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🎧 Selon l’Equipe, des organisateurs de trails commencent Ă fixer un âge maximal pour participer Ă leurs courses.
À partir de 75 ou 80 ans, même un coureur expérimenté peut être automatiquement refusé. Une logique étonnante dans un pays où l’on peut encore chasser, manipuler une arme et marcher plusieurs heures en terrain difficile après 80 ans.
En France, on peut être considéré comme suffisamment responsable pour partir chasser avec une arme à feu à plus de 80 ans, mais trop vieux pour prendre le départ d’un trail.
La comparaison est volontairement provocatrice. Elle révèle pourtant une contradiction : lorsqu’il s’agit de course à pied, certains organisateurs veulent transformer l’âge civil en critère automatique d’inaptitude.
La plus courte comptait 21 kilomètres et 1 300 mètres de dénivelé positif ; la plus longue atteignait 85 kilomètres pour 5 400 mètres de dénivelé. D’autres épreuves ont choisi une limite fixée à 80 ans.
Autrement dit, un traileur peut s’entraîner toute l’année, présenter une longue expérience de la montagne et être parfaitement autonome : le jour où il dépasse l’âge prévu par le règlement, son inscription devient impossible.
Après 70 ans, le traileur devient-il soudainement dangereux ?
L’argument avancé est celui de la sécurité.
En montagne, un accident peut mobiliser des bénévoles, des médecins et des secouristes pendant plusieurs heures. Les parcours traversent parfois des secteurs isolés, dépassent 2 000 mètres d’altitude et exposent les participants au froid, à la chaleur ou aux changements météorologiques.
Ces contraintes sont réelles. Mais elles ne permettent pas de conclure que tous les coureurs âgés représentent automatiquement un danger.
Il n’existe pas de bascule physiologique brutale à 70, 75 ou 80 ans. Deux personnes nées la même année peuvent présenter des états de santé totalement différents.
Un coureur de 75 ans qui s’entraîne régulièrement peut posséder une endurance et une connaissance de lui-même très supérieures à celles d’un participant de 40 ans sédentaire, mal préparé et venu chercher un exploit pour lequel il n’a pas le niveau.
Le cardiologue et médecin du sport François Carré rappelle que l’âge physiologique ne correspond pas toujours à l’âge inscrit sur la carte d’identité. Une personne de 50 ans peut avoir les capacités d’une personne de 75 ans, et inversement.
Il considère qu’un sportif bien préparé peut encore courir un 100 kilomètres à 80 ans, à condition de rester à son allure et de ne pas se mettre dans le rouge.
Ă€ plus de 80 ans, un chasseur peut toujours partir avec son fusil
La chasse permet de mesurer le caractère paradoxal de cette interdiction.
La population des chasseurs français reste vieillissante. La Fédération nationale des chasseurs souligne notamment la forte présence des hommes âgés de plus de 55 ans parmi ses pratiquants.
Ses études distinguent également une catégorie entière de chasseurs de 65 ans et plus, preuve que la pratique se poursuit très largement après l’âge de la retraite.
Il existe donc naturellement des chasseurs de plus de 70 et de plus de 80 ans.
Or chasser ne consiste pas uniquement à rester immobile au bord d’un champ. Selon les pratiques, il faut marcher plusieurs heures, évoluer dans des bois, franchir des terrains accidentés, supporter le froid et transporter du matériel.
Surtout, le chasseur utilise une arme.
Malgré cela, la validation du permis de chasser n’est pas automatiquement interdite au moment du 75e ou du 80e anniversaire.
La Fédération nationale des chasseurs précise qu’un pratiquant doit faire valider son permis pour chaque saison et être en mesure de présenter ses documents en cas de contrôle, sans mentionner de limite générale liée au grand âge.
La société accepte donc qu’une personne de plus de 80 ans puisse encore être jugée capable de manipuler une arme, à condition de respecter la réglementation et les règles de sécurité.
Mais sur certains trails, cette même personne serait automatiquement considérée comme incapable de courir.
Une activité armée sans âge maximal, une course à pied avec une date de péremption
Il ne s’agit pas de prétendre que la chasse et le trail présentent les mêmes dangers.
Dans un ultra-trail, le risque concerne principalement le participant lui-même : malaise cardiaque, chute, hypothermie, hyperthermie, déshydratation ou épuisement.
Lors d’une action de chasse, une mauvaise manipulation peut également blesser une autre personne.
L’Office français de la biodiversité a recensé 11 accidents mortels pendant la saison 2024-2025, tous concernant des chasseurs. Cet exemple montre que l’activité possède ses propres risques objectifs, même si son accidentologie a fortement diminué en vingt ans.
Pourtant, on n’en déduit pas que tous les chasseurs doivent abandonner leur permis après 75 ans.
On insiste sur la formation, les comportements, la vigilance et le respect des consignes.
Pourquoi le trail ne pourrait-il pas appliquer la même logique en évaluant la préparation, l’expérience et l’état de santé plutôt que la seule année de naissance ?
Les coureurs âgés ne sont pas forcément ceux que les secours ramassent
Sur les courses, les secouristes ne prennent pas seulement en charge des personnes âgées.
Les participants qui se retrouvent en difficulté sont aussi des coureurs jeunes, partis trop vite, insuffisamment entraînés ou incapables de gérer la chaleur.
Certaines personnes passent presque directement d’un trail court à une distance de 80 ou 100 kilomètres sans mesurer les conséquences.
Outdoor Secours rapporte ainsi le cas d’un coureur de 78 ans ayant terminé un trail de 150 kilomètres en Corse. Il était suffisamment préparé pour que son âge ne provoque aucune inquiétude particulière.
