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🎧 Sur les 58 853 participants au marathon de Paris 2026, 57 coureurs ont été signalés comme suspects par un enquêteur indépendant.
Ă€ Madrid, 689 concurrents auraient Ă©tĂ© disqualifiĂ©s après l’Ă©dition 2026. Ces chiffres, rapportĂ©s par L’Équipe dans une enquĂŞte publiĂ©e le 22 octobre 2026, montrent comment les nouvelles technologies permettent de dĂ©tecter des anomalies dans les rĂ©sultats des courses.
Car aujourd’hui, un coureur qui prend un raccourci, Ă©change son dossard ou utilise un moyen de transport peut laisser derrière lui une sĂ©rie d’indices. Tapis de chronomĂ©trage, algorithmes, photographies, traces GPS : les mĂ©thodes de contrĂ´le se multiplient. Et elles ne concernent plus seulement les marathons sur route. En trail aussi, les organisateurs disposent de plusieurs moyens pour vĂ©rifier que les participants ont bien respectĂ© le parcours.
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Comment les tricheurs se font toujours rattraper
Grâce aux tapis de chronométrage
Sur les grands marathons, les coureurs passent sur des tapis de chronométrage installés à différents endroits du parcours, souvent tous les cinq kilomètres.
Chaque passage enregistré permet de reconstituer leur progression. On sait ainsi à quelle heure un concurrent a franchi le 10e, le 15e ou le 20e kilomètre.
Lorsqu’un passage manque, une anomalie apparaĂ®t dans les rĂ©sultats.
Imaginons un marathonien qui passe normalement au 10e kilomètre, dont aucun passage n’est enregistrĂ© au 15e, mais qui rĂ©apparaĂ®t au 20e avec un temps intermĂ©diaire Ă©tonnamment rapide.
Plusieurs explications sont possibles : un problème technique, une erreur de lecture de la puce ou un raccourci volontaire.
C’est prĂ©cisĂ©ment ce type d’anomalie que recherche Roberto Abrahao.
Cet ingĂ©nieur informatique brĂ©silien de 44 ans, installĂ© dans le New Jersey, a dĂ©veloppĂ© un algorithme capable d’analyser automatiquement les rĂ©sultats des marathons. Depuis fĂ©vrier 2026, son programme aurait examinĂ© plus d’un million de rĂ©sultats sur une trentaine de courses.
Son objectif consiste à identifier les numéros de dossard présentant des incohérences, puis à transmettre ses observations aux organisateurs.
L’algorithme ne prouve donc pas qu’un coureur a trichĂ©. Il permet de sĂ©lectionner les dossiers qui mĂ©ritent une vĂ©rification.
Grâce aux algorithmes
Un coureur peut manquer un tapis sans avoir trichĂ©. En revanche, certaines Ă©volutions d’allure peuvent attirer l’attention.
Un marathonien qui court rĂ©gulièrement Ă 6 minutes au kilomètre avant d’afficher soudainement une moyenne de 3 minutes au kilomètre sur une longue portion mĂ©rite que son rĂ©sultat soit examinĂ©.
Les enquĂŞteurs comparent notamment :
- Les temps enregistrés aux différents points de contrôle.
- Les variations d’allure entre deux passages.
- La distance séparant les points de chronométrage.
- Les éventuels raccourcis accessibles sur le parcours.
- La cohérence de la performance avec les autres données disponibles.
L’analyse informatique permet surtout de traiter des milliers de rĂ©sultats en quelques heures.
C’est ce qui rend le travail de Roberto Abrahao intĂ©ressant : il ne cherche pas uniquement des performances exceptionnelles, mais des incohĂ©rences statistiques.
Sur le marathon de Paris 2026, son outil aurait ainsi repéré 57 participants suspects.
RapportĂ© aux 58 853 participants annoncĂ©s, cela reprĂ©sente environ 0,097 % des coureurs, soit un peu moins d’un sur mille.
Mais ce chiffre ne correspond pas au taux rĂ©el de triche : il s’agit uniquement des anomalies signalĂ©es par cet enquĂŞteur. Certaines peuvent avoir une explication parfaitement lĂ©gitime, tandis que d’autres comportements frauduleux peuvent Ă©chapper aux contrĂ´les.
Grâce aux passages obligatoires sur les trails
En trail, la surveillance fonctionne différemment.
Les épreuves se déroulent souvent sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres, avec des portions isolées, des sentiers forestiers et des passages en montagne.
Il serait difficile de positionner des tapis de chronomĂ©trage tous les cinq kilomètres sur l’ensemble d’un ultra-trail.
Les organisateurs s’appuient donc principalement sur les points de contrĂ´le.
Un concurrent peut notamment être enregistré :
- Ă€ l’entrĂ©e ou Ă la sortie d’un ravitaillement.
- Au sommet d’une ascension.
- À un point stratégique du parcours.
- À certains postes de sécurité.
- Ă€ l’arrivĂ©e.
Ces contrĂ´les permettent de vĂ©rifier que le coureur a suivi les grandes Ă©tapes de l’itinĂ©raire.
