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🎧 Les émeutes qui secouent la France depuis plusieurs jours commencent à faire planer une menace sur les prochaines courses à pied. Pourtant, dans le monde du running et du trail, le discours reste largement rassurant.
Les marathons sont maintenus, les trails ne passent pas forcément par les centres-villes et les organisateurs semblent vouloir poursuivre leurs préparatifs comme si la situation allait nécessairement rentrer dans l’ordre. Une attitude compréhensible, mais qui pose une question : les organisateurs sont-ils en train de reproduire le même déni que celui observé face aux conséquences du réchauffement climatique ?
Les organisateurs de courses à pied refusent encore d’envisager les annulations
Il y a quelques mois, sur u-Trail, nous évoquions le déni d’une partie des coureurs face au bouleversement climatique. Malgré les canicules, les malaises et les courses perturbées, beaucoup continuaient à considérer chaque événement comme une exception.
Aujourd’hui, une autre forme de déni semble apparaître, cette fois chez les organisateurs de courses.
Le contexte a changé, mais le mécanisme est assez proche. Tant qu’aucune interdiction officielle n’est prononcée, on préfère considérer que tout se déroulera normalement. Les inscriptions sont closes, les bénévoles mobilisés, les prestataires réservés et les derniers préparatifs engagés.
Pourtant, les violences urbaines, les couvre-feux localisés et les nouvelles manifestations annoncées compliquent désormais l’organisation des grands rassemblements. La mobilisation des forces de l’ordre pose notamment la question des moyens disponibles pour sécuriser des milliers de coureurs sur plusieurs dizaines de kilomètres.
Ce n’est pas parce qu’une course est inscrite au calendrier qu’elle pourra nécessairement avoir lieu.
Le marathon de Lille illustre les inquiétudes des coureurs

Le marathon de Lille, programmé dimanche 25 octobre 2026, illustre parfaitement cette situation. Alors que l’événement doit marquer le retour du marathon dans la ville après plus de trente ans d’absence, les participants commencent à s’inquiéter.
Sur les réseaux sociaux, un coureur explique redouter une annulation après plusieurs semaines de préparation. Son message suscite de nombreuses réactions, entre ceux qui affirment que la course sera maintenue, ceux qui évoquent une éventuelle décision préfectorale et ceux qui s’attendent à une annonce de dernière minute.
Certains s’interrogent même sur la sécurité du retrait des dossards, prévu avant la course.
Ce qui frappe dans ces échanges, c’est que personne ne dispose réellement d’une certitude sur ce qui pourrait se produire dans les prochains jours. Les commentaires assurant que le marathon est maintenu côtoient des rumeurs d’annulation, sans que ces dernières constituent des décisions officielles.
À ce stade, le marathon figure toujours au programme publié par l’organisation et la Ville de Lille. Mais les inquiétudes montrent à quel point la situation peut évoluer rapidement.
Il faut comprendre les organisateurs : ils défendent leur gagne-pain
Il serait trop facile de reprocher aux organisateurs leur optimisme sans comprendre les réalités économiques d’une course.
Organiser un marathon ou un trail représente plusieurs mois de travail, parfois une année entière. Derrière les dossards, il y a des entreprises, des associations, des salariés, des prestataires, des collectivités, mais aussi des bénévoles qui ont consacré énormément de temps à l’événement.
Une annulation peut provoquer des pertes financières considérables. Certaines dépenses sont déjà engagées et ne pourront pas être récupérées.
Il est donc parfaitement compréhensible que les organisateurs cherchent à maintenir leur événement aussi longtemps que les conditions le permettent.
Ils défendent leur gagne-pain, leur travail et parfois même la survie de leur organisation.
Le problème commence lorsque cette volonté légitime de sauver une course empêche d’aborder suffisamment tôt la possibilité de son annulation.
Car du côté des coureurs aussi, les enjeux sont importants. Un marathon se prépare pendant plusieurs mois. Certains participants ont réservé un hôtel, acheté des billets de train et posé des congés. D’autres viennent de l’étranger.
Le maintien officiel d’une course ne devrait donc pas empêcher une communication transparente sur les risques.
On n’a pas envie de revivre ce qui s’est passé pendant le Covid
C’est probablement le point le plus sensible de cette nouvelle période d’incertitude.