À l’inverse, les secouristes interviennent régulièrement auprès de participants beaucoup plus jeunes venus courir des formats de 10 ou 30 kilomètres sans préparation adaptée.
L’âge ne protège donc pas d’une erreur et ne condamne pas davantage à l’accident.
Sur un ultra, les années d’expérience peuvent même représenter un avantage. Un coureur âgé sait souvent qu’il ne gagnera rien en partant trop vite. Il connaît ses problèmes digestifs, surveille son hydratation et reconnaît plus rapidement les signes annonçant une défaillance.
Les accidents liés à la chaleur ne concernent pas seulement les seniors
La volonté d’interdire les coureurs âgés est parfois renforcée par la multiplication des épisodes de forte chaleur.
Le raisonnement paraît simple : les personnes âgées seraient plus fragiles, donc il faudrait les exclure pour éviter les malaises.
Mais les décès récents observés pendant certaines compétitions disputées sous de fortes températures concernaient surtout des participants de moins de 60 ans, selon une médecin membre de la commission médicale de la Fédération française d’athlétisme.
Le coup de chaleur dépend de nombreux facteurs : l’allure, l’acclimatation, l’hydratation, les médicaments, l’état de santé, les vêtements, la température et la capacité du coureur à ralentir.
Un participant de 35 ans qui poursuit son objectif chronométrique malgré les symptômes peut être davantage en danger qu’un coureur de 75 ans décidé à marcher dans toutes les montées.
La chaleur impose donc une adaptation de la course pour tous les participants, pas uniquement l’exclusion des plus âgés.
Les barrières horaires font déjà le tri
Les trails disposent déjà d’un système permettant d’écarter les participants qui ne possèdent pas le niveau nécessaire : les barrières horaires.
Pour rester en course, chacun doit atteindre certains points du parcours avant une heure déterminée. Celui qui n’avance pas suffisamment vite est arrêté, qu’il ait 25, 50 ou 78 ans.
Cette règle mesure une capacité réelle.
La limite d’âge, elle, ne mesure rien. Elle suppose simplement qu’une personne devient trop lente ou trop fragile à partir d’une date choisie par l’organisateur.
Les professionnels interrogés considèrent les barrières horaires comme un garde-fou efficace. Certaines épreuves imposent également une expérience préalable ou demandent d’avoir terminé des courses moins difficiles avant de pouvoir s’inscrire sur un ultra.
Un coureur de 78 ans capable de respecter ces exigences ne devrait pas être éliminé avant même le départ.
Un contrôle médical renforcé serait plus logique
Refuser une limite d’âge ne signifie pas nier les effets du vieillissement.
Les risques cardiovasculaires progressent avec les années. Les problèmes de genoux, de hanches ou de chevilles deviennent plus fréquents. Une personne âgée peut également récupérer moins facilement après un effort extrême.
Une vigilance médicale renforcée est donc légitime.
Après 60 ans, un sportif qui poursuit une pratique intensive peut être encouragé à réaliser un bilan médical, un électrocardiogramme ou un test d’effort.
Ces examens ne suppriment jamais tous les risques, mais ils apportent davantage d’informations qu’une simple date de naissance.
Un organisateur pourrait également demander une expérience récente de la longue distance, renforcer les contrôles intermédiaires ou prévoir un entretien médical dans certaines situations.
Ces solutions sont plus complexes à mettre en place qu’une interdiction automatique. Elles sont aussi beaucoup plus cohérentes.
Le vrai problème est-il la sécurité ou l’âge ?
Derrière le discours sur la sécurité se cache parfois un autre argument : les coureurs âgés seraient trop lents et transformeraient le trail en randonnée.
Sauf qu’ils ne sont pas tous lents.
Certains traileurs de plus de 70 ans courent encore à un niveau que beaucoup de participants plus jeunes seraient incapables de suivre. D’autres avancent plus lentement, mais gèrent parfaitement leur effort, leur alimentation et les difficultés du parcours.
L’âge ne permet donc pas davantage de prédire la vitesse que la capacité à terminer une course.
Si une épreuve veut imposer un niveau minimal, elle peut fixer des barrières horaires. La règle s’appliquera alors à tous les participants, quel que soit leur âge.
Un coureur âgé capable de tenir le rythme demandé n’a aucune raison d’être exclu. À l’inverse, un participant de 35 ans qui ne respecte pas les délais doit être arrêté comme n’importe quel autre concurrent.
Le trail doit choisir ce qu’il veut sélectionner : une capacité réelle à terminer le parcours ou une image artificielle de jeunesse et de performance.
Le trail ne devrait pas inventer une date de péremption
Un organisateur doit protéger ses participants, ses bénévoles et ses équipes de secours. Il peut imposer du matériel, modifier le parcours, arrêter une course en cas de danger ou refuser un concurrent qui ne remplit pas les conditions sportives demandées.
Mais interdire automatiquement un trail après 75 ou 80 ans revient à considérer que tous les êtres humains vieillissent de la même manière.
C’est faux.
Un chasseur de plus de 80 ans peut encore faire valider son permis, marcher en forêt et utiliser une arme. On estime alors que sa responsabilité, sa formation et son comportement doivent être pris en compte individuellement.
Un traileur du même âge devrait bénéficier du même raisonnement.
S’il respecte les barrières horaires, possède l’expérience exigée et présente un état de santé compatible avec l’effort, pourquoi faudrait-il lui retirer son dossard ?
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Auteur : Axelle Anne est la fondatrice de la rédaction. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche de magazine plan-plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
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