QUI EST BIGFLO, ET POURQUOI SON AVIS COMPTE ?
Bigflo, de son vrai nom Florian Ordonez, est l’un des deux membres du duo toulousain Bigflo & Oli, devenu en une dizaine d’années l’un des groupes de rap français les plus connus du grand public. Le duo a rempli de grandes salles et des stades, remporté plusieurs récompenses, participé à The Voice et vendu des albums certifiés jusqu’au diamant. En 2026, Bigflo & Oli ont également sorti leur cinquième album, Karma.
Son avis sur le trail n’a évidemment aucune valeur d’expertise sportive particulière, mais c’est précisément ce qui le rend intéressant ici. Bigflo porte le regard de quelqu’un qui observe l’ultra-trail depuis l’extérieur, avec cette incompréhension très répandue chez ceux qui se demandent pourquoi des personnes acceptent de payer pour courir pendant des heures dans la montagne, jusqu’à l’épuisement.
Sa parole compte surtout parce qu’elle dépasse largement le petit monde du trail. Lorsqu’une personnalité aussi connue évoque cette discipline, même sur le ton de la plaisanterie, elle participe forcément à l’image qu’en retient une partie du grand public. Et dans cette séquence, après avoir tourné en dérision tout ce qui peut sembler absurde dans l’ultra, Bigflo finit surtout par exprimer de l’admiration. Il ne comprend pas forcément les traileurs, mais il les respecte.
Bigflo vient peut-être de livrer l’une des descriptions les plus drôles de l’ultra-trail jamais formulées par quelqu’un qui ne comprend manifestement pas pourquoi des êtres humains choisissent volontairement de s’infliger ça.
Dans sa vision, il y a tout ce qui peut rendre notre sport incompréhensible vu de l’extérieur : des kilomètres dans la montagne, des corps épuisés, des pâtes de fruits avalées sans conviction, des proches qui tentent encore d’encourager et, surtout, cette idée apparemment insensée de payer pour participer.
Le rappeur observe donc le trail avec une forme d’incrédulité amusée. Pourtant, contrairement à certaines critiques récentes de la discipline, son propos ne se termine ni par du mépris ni par une leçon donnée aux pratiquants. Au contraire, après s’être moqué de tout ce qui lui semble absurde, il conclut en leur disant bravo.
Pour Bigflo, les traileurs sont complètement fous… mais admirables
Dans une séquence largement reprise sur Instagram, Bigflo raconte sa vision très personnelle des courses d’ultra-trail.
Il décrit des hommes et des femmes épuisés dans la montagne, qui continuent malgré la fatigue, les problèmes digestifs et l’état physique parfois très dégradé. Il s’amuse aussi de la scène bien connue des proches placés au bord du parcours, qui tentent de soutenir un coureur tellement vidé qu’il n’a parfois même plus l’énergie de répondre.
Et puis arrive la question que beaucoup de non-traileurs finissent un jour par poser : pourquoi payer pour souffrir autant ?
Bigflo n’apporte évidemment aucune réponse rationnelle à cette interrogation, et c’est justement ce qui donne tout son sel à la séquence. Après avoir passé plusieurs dizaines de secondes à décrire l’ultra-trail comme une activité presque incompréhensible, il change légèrement de registre et termine en félicitant ceux qui la pratiquent.
Sur le ton de la plaisanterie, il va même jusqu’à leur dire qu’ils « font avancer l’humanité », pendant que lui, précise-t-il, préfère manger des pains au lait.
Merci Bigflo, ça change un peu
La formule est évidemment humoristique et personne ne prétendra sérieusement que terminer un ultra-trail constitue une contribution majeure au progrès de l’humanité. Mais le contraste avec certaines déclarations entendues récemment autour du Mont-Blanc n’en est pas moins savoureux.
