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L’hypocrisie de Run for Climate

8 septembre 2026
dans EDITO
run for climate
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🎧 Run for Climate présente la course à pied comme une manière de se mobiliser pour le climat.

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Sommaire

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  • 🎧 Run for Climate prĂ©sente la course Ă  pied comme une manière de se mobiliser pour le climat.
  • Première hypocrisie : courir plus ne fait pas baisser les Ă©missions.. ÇA NE SERT Ă€ RIEN !
  • Deuxième hypocrisie : crĂ©er un nouvel Ă©vĂ©nement pour expliquer qu’il faut rĂ©duire notre impact
  • Troisième hypocrisie : le climat devient un produit de communication
  • Le challenge connectĂ© Ă©vite certains dĂ©placements, mais ne supprime pas la contradiction
  • 23 000 kilomètres parcourus… mais quel rĂ©sultat concret pour le climat ?
  • L’hypocrisie ultime : vouloir agir sans rien abandonner
  • En rĂ©sumĂ©, Run for Climate permet surtout de se sentir du bon cĂ´tĂ©
  • Lire aussi

 

L’événement collecte réellement de l’argent pour la Fondation PARC et contribue ainsi au financement de la recherche climatique. Mais derrière cette bonne intention apparaît une contradiction difficile à ignorer : courir davantage ne réduit directement aucune émission, tandis que l’organisation même d’un événement sportif ajoute des déplacements, de la consommation, des infrastructures numériques et de la communication à des modes de vie déjà fortement carbonés. L’hypocrisie commence peut-être précisément là, dans cette volonté de lutter contre le changement climatique sans véritablement remettre en cause ce qui l’alimente.

Au premier regard, Run for Climate coche toutes les cases de l’initiative vertueuse. On court, on marche, on mobilise des entreprises, on collecte de l’argent et l’effort sportif permet de soutenir une fondation consacrée à la recherche climatique. Lors du challenge connecté organisé en novembre 2025, plus de 23 000 kilomètres ont ainsi été enregistrés au profit de la Fondation PARC, ce qui témoigne d’une réelle capacité de mobilisation.

Il ne s’agit donc pas de prétendre que l’événement serait vide de sens ou que les fonds récoltés ne serviraient à rien. La recherche financée existe bel et bien et peut produire des effets utiles. Mais c’est justement parce que l’action possède une utilité qu’il faut regarder de plus près la manière dont elle est racontée. Entre financer la recherche sur le climat et agir directement sur le climat en courant, il existe une différence fondamentale que la communication tend à rendre beaucoup moins visible.

Première hypocrisie : courir plus ne fait pas baisser les émissions.. ÇA NE SERT À RIEN !

La faiblesse la plus évidente de Run for Climate tient à son principe même. Courir cinq, dix ou vingt kilomètres ne retire pas de CO₂ de l’atmosphère, ne réduit pas la consommation d’énergies fossiles et ne remplace pas automatiquement une activité polluante par une activité moins carbonée. Un participant qui effectue dix kilomètres n’améliore donc pas directement le climat par son effort physique ; il participe à une opération de collecte qui peut, elle, financer des travaux utiles.

Cette distinction pourrait sembler secondaire, alors qu’elle change en réalité complètement la manière d’évaluer l’événement. Le message selon lequel « chaque kilomètre compte » fonctionne parfaitement pour mobiliser, mais il serait plus exact de dire que ce n’est pas réellement le kilomètre couru qui produit un effet climatique : c’est l’argent qui lui est associé, et éventuellement ce que cet argent permet ensuite de financer.

À partir de là, la question centrale n’est plus celle du nombre de kilomètres parcourus, mais celle du résultat obtenu. Combien d’euros nets ont effectivement rejoint la recherche ? Quels travaux ont été financés grâce à ces sommes ? Quels effets concrets peuvent être attribués à cette collecte ? Le chiffre sportif est facile à mettre en scène et spectaculaire dans une communication, alors que l’impact climatique réel est beaucoup plus complexe à mesurer.

Deuxième hypocrisie : créer un nouvel événement pour expliquer qu’il faut réduire notre impact

La contradiction devient plus profonde lorsqu’on quitte le challenge connecté pour regarder l’événement physique. Organiser une course suppose nécessairement de réunir des participants au même endroit, d’installer une logistique, de prévoir des ravitaillements, de mobiliser du matériel et, surtout, de provoquer des déplacements qui n’auraient pas tous eu lieu sans l’existence de l’événement.

