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🎧 Pour beaucoup de traileurs français, septembre est sensé marqué le retour des températures agréables avec la fin de la canicule, des sorties longues et des premiers entraînements d’automne. Mais il marque aussi un autre rendez-vous : celui de l’ouverture générale de la chasse.
A partir des prochains jours, courir en forêt ne sera tout simplement plus tout à fait pareil… on va y aller la trouille au ventre.
Acheter un gilet fluo pour courir pendant la chasse

🟡 13 septembre : ça va être reparti pour des mois de galère et de conflits d’usage entre les chasseurs et les promeneurs
Il n’y a pas de date unique d’ouverture de la chasse en France. Les périodes sont fixées chaque année par arrêté préfectoral et peuvent également varier selon les espèces.
Pour la saison 2026-2027, plusieurs grandes dates se dégagent néanmoins.
- Dans de nombreux départements du Sud et de montagne, notamment les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes, les Alpes-Maritimes, l’Ardèche, l’Aveyron, les Bouches-du-Rhône, le Gard, l’Hérault, l’Isère, le Puy-de-Dôme, la Savoie, la Haute-Savoie ou encore le Var et le Vaucluse, l’ouverture générale intervient dimanche 13 septembre 2026.
- Une semaine plus tard, le 20 septembre, ce sera notamment au tour d’une grande partie du Nord, de l’Est, de la Bretagne et de l’Île-de-France.
- Quelques départements attendront le 27 septembre.
- Ailleurs, la saison a déjà commencé. En Moselle, dans le Bas-Rhin et dans le Haut-Rhin, l’ouverture générale a été fixée au 23 août 2026. En Corse, elle est intervenue le 6 septembre.
Pour les familles, les randonneurs, les vététistes et les traileurs, cela signifie le retour des coups de feu, des panneaux « chasse en cours », des battues et des itinéraires qu’il faut parfois modifier au dernier moment.
Le bruit des bêtes hurlant à la mort ponctuant nos footing.. et oui c’est ça la chasse aussi… des coups de feux, des bruits, des 4*4 qui bousillent les sentiers, des douilles qui trainent au sol, des sangliers trop lourds qu’on dépèce à même le sol..
Le changement, cette année encore, va est brutal. La veille encore, on partait courir sans trop se poser de questions. Quelques jours plus tard, les mêmes chemins nécessitent de regarder les panneaux, d’écouter ce qui se passe autour de soi et parfois de renoncer à passer.
⚠️ Les premiers week-ends appellent à une vigilance particulière
Après plusieurs mois sans ouverture générale, les premières journées de la saison correspondent au moment où de nombreux chasseurs ressortent leurs armes et reprennent leurs habitudes sur le terrain.
C’est une période pendant laquelle nous devons être particulièrement vigilants.
Les causes d’accidents recensées par l’OFB comprennent notamment les mauvaises manipulations d’armes, le non-respect des angles de sécurité, une prise en compte insuffisante de l’environnement ou encore des tirs effectués sans identification correcte.
Il faut de nouveau intégrer toute une série de risques à chaque sortie :
– un tir mal orienté,
– un ricochet,
– une mauvaise appréciation de l’environnement,
– la visibilité,
– le vent,
– ou encore les défaillances humaines liées au grand âge des pratiquants,
Tout cela existe.
Pour les traileurs, la forêt va de nouveau se pratiquer la trouille au ventre
On va de nouveau devoir aller courir en se prenant la tête avec les dates des battues. Une sortie de deux ou trois heures qui devait être un moment de liberté doit être préparée minutieusement à l’avance, voire interrompue en raison de la présence des chasseurs.
Où chasse-t-on aujourd’hui ? À quelle heure ? Sur quel secteur ? La battue concerne-t-elle le chemin prévu ? Y aura-t-il des panneaux suffisamment en amont ?
Et malgré toutes ces précautions, il reste toujours le moment où l’on arrive devant un chemin et où l’on découvre le panneau (quand il y a un panneau… ce n’est pas toujours le cas).
