèvent de décisions collectives qui dépassent largement les intérêts des participants.
On peut parfaitement souhaiter que le marathon de Lille ait lieu sans considérer pour autant que les coureurs disposent d’un droit particulier à son maintien.
Ce qui dérange davantage, en revanche, c’est la place accordée à cette inquiétude individuelle dans un contexte où toute une ville doit encore gérer les conséquences de violences particulièrement graves.
La pétition évoque abondamment les sacrifices sportifs, les ambitions personnelles et l’envie de franchir la ligne d’arrivée, mais elle accorde beaucoup moins d’attention à ce que vivent les habitants de Lille depuis plusieurs jours.
Certes, l’autrice prend soin de rappeler son respect du droit de manifester et affirme que la sécurité doit rester prioritaire. Il serait injuste de lui prêter des intentions contraires. Reste que la démarche consiste bel et bien à exercer une pression sur les pouvoirs publics pour qu’ils trouvent, coûte que coûte ou presque, les moyens de maintenir la compétition.
Et c’est là que cette pétition devient révélatrice d’un certain égoïsme sportif : la préoccupation première n’est plus de savoir comment la ville peut traverser cette période difficile, mais comment les coureurs pourront malgré tout atteindre leur objectif du dimanche.
Le problème, c’est que les coureurs ne semblent pas vraiment solidaires, ni de la ville, ni des forces de l’ordre, ni des manifestants
Au-delà du cas lillois, cette pétition rappelle une attitude que l’on rencontre régulièrement dans le monde de la course à pied et du trail. La solidarité y occupe pourtant une place centrale dans les discours. On aime rappeler l’entraide entre concurrents, le soutien des bénévoles, l’importance des encouragements et cette capacité supposée des sportifs à former une communauté particulièrement soudée.
Ces valeurs existent réellement et elles constituent même l’une des grandes richesses de notre sport. Mais elles semblent parfois s’effacer dès lors qu’une décision collective vient contrarier les ambitions individuelles. On l’a déjà constaté à l’occasion d’épisodes de canicule, lorsque des annulations ou des modifications de parcours ont suscité la colère de participants convaincus qu’ils auraient été capables de courir malgré les températures extrêmes.
Le même phénomène se retrouve lors d’alertes météorologiques, de risques d’orages ou de conditions dangereuses en montagne. Alors que les organisateurs doivent prendre en compte la sécurité de centaines, parfois de milliers de personnes, certains coureurs raisonnent uniquement à partir de leur propre expérience et de leur tolérance supposée au risque.
Les arguments avancés sont souvent identiques : des mois d’entraînement, un dossard payé cher, des vacances posées, des déplacements organisés et des sacrifices personnels qui ne devraient pas avoir été consentis pour rien. Ces frustrations sont légitimes, mais elles ne suffisent pas à faire disparaître les contraintes auxquelles les organisateurs et les autorités sont confrontés.
À force de présenter la préparation sportive comme un investissement qui devrait nécessairement être récompensé par une ligne d’arrivée, certains finissent par oublier qu’une course repose aussi sur des décisions collectives, sur la disponibilité des secours et sur l’engagement de personnes qui n’ont pas forcément choisi de consacrer leur week-end à leur objectif personnel.
Le problème n’est donc pas d’être déçu par une annulation, mais de considérer que cette déception devrait devenir une priorité pour tout le monde. La solidarité sportive perd une grande partie de son sens lorsqu’elle ne s’exerce qu’entre personnes partageant le même dossard.
Ni solidarité avec les manifestants, ni solidarité avec les policiers : seulement avec les coureurs
C’est sans doute l’aspect le plus dérangeant de cette mobilisation. La France traverse une période de tensions sociales et politiques importantes, au cours de laquelle des dizaines de milliers de personnes ont manifesté pour exprimer leur colère. En marge de ces rassemblements, des violences ont éclaté, entraînant des dégradations, des pillages et une mobilisation particulièrement importante des forces de l’ordre.
