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🎧 Pour obtenir son permis de chasse en France, un candidat doit passer un examen et fournir un certificat médical attestant qu’il n’est pas atteint d’une affection ou d’une infirmité incompatible avec la pratique de la chasse.
La réglementation prend notamment en compte les troubles susceptibles d’affecter la vigilance, l’équilibre, la coordination, le comportement, mais aussi la vision ou l’audition lorsqu’ils peuvent compromettre l’appréciation de la cible et de son environnement.
Le principe paraît parfaitement logique : avant d’autoriser une personne à chasser avec une arme à feu, son aptitude physique et psychique fait l’objet d’un contrôle médical.
Mais une fois le permis obtenu, le système change complètement.
Un chasseur qui a présenté son certificat médical il y a vingt ans peut encore chasser aujourd’hui sans avoir eu à fournir chaque année un nouveau certificat médical pour faire valider son permis. Et vingt ans n’est ici qu’un exemple : cette période peut être beaucoup plus longue.
Est-ce normal que le chasseur atteste lui-même chaque année de son aptitude ?
Pour pouvoir chasser chaque saison, le titulaire doit faire valider son permis. Mais cette validation annuelle ne s’accompagne pas d’une nouvelle visite médicale systématique.
À la place, la réglementation prévoit notamment une déclaration sur l’honneur. Le chasseur déclare lui-même qu’il ne se trouve pas dans l’un des cas d’incapacité ou d’interdiction empêchant la validation de son permis, parmi lesquels figurent les affections médicales ou infirmités rendant dangereuse la pratique de la chasse. La demande est d’ailleurs présentée « sous sa propre responsabilité ».
Un certificat médical peut être joint volontairement et, en cas de doute concernant l’état de santé déclaré, le préfet peut en réclamer un établi par un médecin assermenté. Mais pour le chasseur qui renouvelle normalement sa validation chaque année, le passage chez le médecin n’est pas systématique : le dispositif repose donc en partie sur ce qu’il déclare lui-même concernant son absence de contre-indication médicale.
Est-ce normal ? Non, car la santé peut changer en vingt ans
C’est précisément là que le dispositif devient difficile à comprendre. Le certificat médical demandé lors de l’accès au permis sert à vérifier des capacités qui, par définition, peuvent évoluer.
Une personne peut parfaitement entendre, voir, se déplacer et réagir normalement lorsqu’elle obtient son permis à 25 ans, puis connaître vingt ans plus tard une baisse de l’audition ou de la vision, développer une maladie, suivre un traitement affectant sa vigilance ou rencontrer des troubles moteurs, sensitifs ou psychiques. Ce sont précisément certains des problèmes médicaux que la réglementation considère comme susceptibles de rendre la pratique de la chasse dangereuse.
Le problème n’est donc pas l’âge du chasseur en lui-même. Un chasseur de 70 ans peut parfaitement présenter toutes les capacités nécessaires tandis qu’un autre, beaucoup plus jeune, peut souffrir d’une affection incompatible avec l’utilisation d’une arme.
La vraie question est beaucoup plus simple : pourquoi vérifier médicalement une aptitude au départ si cette aptitude peut ensuite rester vingt, trente ou quarante ans sans nouveau contrôle médical périodique obligatoire ?
La déclaration sur l’honneur possède évidemment une valeur juridique : une fausse déclaration peut entraîner la nullité de la validation et exposer son auteur aux sanctions prévues par les textes. Mais elle suppose aussi que le chasseur connaisse son état de santé, identifie lui-même qu’une affection entre dans les cas prévus par la réglementation et la déclare.
Est-ce normal ? Non, et la comparaison avec le tir sportif révèle un étonnant deux poids, deux mesures
La comparaison avec le tir sportif est particulièrement frappante, puisque les deux pratiques ont un point commun essentiel : elles impliquent l’utilisation d’une arme à feu.
Un licencié de la Fédération française de tir doit présenter un certificat médical de moins d’un an pour obtenir ou renouveler sa licence.Ce certificat atteste notamment de l’absence de contre-indication à la pratique du tir et de la compatibilité de son état physique et psychique avec la détention d’armes et de munitions.