Un panneau « chasse en cours » à l’entrée d’un sentier suffit parfois à bouleverser une sortie préparée depuis plusieurs jours. Il faut faire demi-tour, changer de versant, modifier sa boucle ou tout simplement renoncer.
Pour les traileurs, c’est un changement d’habitude énorme dont le gilet fluo est devenu le symbole.
Et puis il y a cette autre absurdité qui revient chaque automne : changer notre manière de nous habiller pour être certains d’être vus.
Alors qu’un coureur n’utilise aucune arme et ne participe à aucune battue, c’est à lui que l’on conseille souvent de porter des vêtements particulièrement visibles afin de réduire le risque de ne pas être correctement identifié.
Une veste orange, un haut fluorescent ou des accessoires très visibles peuvent effectivement permettre d’être repéré plus facilement.
Mais il est difficile de ne pas voir le paradoxe : celui qui ne tire pas doit lui aussi modifier sa tenue et ses habitudes à cause de ceux qui utilisent une arme dans le même espace.
Et lorsqu’une battue est annoncée sur un secteur, mieux vaut évidemment changer d’itinéraire plutôt que de miser sa sécurité sur le seul respect des règles par les personnes présentes.
Conflits d’usage
Et c’est bien là que naît une grande partie du conflit d’usage : alors que les promeneurs, familles, randonneurs ou traileurs viennent simplement profiter d’un espace naturel, ce sont souvent eux qui doivent adapter leur parcours à la présence d’une battue.
Et nous n’avons pas vraiment le choix : nous ne sommes pas armés, nous.
Lorsqu’on pratique seul, tôt le matin, dans des sous-bois ou sur des singles peu fréquentés, entendre des coups de feu modifie forcément la perception de l’environnement.
On ne court plus avec la même insouciance. On ne connait pas la réaction du mec en face, on a peur d’un mauvais regard, d’un sourire mal interprété…
Le risque zéro n’existe pas pour ceux qui ne chassent pas
Car derrière cette peur, il y a aussi des chiffres.
Pour la saison 2025-2026, l’Office français de la biodiversité a recensé 92 accidents de chasse.
Voilà le chiffre qui intéresse directement les traileurs, randonneurs, vététistes et autres utilisateurs de la nature : des personnes qui ne participaient pas à la chasse ont malgré tout été touchées.
Le risque reste statistiquement limité à l’échelle des millions de sorties effectuées chaque année en nature, mais il n’est pas nul.
Et pour celui qui court au milieu d’une forêt en entendant des détonations à quelques centaines de mètres, cette distinction statistique apporte assez peu de sérénité.
🟡 13 septembre : ça va être reparti pour les « accidents de chasse », ces homicides involontaires qui ne disent par leur nom?
Et avec la réouverture va revenir une autre actualité dont on se passerait volontiers.
Les « accidents de chasse », les blessés et parfois les morts vont de nouveau faire la une des journaux.
Selon les circonstances, certains drames peuvent également donner lieu à des enquêtes judiciaires, notamment pour homicide involontaire lorsqu’un décès survient.
Le vocabulaire lui-même mérite d’être interrogé : derrière l’expression presque routinière d’« accident de chasse », il y a parfois une personne qui faisait autre chose. Qui promenait son chien. Qui randonnait. Qui faisait du vélo. Qui courait.
Elle n’avait pas choisi de participer à cette activité.
🟡 13 septembre : ça va être reparti pour le lobbying et la mauvaise foi des chasseurs
Et avec les accidents revient inévitablement le débat.
Avec, chaque année, les mêmes arguments pour expliquer pourquoi la chasse serait indispensable, utile à tout le monde et finalement beaucoup moins problématique que ce que racontent ceux qui la subissent.
Régulation, biodiversité, entretien des chemins : le discours des chasseurs s’est beaucoup élargi
Au fil des années, la défense de la chasse ne repose plus seulement sur la tradition ou le plaisir de chasser.
Le discours s’est progressivement enrichi d’arguments beaucoup plus faciles à faire entendre auprès du grand public : les chasseurs réguleraient les populations de grands gibiers, participeraient à la protection de la biodiversité, connaîtraient mieux que quiconque les territoires ruraux et contribueraient à l’entretien des chemins, des haies ou des espaces naturels.