Fin août, en pleine semaine de l’UTMB, Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais, avait de nouveau suscité de nombreuses réactions en évoquant notamment des participants à la recherche de « notoriété personnelle et d’image ». Sa prise de parole avait été comprise par plusieurs observateurs comme une manière de réduire certains traileurs à des pratiquants apparaissant quelques jours par an sur les grandes courses.
Bigflo, lui, ne comprend peut-être rien au plaisir de courir cent kilomètres dans la montagne, mais son regard extérieur aboutit à une conclusion beaucoup plus simple : il trouve ces gens fous, tout en étant manifestement impressionné par ce qu’ils accomplissent.
Et mine de rien, après plusieurs semaines pendant lesquelles les traileurs ont surtout entendu parler de ce qui leur était reproché, le contraste fait sourire.
Se moquer du trail sans mépriser les traileurs
C’est probablement ce qui explique aussi pourquoi cette séquence fonctionne aussi bien auprès d’une partie de la communauté. Bigflo se moque du trail, mais il se moque surtout de ce que les traileurs eux-mêmes racontent déjà en permanence sur leur propre pratique.
La souffrance, les ravitaillements difficiles, les problèmes intestinaux, les conjoints qui attendent au bord du parcours, le prix des inscriptions ou encore cette décision difficilement explicable de repartir dans la montagne alors que le corps réclame simplement de s’arrêter : tout y passe.
La différence tient au ton. Bigflo ne cherche pas à expliquer aux traileurs ce qu’est leur sport ni à leur dire ce qu’ils devraient en penser. Il se contente de regarder cette pratique depuis l’extérieur et de constater qu’elle lui paraît totalement folle.
Or l’autodérision fait depuis longtemps partie de la culture de l’ultra. Les problèmes digestifs deviennent des anecdotes de course, les aliments adorés au départ finissent parfois par devenir impossibles à avaler après quinze heures d’effort, et les proches savent qu’un coureur peut annoncer son abandon avant de repartir dix minutes plus tard.
En quelques secondes, Bigflo a finalement condensé une bonne partie de ce folklore, mais sans jamais retirer aux pratiquants le respect qu’il leur témoigne à la fin.
Certains traileurs ont quand même pris la blague au premier degré
Sous la vidéo, tout le monde n’a pourtant pas accueilli la séquence avec le même recul. Quelques commentaires reprochent au rappeur de parler d’un sport qu’il ne connaît pas, tandis que d’autres lui répondent avec leurs propres plaisanteries sur son niveau supposé en course à pied.
Beaucoup ont toutefois compris le second degré, d’autant que Bigflo lui-même est ensuite revenu commenter la publication consacrée à son passage. Son message, « Vous êtes des monstres », accompagné d’émojis de feu et d’applaudissements, laisse peu de place au doute sur le sens général de son intervention.
Il ne s’agit donc pas vraiment d’une attaque contre le trail, mais plutôt d’une façon volontairement caricaturale de dire à quel point cette pratique paraît impressionnante et absurde pour quelqu’un qui la regarde de l’extérieur.
En résumé, Bigflo a compris quelque chose d’essentiel au trail
Il n’a peut-être pas compris pourquoi on paie un dossard pour courir toute une nuit, pourquoi on repart d’un ravitaillement alors qu’on vient de jurer pendant vingt minutes qu’on allait abandonner, ni pourquoi une simple pâte de fruits peut soudain prendre une importance démesurée au 80e kilomètre.
Mais il a compris quelque chose de plus simple : pour quelqu’un qui observe un ultra depuis l’extérieur, voir des anonymes continuer à avancer pendant des heures malgré la fatigue peut sembler à la fois totalement absurde et profondément admirable.
Alors merci Bigflo.
On ne savait pas que nos sorties longues, nos ampoules, nos gels, nos problèmes digestifs et nos passages à vide faisaient avancer l’humanité, mais après les dernières semaines passées à entendre expliquer tout ce qui ne va pas chez les traileurs, on prend volontiers le compliment.
Même s’il vient d’un homme qui préfère manifestement les pains au lait aux pâtes de fruits.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
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