sources préférées Google
Dans les Alpes-de-Haute-Provence, l’ouverture de la chasse a commencé par un drame : le jour même de l’ouverture générale, un chasseur de 90 ans est mort après une chute, relançant immédiatement la question d’un éventuel âge limite ou, au minimum, d’un contrôle d’aptitude pour continuer à chasser à un âge très avancé.
À peine vingt-quatre heures plus tard, une autre affaire éclate dans les Pyrénées-Orientales, cette fois sur le terrain des mots et de l’intimidation.
À Pollestres, Francis Lampe, président de l’association communale de chasse, a annoncé sa démission après avoir publié un message visant ceux qui souhaiteraient perturber l’ouverture. Il évoquait notamment « quelques cartouches remplies de gros sel » et promettait aux opposants d’« avoir très mal aux fesses et pendant beaucoup de temps ».
Des propos qu’il a ensuite présentés comme une « boutade » écrite sous le coup de l’énervement, avant de reconnaître son erreur, de présenter ses regrets et de quitter ses fonctions.
🎥 VIDÉO — Je vous explique pourquoi ces propos sont la preuve qu’on n’est pas à l’abri d’une brebis galeuse qui va tirer un jour
Avec l’ouverture de la chasse, il faut s’équiper pour courir en sécurité

Les opposants à l’ouverture de la chasse directement visés
L’affaire intervient dans un contexte déjà extrêmement tendu autour de l’ouverture de la saison 2026-2027. Après un été marqué par les incendies et les canicules, plusieurs associations et collectifs ont réclamé que la chasse soit suspendue ou reportée dans les territoires les plus touchés afin de laisser davantage de répit à la faune.
C’est dans ce climat que Francis Lampe s’est adressé à ceux qui envisageraient de venir perturber l’ouverture de la chasse à Pollestres. Son message ne s’est pas limité à une critique politique ou à un désaccord sur le fond : il a évoqué l’utilisation de cartouches chargées de gros sel contre les opposants.
Même présenté ensuite comme une plaisanterie, le message a immédiatement dépassé le cadre du traditionnel affrontement verbal entre pro et anti-chasse.
Une menace qui tombe au pire moment pour les chasseurs
Le problème tient évidemment à la nature des mots employés, mais aussi à la fonction de leur auteur. Francis Lampe n’était pas un simple internaute perdu dans une discussion sur Facebook : il présidait l’association communale de chasse de Pollestres. Lorsqu’un responsable représentant localement des chasseurs évoque « quelques cartouches remplies de gros sel » à l’adresse d’opposants, même sous couvert de plaisanterie ou d’énervement, la portée de la phrase change nécessairement.
Ces propos surviennent surtout dans un contexte déjà extrêmement tendu autour de l’ouverture de la chasse. Après les incendies et les épisodes de chaleur extrême de l’été, la pétition « Pas de fusil sur les cendres » a recueilli plusieurs centaines de milliers de signatures pour demander l’arrêt ou le report de la chasse dans les zones sinistrées, tandis que plusieurs associations ont alerté sur l’état de la faune sauvage.
Dans ce climat, les fédérations et associations de chasse ont tout intérêt à défendre l’image d’une pratique responsable, encadrée et compatible avec les autres usages de la nature. Le message de Pollestres produit exactement l’effet inverse : il nourrit précisément l’idée d’un rapport de force et d’une intimidation que le monde de la chasse cherche par ailleurs à réfuter.
Il présente ses excuses puis démissionne
Face à l’ampleur prise par la polémique, Francis Lampe a ensuite reconnu avoir commis une erreur. Il explique avoir publié ce message dans « un moment de faiblesse », assure regretter ses propos et affirme que ceux qui le connaissent savent qu’il ne serait pas capable de passer à l’acte.
Il a finalement décidé de quitter la présidence de l’association communale de chasse et a même évoqué la possibilité d’arrêter définitivement la chasse.
La réaction ne vient d’ailleurs pas uniquement des opposants à cette pratique. Le maire de Pollestres, Jean-Charles Moriconi, indique avoir reçu de nombreux messages émanant aussi bien de chasseurs que de non-chasseurs et de simples habitants.