Bref, à écouter certains discours, on finirait presque par croire que les chasseurs entrent dans les bois uniquement pour nous rendre service.
Tout cela peut contenir une part de réalité locale. Mais c’est aussi devenu un formidable outil de communication.
Car derrière la « régulation », la « biodiversité » et « l’entretien de la nature », il reste une évidence que ce discours fait parfois disparaître : la chasse est aussi un loisir pratiqué parce que ceux qui chassent prennent plaisir à chasser.
Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, l’a d’ailleurs reconnu très clairement en 2021 en expliquant qu’il n’était pas chasseur uniquement pour réguler les animaux et qu’il prenait du plaisir dans l’acte de chasse.
Au moins, sur ce point, les choses sont claires.
Le whataboutism des chasseurs va refaire surface
Le grand concours des comparaisons va commencer.
Les rapports et prises de parole favorables à la chasse utilisent ces comparaisons pour montrer que l’accidentologie cynégétique serait faible par rapport à d’autres activités. Le Sénat a lui-même repris des comparaisons avec les accidents sportifs ou routiers dans son rapport de 2022.
Sauf que cet argument contourne complètement le sujet.
Personne ne demande l’interdiction de la voiture parce qu’un automobiliste peut mourir sur l’autoroute. La question posée par la chasse est différente : peut-on être blessé par l’activité armée de quelqu’un d’autre alors qu’on est simplement venu courir ou se promener en forêt ?
C’est là toute la différence.
Répondre « il y a davantage de morts sur les routes » ne répond donc pas vraiment au problème. C’est déplacer le débat. Et surtout comparer deux risques qui n’ont ni la même origine, ni la même acceptabilité pour celui qui les subit.
🟡 13 septembre : les traileurs vont aussi subir la violence en ligne
Parce que le conflit ne s’arrête pas au bord des sentiers. Dès qu’un média, un traileur, un randonneur ou simplement un promeneur critique la chasse, il faut aussi s’attendre à la deuxième couche : celle des commentaires, des messages privés, des insultes et parfois des attaques personnelles.
Le débat quitte alors très vite la régulation du sanglier, la sécurité ou le partage de la nature pour tomber dans quelque chose de beaucoup plus brutal. Injures, mépris, agressivité, attaques sur le physique, remarques sexistes ou misogynes quand la personne qui s’exprime est une femme : la violence autour de la chasse peut aussi être verbale et digitale.
Et c’est assez révélateur. On nous explique qu’il faut apprendre à « partager la nature », mais certains supportent très mal que ceux qui la partagent avec eux aient aussi le droit de dire qu’ils ont peur, qu’ils en ont marre des battues, des coups de feu ou de devoir changer leur parcours.
Après la violence symbolique des panneaux, des armes et des détonations sur les chemins, il faut donc parfois encaisser celle des réseaux sociaux.
La fin de l’insouciance pour plusieurs mois
Voilà donc où nous en sommes : à partir du 13 puis du 20 septembre, des milliers de coureurs vont recommencer à regarder les panneaux avant de s’engager sur certains chemins, à tendre l’oreille au moindre coup de feu, à se demander si une battue se déroule à proximité et, parfois, à faire demi-tour ou à renoncer à certains secteurs.
Pour courir l’esprit tranquille, certains finiront même par privilégier une route, un parc ou un parcours moins sauvage, simplement pour éviter d’avoir à se demander pendant toute la sortie si quelqu’un est en train de tirer dans le massif.
Les sorties trail ne vont évidemment pas s’arrêter avec l’ouverture de la chasse, mais quelque chose change profondément dans notre manière de pratiquer. Cette petite liberté qui consiste à enfiler ses chaussures, à partir deux ou trois heures dans les bois et à improviser son parcours sans se demander qui occupe le massif au même moment va disparaître, au moins en partie, pendant plusieurs mois.
Pour les traileurs, les derniers jours de tranquillité sont comptés.
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