Sur l’UTMB, par exemple, l’absence de passage Ă un point de contrĂ´le fait partie des infractions susceptibles d’entraĂ®ner une sanction. La dĂ©cision dĂ©pend des circonstances et de la direction de course, conformĂ©ment au règlement officiel de l’UTMB 2026.
Toutefois, un passage manquant n’est pas nĂ©cessairement synonyme de triche.
Une puce peut ne pas être détectée, un contrôle peut présenter un problème technique ou un concurrent peut avoir été dévié pour des raisons de sécurité.
L’enjeu consiste donc Ă distinguer une anomalie matĂ©rielle d’une vĂ©ritable tentative de raccourcir le parcours.
Grâce aux traces GPS
Les traces GPS constituent un autre moyen de contrôle, particulièrement intéressant dans les courses en montagne.
Lorsqu’une trace est disponible, elle peut ĂŞtre comparĂ©e au parcours officiel.
Les organisateurs ou les personnes chargées de vérifier un résultat peuvent alors rechercher plusieurs incohérences :
- Un passage par un sentier différent de celui prévu.
- Une portion du parcours qui semble avoir été évitée.
- Un déplacement anormalement rapide.
- Une distance enregistrée sensiblement inférieure à celle attendue.
Mais les données GPS ont leurs limites.
En montagne, les falaises, les vallées encaissées, la végétation et les difficultés de réception peuvent provoquer des erreurs de positionnement.
Une montre peut également enregistrer une distance incorrecte sans que son propriétaire ait quitté le parcours.
Une trace GPS inhabituelle ne constitue donc pas, Ă elle seule, une preuve de triche.
Il faut Ă©galement distinguer les traces enregistrĂ©es par les montres personnelles des donnĂ©es recueillies par les dispositifs de suivi Ă©ventuellement imposĂ©s ou fournis par l’organisation.
Tous les trails ne disposent pas du mĂŞme niveau de surveillance.
Grâce aux photos
C’est une mĂ©thode moins technologique, mais parfois redoutablement efficace.
Les photographies prises pendant les courses permettent de vĂ©rifier qu’un mĂŞme dossard est bien portĂ© par la mĂŞme personne Ă diffĂ©rents endroits du parcours.
Depuis plusieurs annĂ©es, l’AmĂ©ricain Derek Murphy s’est spĂ©cialisĂ© dans ce type d’enquĂŞte.
Ă€ travers son site Marathon Investigation, il examine les classements, les temps intermĂ©diaires et les images disponibles pour rechercher d’Ă©ventuelles irrĂ©gularitĂ©s.
L’article de L’Équipe rapporte notamment un cas dĂ©couvert en 2025 au marathon de Boston.
Un homme aurait pris le dĂ©part en portant deux dossards, avant de transmettre celui de son Ă©pouse Ă mi-course. Celle-ci aurait ainsi pu franchir l’arrivĂ©e avec un temps officiel infĂ©rieur Ă quatre heures sans avoir parcouru l’intĂ©gralitĂ© du marathon.
Le couple a finalement été disqualifié.
Cette technique, qui consiste à faire courir une autre personne avec son dossard, est parfois désignée sous le terme de « mule ».
Elle peut servir Ă obtenir artificiellement un bon rĂ©sultat, notamment lorsqu’un temps qualificatif est nĂ©cessaire pour accĂ©der Ă une autre compĂ©tition.
En trail, les photos prises aux ravitaillements, aux passages importants et Ă l’arrivĂ©e peuvent Ă©galement contribuer Ă vĂ©rifier l’identitĂ© des concurrents.
Grâce aux réseaux sociaux
Parfois, les enquĂŞteurs n’ont mĂŞme pas besoin d’analyser des milliers de donnĂ©es.
Les publications sur les réseaux sociaux peuvent suffire à révéler une incohérence.
L’un des exemples les plus surprenants rapportĂ©s par L’Équipe concerne le marathon de Berlin 2026.
Une influenceuse chinoise, Yuanyuan Sun, aurait parcouru une partie de l’Ă©preuve installĂ©e sur le porte-bagages d’un vĂ©lo.
Des photographies prises autour du 38e kilomètre auraient permis de documenter les faits.
La coureuse, qui avait publiĂ© des images de sa mĂ©daille et mis en avant un record personnel de 4 h 53, a Ă©tĂ© disqualifiĂ©e. Selon L’Équipe, elle aurait Ă©galement perdu son partenariat avec l’Ă©quipementier Brooks.
L’affaire illustre un paradoxe : les rĂ©seaux sociaux peuvent encourager certains participants Ă valoriser leurs performances, mais ils peuvent aussi fournir les Ă©lĂ©ments permettant de contester leur authenticitĂ©.
Les photographies de spectateurs, les vidĂ©os et les publications des participants deviennent ainsi des sources complĂ©mentaires pour les personnes chargĂ©es d’examiner les rĂ©sultats.
Grâce aux enquêteurs
C’est sans doute la partie la plus dĂ©licate de ces investigations.