C’est évidemment le fonctionnement normal d’une course à pied, et personne ne découvre aujourd’hui qu’un événement sportif possède une empreinte environnementale. Mais Run for Climate n’est précisément pas présenté comme une course ordinaire : son nom, son identité et sa communication reposent directement sur l’urgence climatique. Dès lors, le niveau d’exigence devrait logiquement être supérieur.

Pour juger la cohérence du projet, il faudrait connaître le bilan carbone complet de l’événement, savoir combien de participants viennent en voiture, combien parcourent plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de kilomètres spécifiquement pour participer, quelle quantité de matériel est nécessaire, quels déchets sont produits et quelle part de l’empreinte provient de la logistique elle-même.

Sans ces chiffres, la contradiction demeure entière. Pour sensibiliser à la nécessité de réduire certains flux, on commence par en créer un nouveau. Cette question dépasse d’ailleurs largement Run for Climate et concerne tous les grands rassemblements sportifs, culturels ou commerciaux, dont le succès repose précisément sur leur capacité à attirer des personnes qui se déplacent, consomment, dorment sur place et transforment l’événement en expérience.

Le problème devient donc moins celui de la course elle-même que celui de sa promesse. Plus un événement place le climat au centre de son discours, plus il devrait être capable de démontrer que son impact positif dépasse réellement l’empreinte qu’il crée.

Troisième hypocrisie : le climat devient un produit de communication

Le sujet devient encore plus sensible lorsque Run for Climate dépasse la simple collecte solidaire pour entrer dans le champ de la communication d’entreprise. L’événement permet en effet aux sociétés de mobiliser leurs salariés autour d’un défi, de renforcer la cohésion des équipes et d’afficher simultanément un engagement environnemental dans le cadre de leur politique RSE.

Là encore, rien ne permet d’affirmer que les entreprises participantes seraient nécessairement insincères. Certaines peuvent réellement chercher à sensibiliser leurs collaborateurs et à financer la recherche. Mais le dispositif présente un avantage considérable : il permet d’afficher un engagement écologique sans forcément toucher aux activités qui pèsent beaucoup plus lourd dans l’empreinte générale de l’entreprise.

Une société peut ainsi continuer à multiplier les déplacements professionnels, renouveler rapidement son matériel informatique, maintenir une activité fortement consommatrice de ressources ou vendre des produits carbonés, tout en organisant parallèlement un challenge Run for Climate pour ses salariés. Les deux réalités peuvent parfaitement coexister.

C’est précisément cette coexistence qui nourrit la critique du greenwashing. Celui-ci ne consiste pas uniquement à mentir sur une action environnementale ; il peut aussi prendre la forme d’une mise en avant très forte d’une initiative positive, alors que cette dernière reste marginale par rapport au fonctionnement général de l’organisation.

Dans ce cas, le climat n’est plus seulement une cause scientifique ou politique. Il devient aussi un support de communication, de marque employeur et de cohésion interne.

Le challenge connecté évite certains déplacements, mais ne supprime pas la contradiction

Le format numérique apporte néanmoins une nuance importante. Courir près de chez soi en enregistrant ses kilomètres sur une application permet d’éviter un déplacement spécifiquement effectué pour rejoindre Paris, ce qui constitue évidemment un avantage par rapport à un rassemblement physique.

Sur ce point, le challenge connecté possède donc une réelle cohérence environnementale. Il serait absurde de mettre sur le même plan un participant qui court autour de chez lui et un autre qui parcourt plusieurs centaines de kilomètres pour rejoindre une épreuve.

Cela ne signifie pas pour autant que le dispositif connecté soit totalement neutre. Smartphones, montres GPS, réseaux mobiles, serveurs et stockage de données reposent eux aussi sur des infrastructures matérielles et énergétiques. Cette empreinte numérique est probablement secondaire par rapport à certains déplacements, mais elle rappelle une chose essentielle : lorsqu’on ajoute une nouvelle activité, même dématérialisée, on ajoute rarement un impact nul.

Plus largement, cette logique révèle notre manière contemporaine de traiter l’écologie. Face à une activité existante, nous cherchons souvent à inventer une version supposément plus vertueuse plutôt qu’à interroger la nécessité même de cette activité. On ne demande pas forcément au coureur d’en faire moins ; on lui propose simplement d’en faire davantage, mais cette fois sous une bannière climatique.

23 000 kilomètres parcourus… mais quel résultat concret pour le climat ?

Le chiffre du challenge 2025 résume assez bien toute l’ambiguïté de l’opération. Plus de 23 000 kilomètres ont été enregistrés, ce qui constitue incontestablement un succès en termes de mobilisation sportive. Mais ce chiffre mesure justement une distance parcourue, pas une réduction d’émissions.

