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Pourquoi un traileur peut aller plus vite qu’un VTT en forte montée
La réponse tient d’abord à une chose simple : un vélo n’est plus toujours un avantage lorsque le terrain devient suffisamment raide et technique.
Sur une route ou une piste régulière, le cycliste reste très largement favorisé. Le vélo permet de transformer efficacement la puissance produite par les jambes en vitesse, avec un rendement mécanique qu’un coureur à pied ne peut pas égaler. Mais cette supériorité dépend d’une condition essentielle : pouvoir continuer à rouler correctement.
Dès que la pente augmente fortement, que les pierres cassent le rythme ou que l’adhérence devient mauvaise, le vététiste perd une partie de cet avantage. Il doit relancer plus souvent, corriger sa trajectoire, éviter de faire patiner la roue arrière et parfois ralentir au point de ne plus pouvoir pédaler efficacement.
Le traileur, lui, n’a pas ce problème. Il peut raccourcir sa foulée, passer de la course à la marche rapide, poser les pieds où il veut et conserver une progression beaucoup plus directe.
Le poids du vélo finit aussi par être un handicap
En montée, le cycliste ne doit pas seulement déplacer son propre poids : il doit aussi faire monter celui de son vélo.
Tant que le terrain reste roulant, cette contrainte est largement compensée par l’efficacité du pédalage. Mais quand la vitesse chute et que les passages deviennent trop difficiles pour rester sur le vélo, le rapport s’inverse.
À partir du moment où il faut pousser ou porter le VTT, la machine n’aide plus vraiment à avancer. Elle devient au contraire une charge supplémentaire.
C’est là que le traileur reprend un avantage évident : il ne transporte rien d’autre que son propre corps et peut continuer à monter sans rupture de rythme.
À pied, les trajectoires sont beaucoup plus libres
Il y a aussi une différence importante dans la façon d’aborder les obstacles.
Un coureur peut changer de ligne immédiatement, poser un pied sur une pierre, enjamber une marche ou couper au plus court entre deux obstacles. Ses appuis sont courts, rapides et indépendants.
À vélo, la trajectoire est beaucoup plus contrainte. Il faut faire passer deux roues, conserver suffisamment de vitesse pour garder l’équilibre et anticiper chaque obstacle plusieurs mètres à l’avance.
Sur un sentier très technique, cela oblige souvent le vététiste à prendre une ligne plus longue ou moins directe que celle du traileur. Multiplié sur plusieurs kilomètres, ce petit désavantage finit par compter.
Plus la vitesse du vélo baisse, plus l’écart avec la course se réduit
C’est probablement le point le plus intéressant.
Le vélo domine tant qu’il permet de rouler nettement plus vite qu’un homme ne peut courir. Mais plus la pente et la technicité font chuter cette vitesse, plus l’écart entre les deux modes de déplacement se resserre.
À très faible allure, le vététiste continue pourtant à subir les contraintes du vélo : son poids, ses trajectoires, l’équilibre et l’adhérence. Le traileur, lui, reste dans un mode de déplacement naturel, parfaitement adapté à une progression lente mais continue.
Il existe donc bien un point de bascule où, sur certains terrains, courir ou marcher très vite devient plus efficace que pédaler.
Ce point n’est évidemment pas le même pour tout le monde. Il dépend du pourcentage de pente, de l’état du sentier, du niveau technique du vététiste, du poids du vélo et surtout du niveau du coureur.
Avec Tom Evans, ce seuil est forcément particulier : on parle du vainqueur de l’UTMB 2025, capable de maintenir une vitesse de montée très supérieure à celle d’un traileur moyen.
Le terrain compte davantage que le simple pourcentage de pente
Il serait tentant de chercher une pente précise à partir de laquelle la course devient plus rapide que le vélo, mais ce serait trompeur.
Une montée à 20 % sur une route parfaitement lisse peut rester très favorable au cycliste. La même pente sur un sentier rempli de pierres, de marches et de changements de direction peut devenir extrêmement difficile à rouler.
Ce n’est donc pas seulement le pourcentage qui compte, mais la combinaison entre la pente et la technicité du terrain.
C’est exactement ce que met en évidence le duel entre Tom Evans et Tom Pidcock : sur un terrain suffisamment favorable au trail et suffisamment défavorable au VTT, l’avantage mécanique du vélo peut disparaître.
En résumé, deux jambes peuvent vraiment battre deux roues
Cette course ne prouve évidemment pas qu’un traileur est plus rapide qu’un vététiste dans l’absolu. Sur route, sur piste ou sur un single roulant, Tom Pidcock aurait probablement laissé Tom Evans très loin derrière.
Mais elle montre quelque chose de beaucoup plus intéressant pour les pratiquants de montagne : le moyen de déplacement le plus rapide dépend du terrain.
Lorsque le vélo ne peut plus exploiter pleinement ses qualités, le traileur récupère progressivement l’avantage. Et lorsque celui qui court est l’un des meilleurs au monde, cette inversion peut aller jusqu’à faire passer un homme à pied devant un double champion olympique de VTT.
C’est finalement ce que cette course a démontré de la manière la plus simple possible : sur certaines montées, deux jambes peuvent effectivement aller plus vite que deux roues.
Source
Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
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