Pendant la crise sanitaire, de nombreux coureurs ont découvert que l’annulation d’une compétition ne signifiait pas nécessairement le remboursement du dossard.
Les situations variaient selon les organisateurs et les règlements. Certains proposaient un remboursement, d’autres un report ou un avoir, tandis que des participants perdaient tout ou partie de leur inscription.
Cette expérience a laissé des traces dans la communauté running.
Aujourd’hui, une question mérite donc d’être posée : certains organisateurs pourraient-ils être tentés d’attendre une décision des autorités plutôt que de prendre eux-mêmes l’initiative d’annuler ?
La distinction peut avoir des conséquences financières importantes, selon les clauses contractuelles applicables.
L’exemple du marathon de Lille est particulièrement intéressant. Son règlement 2026 prévoit, à l’article 20, qu’en cas de force majeure ou de circonstances mettant en danger la sécurité des concurrents, l’organisateur peut annuler une épreuve sans que les participants puissent prétendre à un remboursement. Il prévoit en revanche un remboursement intégral en cas d’annulation liée au durcissement des règles sanitaires.
Cela ne signifie évidemment pas que l’organisation de Lille cherche à éviter des remboursements, ni qu’une éventuelle interdiction préfectorale supprimerait automatiquement tous les droits des participants. La validité et l’application de ces clauses dépendent des circonstances et du droit applicable.
Mais cet exemple montre que la question financière ne peut pas être écartée du débat.
Après le Covid, les coureurs sont en droit d’attendre davantage de transparence sur ce qui arrivera à leur argent si une course ne peut finalement pas se tenir.
Un marathon peut être annulé même si son parcours ne traverse pas les lieux des émeutes
Autre argument souvent avancé pour relativiser la menace : les émeutes concernent essentiellement certains quartiers urbains, tandis que les trails se déroulent en pleine nature.
Cette distinction existe, mais elle ne suffit pas à garantir le maintien d’une compétition.
Une course nécessite des moyens de sécurité, parfois des forces de police ou de gendarmerie, des dispositifs de circulation, des équipes médicales et une coordination avec les autorités.
Même un trail organisé loin des centres-villes peut être concerné si les services de l’État estiment que les moyens disponibles doivent être affectés à d’autres priorités.
Et pour un grand marathon urbain, la problématique est encore plus évidente.
La question n’est donc pas uniquement de savoir si des violences risquent de se produire sur le parcours. Elle est aussi de déterminer si les autorités peuvent garantir le bon déroulement d’un rassemblement de plusieurs milliers de personnes.
Les coureurs ont besoin d’autre chose que de messages rassurants
Il ne s’agit pas de réclamer l’annulation préventive de tous les marathons ni de considérer que chaque manifestation doit entraîner la suppression d’un événement sportif.
Le maintien des courses est évidemment souhaitable lorsqu’il peut se faire dans de bonnes conditions.
Mais communiquer sur une compétition comme si aucun risque n’existait, alors que la situation nationale reste instable, peut finir par entretenir une fausse impression de sécurité.
Les coureurs sont capables de comprendre l’incertitude. Ils peuvent accepter qu’une décision soit prise tardivement si les circonstances l’imposent. En revanche, ils doivent pouvoir distinguer ce qui est officiellement décidé, ce qui reste à l’étude et ce qui relève simplement de l’espoir.
La transparence devrait également concerner les remboursements, les reports et les frais engagés par les participants.
En résumé, le déni ne fera pas disparaître les risques d’annulation
Les organisateurs ont toutes les raisons de vouloir sauver leurs courses. Et les coureurs ont toutes les raisons d’espérer prendre le départ après des mois d’entraînement.
Mais nous avons déjà connu cette situation où chacun s’accroche à l’idée que son événement sera épargné, jusqu’au moment où une décision extérieure vient bouleverser les plans.
Le Covid nous a appris qu’une course pouvait disparaître du calendrier en quelques jours et que les conséquences financières pouvaient ensuite peser lourdement sur les participants.
Les émeutes actuelles ne signifient pas que les prochains marathons seront nécessairement annulés. Elles imposent en revanche de prendre cette possibilité au sérieux.
On peut défendre le maintien des courses sans nier le risque de leur annulation. Et surtout, on peut défendre les intérêts économiques des organisateurs sans oublier ceux des coureurs.
C’est probablement sur ce dernier point que le monde du running devra montrer qu’il a retenu les leçons du Covid.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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