Il ne dit rien du nombre de tonnes de CO₂ évitées, d’une baisse de la consommation d’énergie ou d’un changement durable de comportement. Pour évaluer réellement l’efficacité climatique de Run for Climate, il faudrait disposer d’indicateurs beaucoup plus difficiles à produire : le montant net versé à la Fondation PARC, les travaux financés grâce à ces fonds, le bilan carbone complet du dispositif et, surtout, les éventuelles modifications de comportement chez les participants.

Sans ces éléments, le nombre de kilomètres devient avant tout un excellent outil de communication. Il permet de montrer une mobilisation collective, de produire un chiffre simple à comprendre et de valoriser l’engagement, mais il ne permet pas à lui seul de conclure que l’opération a eu un effet significatif sur le climat.

C’est d’ailleurs l’une des limites récurrentes de nombreuses initiatives solidaires : ce qui est facile à compter devient ce que l’on met le plus en avant, alors que ce qui compte réellement est souvent beaucoup plus complexe à mesurer.

L’hypocrisie ultime : vouloir agir sans rien abandonner

C’est probablement ici que Run for Climate devient le plus révélateur de notre rapport actuel à l’écologie. Le coureur moderne peut aimer sincèrement la nature, se montrer inquiet face au changement climatique et défendre la protection des montagnes, tout en participant à un univers de consommation très développé.

Il achète des chaussures fabriquées à plusieurs milliers de kilomètres, utilise une montre GPS produite en Asie, renouvelle régulièrement ses vêtements techniques, commande du matériel en ligne, prend sa voiture pour certains départs et peut parcourir des centaines, voire des milliers de kilomètres pour participer à une course.

Puis on lui propose de courir quelques kilomètres supplémentaires pour le climat.

C’est probablement là que réside toute la force du dispositif, mais aussi sa principale faiblesse. Il ne demande pratiquement aucun renoncement. Il ne demande pas de conserver sa montre plus longtemps, de limiter ses achats, de renoncer à une course lointaine ou de réduire certains déplacements. Il suffit d’ajouter une action vertueuse à toutes les autres.

Or la lutte contre le changement climatique repose précisément, au moins en partie, sur une logique inverse. Réduire les émissions suppose parfois de moins consommer, de moins se déplacer, d’acheter moins souvent et d’accepter que certaines pratiques doivent être limitées plutôt que simplement rendues plus vertes.

Si l’écologie devient seulement une activité supplémentaire dans un agenda déjà rempli de consommation, de loisirs et de déplacements, le risque est alors de fabriquer surtout un mécanisme de compensation morale : on continue à vivre de la même manière, mais on ajoute ponctuellement une action qui nous permet de nous sentir du bon côté.

En résumé, Run for Climate permet surtout de se sentir du bon côté

Run for Climate possède une utilité réelle. L’événement permet de collecter des fonds pour la Fondation PARC, de mettre le sujet climatique en avant et probablement de sensibiliser une partie des participants. Ce serait donc caricatural de réduire l’opération à une simple coquille vide.

Mais cette utilité ne doit pas masquer la contradiction centrale du concept. Courir ne réduit directement aucune émission, l’organisation d’un événement physique crée de nouveaux flux, le dispositif numérique possède lui aussi une empreinte et la course permet aux particuliers comme aux entreprises d’afficher un engagement environnemental sans nécessairement toucher aux comportements qui pèsent le plus lourd.

L’hypocrisie de Run for Climate n’est donc peut-être pas dans l’existence même de l’événement, mais dans la facilité avec laquelle il nous laisse croire qu’il suffit d’ajouter une action verte à nos habitudes pour résoudre un problème qui exige parfois exactement l’inverse.

Le débat dépasse largement cette course. Il concerne notre manière de penser toute l’écologie contemporaine : voulons-nous réellement modifier nos comportements, accepter certains renoncements et réduire ce qui peut l’être, ou préférons-nous inventer de nouvelles activités qui nous permettent de continuer comme avant tout en ayant le sentiment d’agir ?

Run for Climate demande combien de kilomètres nous sommes prêts à courir pour le climat. La question beaucoup moins confortable serait plutôt de savoir à combien de kilomètres en voiture, de voyages, de courses lointaines et d’achats inutiles nous sommes réellement prêts à renoncer pour lui.

 

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Axelle Anne, fondatrice de u-TrailAuteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă  faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.

Tags: écologieauteur : Axelle AnneRun for Climate
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