Il convient évidemment de distinguer les manifestants pacifiques, qui exercent un droit fondamental, des personnes responsables de violences ou de destructions. Mais quelle que soit l’analyse politique que l’on fait de ces événements, on peut difficilement ignorer leurs conséquences sur la vie quotidienne, sur les habitants et sur les services chargés de maintenir l’ordre.
Or, à la lecture de cette pétition, on a surtout le sentiment que cette crise constitue un obstacle supplémentaire à la réalisation d’un objectif sportif. Les manifestations sont envisagées sous l’angle de leurs conséquences sur le parcours, les tensions sociales sous celui du risque d’annulation et la mobilisation policière sous celui des moyens nécessaires pour sécuriser les coureurs.
Il ne s’agit pas de demander aux marathoniens de prendre position politiquement, ni de leur imposer une solidarité de principe avec les manifestants ou avec les forces de l’ordre. On pourrait simplement attendre davantage de recul face à une situation qui touche bien plus largement que les seuls participants à une course.
Pourtant, l’essentiel de la mobilisation se concentre sur une demande : trouver des solutions pour que les coureurs puissent prendre le départ dimanche, malgré les circonstances.
C’est cette disproportion qui interroge. Dans une ville encore marquée par les violences, une partie de la communauté running semble surtout préoccupée par la préservation de son calendrier sportif. La solidarité entre coureurs fonctionne à plein régime dès qu’un dossard est menacé, mais celle envers les autres paraît beaucoup plus discrète.
En résumé, on espère que le marathon de Lille va se courir même si cette pétition est déplacée
Au moment où ces lignes sont écrites, le marathon de Lille n’est pas annulé. Les organisateurs et la municipalité ont confirmé leur volonté de maintenir les épreuves, tandis que le retrait des dossards a commencé jeudi. Rien n’interdit donc d’espérer que les 35 000 participants pourront prendre le départ dimanche et que ce retour attendu depuis plus de trois décennies donnera lieu à une belle fête populaire, sans incident.
C’est évidemment le scénario que nous souhaitons, et il n’y aurait aucune contradiction à se réjouir de la réussite de l’événement tout en jugeant cette pétition déplacée. Car le problème ne réside pas dans l’envie de courir, parfaitement légitime, mais dans cette tendance à placer les préoccupations sportives au-dessus de tout le reste.
En demandant aux autorités de rassurer les participants, d’anticiper les manifestations et d’explorer toutes les solutions possibles pour préserver leur rendez-vous, les signataires défendent avant tout un intérêt qui leur est propre. On aimerait simplement retrouver une mobilisation comparable lorsqu’il s’agit de soutenir les personnes touchées par les violences, les services publics sous tension ou les bénévoles et les secours sollicités dans des circonstances difficiles.
Personne ne demande aux sportifs de renoncer à leur marathon par solidarité symbolique, pas plus qu’il ne serait souhaitable d’annuler une compétition si toutes les conditions de sécurité sont réunies. Mais accepter qu’une course puisse être remise en question lorsque la situation l’exige devrait aller de soi, sans qu’il soit nécessaire de lancer une pétition pour rappeler aux pouvoirs publics l’importance de nos entraînements.
On peut aimer profondément la course à pied, avoir consacré six mois à préparer un marathon et reconnaître malgré tout que son chrono du dimanche n’est pas le centre du monde. C’est peut-être même cela, le véritable esprit sportif : être capable de regarder au-delà de sa propre ligne d’arrivée.
Sources
- Ville de Lille – Communiqué de presse du 18 octobre 2026 relatif aux violences du 17 octobre
- Métropole européenne de Lille – Communiqué du 19 octobre sur les violences et dégradations
- Ville de Lille – Le marathon de Lille de retour après 31 ans d’absence
- Trek Marathon de Lille – Site officiel de l’édition 2026
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.