Le tireur sportif repasse donc régulièrement par la case médecin alors même qu’il pratique généralement dans un environnement particulièrement encadré : un stand de tir, des pas de tir définis, des cibles fixes et une direction de tir parfaitement identifiée.
Le contraste avec la chasse est difficile à ignorer. Le chasseur évolue avec son arme dans un environnement ouvert, au milieu de la végétation, avec du relief, des animaux en mouvement et surtout d’autres personnes susceptibles d’emprunter les mêmes espaces : promeneurs, familles, vététistes, cueilleurs de champignons ou traileurs.
⚠️ En quelques jours, plusieurs affaires ont rappelé pourquoi les traileurs ne veulent pas simplement « faire confiance »
La saison de chasse 2026-2027 vient à peine de reprendre et plusieurs événements ont déjà alimenté le malaise des autres usagers de la nature.
Le 13 septembre, dans les Alpes-de-Haute-Provence, un chasseur de 90 ans est mort après une chute d’environ cinq mètres pendant une partie de chasse. Aucun tir n’est impliqué et rien ne permet d’attribuer sa chute à son âge ou à son état de santé. Mais ce drame a immédiatement reposé la question de l’aptitude physique nécessaire pour continuer à chasser à un âge très avancé.
Deux jours plus tard, à Pollestres, dans les Pyrénées-Orientales, Francis Lampe, alors président de l’association communale de chasse, a évoqué « quelques cartouches remplies de gros sel » pour ceux qui viendraient perturber l’ouverture, en ajoutant qu’ils auraient « très mal aux fesses ». Il a ensuite parlé d’une boutade, regretté ses propos et annoncé sa démission.
Au même moment, dans le Lot-et-Garonne, un homme de 42 ans comparaissait devant le tribunal d’Agen après avoir poursuivi une compagnie de sangliers avec son 4×4 pendant une battue. Il reconnaît la poursuite mais conteste avoir voulu percuter les animaux. Le ministère public a requis quatre mois de prison avec sursis, un an de suspension du permis de chasse et la confiscation du véhicule. Le jugement doit être rendu le 6 octobre.
Ces trois affaires sont très différentes et aucune ne permet évidemment d’affirmer que les chasseurs seraient collectivement dangereux. Mais elles rappellent une chose essentielle : lorsqu’un traileur croise une personne armée sur un sentier, toute sa sécurité repose sur la capacité de cette personne à rester physiquement apte, à maîtriser son comportement et à respecter les règles.
Et c’est précisément pour cela que l’absence de contrôle médical périodique systématique interroge : on demande aux autres usagers de faire confiance, parfois pendant plusieurs décennies, à une aptitude qui n’a pas forcément été réévaluée par un médecin.
Ce système est difficile à accepter quand on va courir en période de chasse
La réglementation reconnaît elle-même qu’un état physique ou psychique incompatible peut rendre la pratique de la chasse dangereuse puisqu’elle exige un certificat médical au moment de l’accès au permis. Puis, au fil des années, la validation repose notamment sur la déclaration du chasseur, sauf lorsqu’une situation particulière conduit l’administration à demander un nouveau certificat.
Vingt ans après son premier certificat médical, un chasseur peut donc toujours partir avec son fusil sans qu’un médecin ait nécessairement été appelé entre-temps à confirmer que son état de santé reste compatible avec la chasse.
Pour les traileurs et tous les autres usagers qui partagent ces espaces, la question dépasse alors largement les formalités administratives. Lorsque nous croisons une personne armée sur un sentier, nous lui faisons implicitement confiance : nous supposons qu’elle voit correctement, qu’elle entend correctement, qu’elle possède les réflexes nécessaires, qu’elle maîtrise son arme et que son état physique et psychique reste compatible avec son utilisation.
Si cette aptitude est suffisamment importante pour nécessiter un certificat médical le jour où l’on obtient son permis de chasser, il devient difficile de comprendre pourquoi elle pourrait ensuite rester vingt, trente ou quarante ans sans nouvelle vérification médicale systématique.
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