Un chrono incohérent, un pointage manquant ou une trace GPS incomplète ne suffisent pas à établir une fraude.
Les erreurs de chronométrage existent. Une puce électronique peut mal fonctionner. Un coureur peut aussi quitter momentanément le parcours pour une urgence médicale, sans chercher à obtenir un avantage sportif.
Roberto Abrahao lui-mĂŞme se montre prudent. Dans l’enquĂŞte de L’Équipe, il refuse d’assimiler systĂ©matiquement les anomalies dĂ©tectĂ©es Ă des actes de triche.
Son rôle consiste à signaler les situations suspectes. La vérification et les éventuelles sanctions relèvent ensuite des instances compétentes.
C’est particulièrement important dans les courses amateurs, oĂą une accusation publique peut avoir des consĂ©quences disproportionnĂ©es.
Derek Murphy a d’ailleurs reconnu les effets potentiellement destructeurs de certaines publications sur les rĂ©seaux sociaux. D’après L’Équipe, il a supprimĂ© plusieurs anciens contenus et concentre davantage son attention sur les rĂ©cidivistes et les personnes qui tirent un bĂ©nĂ©fice financier de performances frauduleuses.
La recherche de tricheurs pose donc Ă©galement une question de responsabilitĂ© : jusqu’oĂą peut-on enquĂŞter sur un coureur amateur sans porter injustement atteinte Ă sa rĂ©putation ?
Les sanctions
Repérer une anomalie ne signifie pas automatiquement disqualifier un coureur.
Sur les marathons, les résultats officiels sont soumis à des procédures de contrôle et de validation.
Dans le cas du marathon de Paris, L’Équipe rapporte que les 57 signalements de Roberto Abrahao n’ont pas donnĂ© lieu Ă des sanctions Ă la suite de son enquĂŞte.
InterrogĂ© par le journal, Thomas Delpeuch, responsable des Ă©preuves running chez ASO, rappelle toutefois que la vĂ©rification des anomalies de chronomĂ©trage et la validation du classement officiel relèvent des chronomĂ©treurs de la FĂ©dĂ©ration française d’athlĂ©tisme.
Sur les trails, les sanctions dépendent du règlement de chaque épreuve.
Le règlement de l’UTMB prĂ©voit notamment des sanctions pour les raccourcis, l’absence de passage aux contrĂ´les ou d’autres infractions au parcours. Certaines dĂ©cisions sont laissĂ©es Ă l’apprĂ©ciation de la direction de course.
Sur certaines Ă©preuves UTMB World Series, l’utilisation d’un moyen de transport ou l’Ă©change d’un dossard sont explicitement considĂ©rĂ©s comme des motifs de disqualification.
Les sanctions peuvent donc aller d’une pĂ©nalitĂ© de temps Ă la disqualification, selon la nature des faits et le règlement applicable.
En résumé, il faut éviter que la chasse aux tricheurs ne devienne une chasse aux sorcières
L’affaire soulève finalement une question plus large : quelle place faut-il accorder Ă la triche dans les courses populaires ?
Sur le marathon de Paris, les 57 signalements reprĂ©sentent moins de 0,1 % des participants. Impossible d’en dĂ©duire la proportion rĂ©elle de fraudeurs, mais ces donnĂ©es ne justifient pas, Ă elles seules, de considĂ©rer la triche comme un comportement gĂ©nĂ©ralisĂ©.
La grande majorité des participants viennent avant tout courir leur propre course, parfois pendant plusieurs heures, sans ambition de podium ni de qualification.
Cela ne rend pas les fraudes acceptables.
Un concurrent qui coupe volontairement un parcours fausse le classement, prend potentiellement la place d’un autre et peut obtenir indĂ»ment une mĂ©daille, une rĂ©compense ou une qualification.
En trail, le respect de l’itinĂ©raire possède Ă©galement une dimension particulière. Un raccourci peut permettre d’Ă©viter une difficultĂ© sportive, mais aussi conduire Ă traverser un espace naturel protĂ©gĂ© ou une zone interdite.
Les règlements de l’UTMB prennent prĂ©cisĂ©ment en compte ces enjeux environnementaux lorsqu’ils encadrent les coupes de parcours.
Reste que la technologie doit demeurer un outil d’aide Ă la vĂ©rification, et non une machine Ă dĂ©signer publiquement des coupables.
Car entre un concurrent qui monte dĂ©libĂ©rĂ©ment sur un vĂ©lo pour terminer son marathon et un traileur dont la montre a perdu le signal GPS au fond d’une vallĂ©e, il existe une diffĂ©rence fondamentale.
Le vĂ©ritable dĂ©fi n’est pas seulement de repĂ©rer les anomalies. C’est de parvenir Ă prouver la triche, sans accuser injustement ceux qui n’ont rien fait.
Sources
- Pascal Silvestre, « Ces fins limiers qui traquent les tricheurs des marathons… depuis leur salon », L’Équipe, 22 octobre 2026.
- Marathon Investigation.
- Règlement officiel de l’UTMB 2026.
- World Athletics : manuel des courses sur route.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidĂ©os YouTube.






