🎧 L’annulation du Tour de Cabrenç, ce dimanche 26 juillet dans les Pyrénées-Orientales, a relancé une question récurrente dès que les massifs ferment pour risque incendie : comment peut-on interdire l’accès aux traileurs alors que le sanglier peut, au même moment, faire l’objet d’une régulation anticipée ?
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La réponse est moins contradictoire qu’elle n’en a l’air. Oui, le sanglier bénéficie d’un régime particulier avant l’ouverture générale de la saison de chasse. Dans les Pyrénées-Orientales, les interventions peuvent commencer dès le 1er juin sous certaines conditions. Mais cette autorisation cynégétique ne constitue pas un passe-droit permettant d’entrer dans une forêt que la préfecture a fermée en raison d’un risque exceptionnel d’incendie.
Il faut donc distinguer deux choses : le calendrier applicable au sanglier et le droit d’accéder réellement au massif.
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Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne.
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Oui, le sanglier peut être prélevé avant l’ouverture générale
C’est probablement le point qui crée le plus de confusion.
Dans l’esprit du grand public, la saison commence généralement à la fin de l’été ou au début de l’automne. Pourtant, certaines espèces bénéficient de périodes particulières, et le sanglier en fait partie.
Dans les Pyrénées-Orientales, le Schéma départemental de gestion cynégétique prévoit une période allant du 1er juin au 14 août durant laquelle l’animal peut être prélevé en battue, à l’approche ou à l’affût, sous réserve des autorisations et des conditions fixées par le préfet. À partir du 15 août, d’autres modalités s’appliquent.
Il est donc possible d’observer une activité cynégétique en juillet sans qu’il s’agisse d’une pratique illégale ou d’une ouverture générale avancée à tous.
Pourquoi intervenir sur les sangliers en plein été ?
Cette période anticipée répond avant tout à un objectif de régulation.
Les sangliers peuvent provoquer des dégâts importants dans les cultures, mais aussi augmenter le risque de collisions routières lorsque leurs populations deviennent trop importantes. Dans son document de gestion 2023-2029, la Fédération départementale des chasseurs des Pyrénées-Orientales affiche précisément l’objectif de réduire ces populations afin de limiter leur impact sur l’agriculture et les accidents.
Le dispositif est donc utilisé dans les secteurs où une intervention précoce est jugée nécessaire. Il ne constitue toutefois pas une autorisation permanente : les modalités restent encadrées et peuvent nécessiter l’accord spécifique du préfet.
« Hors saison » ne signifie pas forcément « interdit »
C’est là que les termes peuvent induire en erreur.
Il existe une ouverture générale, mais aussi des périodes particulières propres à certaines espèces. Dire qu’une personne intervient « hors saison » ne suffit donc pas à déterminer si elle se trouve dans l’illégalité.
Pour le sanglier, le Code de l’environnement permet précisément aux préfets d’autoriser des prélèvements anticipés, notamment à partir du 1er juin. Le projet d’arrêté préfectoral 2026-2027 des Pyrénées-Orientales fixe les périodes et modalités applicables dans le département.
La bonne question est donc de savoir quelle espèce est concernée, à quelle date, sur quel territoire et avec quelle autorisation.
Pendant les incendies, une autre réglementation devient prioritaire
C’est ici que le débat avec les traileurs change complètement.
Une autorisation cynégétique permet d’intervenir sur une espèce pendant une période donnée, mais elle ne garantit pas un accès permanent au territoire.
Lorsqu’un préfet ferme un massif en raison d’un risque exceptionnel d’incendie, la réglementation relative à l’accès aux espaces naturels s’impose.
Dans les Pyrénées-Orientales, les épisodes de juillet 2026 ont déjà conduit les autorités à fermer des secteurs entiers lorsque les conditions devenaient trop dangereuses. Après l’incendie de Trévillach, certaines communes n’avaient ainsi pas pu être immédiatement rouvertes en raison de conditions de sécurité encore insuffisantes.
Une activité autorisée par le calendrier ne permet donc pas automatiquement d’entrer dans un massif fermé.
Les chasseurs n’ont pas de passe-droit automatique en cas d’incendie
C’est la nuance essentielle : deux réglementations différentes peuvent s’appliquer simultanément.
- La première détermine si le sanglier peut être prélevé à cette période.
- La seconde détermine si l’accès au massif est autorisé ce jour-là.
Lorsqu’un arrêté préfectoral interdit l’accès, une autorisation cynégétique ordinaire ne suffit pas à lever cette interdiction.
Il peut toutefois exister des opérations particulières de régulation décidées ou autorisées par l’administration. Elles ne doivent pas être confondues avec une pratique de loisir organisée librement.
Pourquoi les traileurs peuvent malgré tout ressentir une injustice
La confusion est facile à comprendre. Un coureur voit son trail annulé ou son massif fermé, puis découvre que le sanglier peut faire l’objet d’interventions entre le 1er juin et le 14 août. Présentées côte à côte, ces informations donnent l’impression que certains usagers bénéficient d’un privilège.
Mais cette comparaison mélange en réalité un calendrier cynégétique avec une autorisation d’accès au territoire.
Dans le cas du Tour de Cabrenç, l’arrêté préfectoral rendant les massifs inaccessibles suffisait à empêcher la tenue du trail. Il n’implique pas pour autant qu’un chasseur puisse entrer librement dans le même secteur sous prétexte que le sanglier bénéficie d’une période anticipée.
Un dispositif pensé pour limiter les dégâts agricoles
Le régime particulier du sanglier répond aussi à la situation de l’espèce.
Sa forte capacité de reproduction et les dégâts qu’il peut occasionner aux cultures expliquent pourquoi sa régulation constitue depuis longtemps un enjeu pour les agriculteurs, les collectivités, les services de l’État et les fédérations départementales.
Dans les Pyrénées-Orientales, un dispositif départemental de tir d’été existe depuis plusieurs années. Il permet d’intervenir avant la période générale lorsque les conditions réglementaires sont réunies.
Cette période anticipée doit donc être comprise comme un outil de gestion des populations de sangliers, et pas simplement comme une prolongation estivale d’une activité de loisir.
Analyse uTrail : le vrai sujet n’est pas chasseurs contre traileurs
À première vue, l’histoire semble parfaite pour alimenter une opposition classique : les coureurs seraient exclus des forêts pendant que d’autres usagers conserveraient le droit d’y entrer.
La réalité juridique est plus simple.
Oui, le sanglier peut faire l’objet de prélèvements anticipés en juillet. Mais cette possibilité ne donne pas automatiquement accès à un massif fermé par la préfecture pour risque incendie.
Une activité peut donc rester légalement prévue par sa propre réglementation tout en devenant temporairement impossible parce que le territoire sur lequel elle doit se dérouler est inaccessible.
Pour les traileurs comme pour les chasseurs, la règle devient alors la même : quand le massif ferme pour des raisons de sécurité, le droit théorique de pratiquer son activité ne suffit plus.
Sources
Les éléments réglementaires de cet article s’appuient sur les documents 2026-2027 de la préfecture des Pyrénées-Orientales relatifs aux périodes cynégétiques ainsi que sur le Schéma départemental de gestion cynégétique 2023-2029 de la Fédération départementale des chasseurs. Celui-ci prévoit notamment une période particulière pour le sanglier du 1er juin au 14 août sous autorisation et rappelle les objectifs de régulation des populations.
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