Le maire condamne les propos sans attaquer la chasse
La position du maire est intéressante parce qu’elle distingue clairement deux sujets.
Jean-Charles Moriconi condamne les propos de Francis Lampe en raison de leur caractère potentiellement intimidant, mais précise que cette condamnation ne vise ni les chasseurs dans leur ensemble ni leur activité.
Autrement dit, on peut défendre la chasse et considérer malgré tout qu’évoquer des tirs contre des opposants dépasse une ligne rouge.
C’est probablement l’un des points les plus importants de cette affaire : la critique de tels propos n’a rien à voir avec une opposition générale aux chasseurs. Elle concerne simplement la manière dont un responsable d’association parle à ceux qui contestent son activité.
Pour les traileurs, difficile de ne pas voir le problème du rapport de force
L’affaire résonne également avec le débat que nous soulevons régulièrement sur uTrail : celui du rapport de force entre les différents usagers de la nature.
C’est évidemment vrai dans l’immense majorité des rencontres.
Mais lorsqu’un président d’association de chasse en vient précisément à évoquer des cartouches contre ceux qui voudraient perturber une ouverture, cela montre pourquoi les mots comptent autant lorsqu’une arme fait partie de l’équation.
Il serait absurde d’en tirer une généralisation sur tous les chasseurs. Ce serait tout aussi absurde de considérer que de tels propos ne posent aucun problème.
⚠️ Ça commence par des insultes en ligne, puis des menaces avec des cartouches de sel : jusqu’où ira l’escalade ?
Cette affaire doit aussi être mise en perspective avec ce que l’on voit depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux. Dès qu’un article ou une vidéo questionne la chasse, les insultes arrivent vite : attaques personnelles, remarques sexistes, mépris des « bobotraileurs », injonctions à rester chez soi ou à « laisser la nature aux chasseurs ». On pourrait balayer tout cela d’un revers de main en parlant de quelques brebis galeuses.
Mais lorsque, au même moment, un président d’association communale de chasse en vient lui-même à évoquer « quelques cartouches remplies de gros sel » et à promettre aux opposants d’« avoir très mal aux fesses », le sujet change de dimension. On ne parle plus seulement de trolls anonymes derrière un écran, mais d’un responsable local représentant officiellement des chasseurs.
Il ne s’agit évidemment pas d’accuser tous les chasseurs de tenir ce type de discours. Mais la question mérite d’être posée : si les plus agressifs nous insultent déjà en ligne, et si même un responsable de chasse peut franchir la ligne de la menace avant de démissionner, jusqu’où peut aller cette escalade ?
Pour les traileurs, qui croisent parfois des groupes de chasseurs armés sur les sentiers, ce climat n’a rien d’anodin. Le débat sur le « partage de la nature » ne peut pas être serein si, dès qu’un désaccord apparaît, certains répondent par l’intimidation plutôt que par des arguments.
En résumé, c’est une affaire particulièrement révélatrice du climat autour de la chasse en cette rentrée 2026
D’un côté, des associations qui demandent du répit pour la faune après les incendies ; de l’autre, des chasseurs qui défendent leur droit à poursuivre leur activité ; et au milieu, un débat qui devient parfois suffisamment violent pour qu’un responsable local en arrive à plaisanter avec l’idée d’utiliser des cartouches contre ses opposants.
On peut débattre de l’ouverture de la chasse. On peut défendre la chasse. On peut aussi la combattre politiquement. Mais lorsqu’un fusil entre dans la menace, même sous couvert de plaisanterie, le débat a déjà franchi une limite.
Lire aussi
- Ouverture de la chasse : c’est reparti pour des semaines de galère pour les traileurs
- La chasse est un non-partage de la nature puisque c’est toujours au traileur de s’adapter
- « Il disait qu’on faisait prendre des risques aux coureurs, que le droit de chasse prévalait sur le droit de passage », rapporte Sébastien Thomasson, président des Amis de la course à pied, qui organise le cross des coteaux de Crolles prévu le 13 septembre.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
🏃 Depuis 2012, u-Trail vous informe gratuitement sur l’actualité du trail.
❤️ Votre soutien nous aide à préserver un média trail libre et indépendant.





