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🎧 Après avoir déjà fait de Tahiti la récompense de son circuit d’ultra-trail, la Ligue ULTRA vient d’annoncer sur Instagram qu’elle allait inviter quatre athlètes élite supplémentaires à Moorea, voyage compris.
Une opération qui accentue encore le paradoxe écologique d’un sport qui revendique pourtant sa proximité avec la nature.
La Ligue ULTRA
Pour entrer dans ce système, un coureur doit notamment terminer les quatre manches du circuit en moins de deux ans, tandis que les meilleurs peuvent décrocher directement un « Golden Ticket » grâce à un podium scratch. La récompense ne se limite pas à un dossard puisque la Ligue annonce également 100 packages comprenant le billet d’avion et l’inscription pour rejoindre Tahiti.
Un principe qu’uTrail avait déjà dénoncé l’an dernier pour son absurdité environnementale. En 2026, loin de revenir sur ce modèle, la Ligue ULTRA vient au contraire de décider d’aller encore plus loin.
Cette annĂ©e, quatre Ă©lites supplĂ©mentaires seront envoyĂ©s Ă Tahiti : POURQUOI C’EST UN SCANDALE
Dans une publication diffusée mardi 8 septembre sur Instagram, la Ligue ULTRA a lancé un nouvel appel à candidatures destiné aux athlètes élite. Pour pouvoir postuler, il faut afficher un Index UTMB supérieur à 800 chez les hommes ou 680 chez les femmes.
Quatre profils seront retenus et invités à participer aux LIGUE ULTRA Finals, organisées à Moorea du 23 au 25 octobre 2026 dans le cadre du Vodafone Tahiti Moorea Ultra Trail. Le déplacement sera pris en charge par l’organisation.
Sportivement, la proposition est évidemment séduisante. Pour un athlète, courir à Moorea avec le voyage financé représente une opportunité rare. Mais cette nouvelle opération pose problème pour quatre raisons très précises.
1. Malgré les critiques, la Ligue ULTRA n’a rien changé à son modèle
L’an dernier déjà , uTrail avait dénoncé le principe même de cette Ligue : organiser un circuit en métropole dont la récompense ultime consiste à envoyer des coureurs à Tahiti, soit à plus de 15 000 kilomètres de la France.
La critique était simple : dans un sport qui revendique en permanence sa proximité avec la nature, faire du voyage long-courrier une récompense sportive crée une contradiction difficile à ignorer.
Un an plus tard, la Ligue ULTRA n’a manifestement pas choisi de corriger le tir. Elle conserve Tahiti comme destination finale, continue de proposer des packages incluant le billet d’avion et annonce désormais quatre invitations supplémentaires destinées aux élites.
Autrement dit, au lieu de réduire ce qui avait déjà été pointé comme une absurdité écologique, le dispositif s’élargit.
2. Pourquoi faire venir des élites de loin plutôt que valoriser davantage les coureurs locaux ?
C’est la deuxième question que pose cette opération.
Tahiti et la Polynésie française disposent déjà de leur propre vivier de coureurs, de clubs, de pratiquants et d’athlètes capables de participer à un événement comme le TMUT. Faire venir des élites extérieures peut évidemment apporter de la visibilité à une course, relever le niveau sportif et attirer davantage d’attention médiatique.
Mais dans le contexte actuel, le choix mérite d’être interrogé.
Pourquoi ajouter encore des billets d’avion longue distance alors qu’il serait possible de renforcer la place des coureurs polynésiens, de mieux récompenser les athlètes locaux ou de mettre davantage en avant les meilleurs profils du territoire ?
Le sujet n’est pas d’opposer les coureurs métropolitains aux Polynésiens. Il est de se demander quel modèle on souhaite promouvoir : celui d’un événement qui valorise en priorité son territoire et ses pratiquants, ou celui d’une compétition qui cherche toujours plus loin des athlètes à faire venir par avion.
3. Faire de l’avion une récompense sportive est un non-sens pour le trail
C’est le cœur du problème.
Dans beaucoup de compétitions internationales, certains participants prennent l’avion de leur propre initiative pour rejoindre une course. On peut déjà discuter de l’impact environnemental de cette pratique, mais l’organisateur n’en fait pas nécessairement un argument commercial.
Ici, c’est différent. La Ligue ULTRA intègre directement le transport aérien à son dispositif. Le billet devient une récompense, un avantage, presque un trophée. Plus on performe, plus on se rapproche d’un voyage offert à l’autre bout du monde.
Or entre Paris et Papeete, il faut compter environ 15 700 kilomètres dans chaque sens, soit plus de 31 000 kilomètres pour un aller-retour.
Le problème n’est donc pas simplement de prendre l’avion pour aller courir. Le problème est de transformer l’avion en argument d’attractivité du trail.
4. Les élites devraient aussi donner l’exemple
La question se pose enfin du côté des athlètes de haut niveau.
Les élites occupent une place particulière dans le trail. Elles sont suivies sur les réseaux sociaux, invitées dans les médias, mises en avant par les marques et servent souvent de modèles aux pratiquants amateurs.
Cette visibilité implique aussi une forme de responsabilité.
On ne peut pas demander aux coureurs anonymes de réfléchir à leurs déplacements, à leur consommation, à leur matériel ou à leur impact environnemental tout en considérant que les meilleurs athlètes seraient totalement en dehors de ce débat.
Cela ne signifie pas qu’un élite ne doit plus jamais prendre l’avion ni participer à une course internationale. Le trail de haut niveau est devenu mondial et certains déplacements sont difficilement évitables.
Mais accepter un voyage long-courrier offert uniquement pour ajouter une course exotique au calendrier mérite au moins d’être questionné, surtout lorsque le sport concerné construit une grande partie de son identité autour de la nature et de sa préservation.
Les élites peuvent aussi envoyer un signal en choisissant parfois de dire non.
En résumé, le problème n’est pas Tahiti, mais le modèle que l’on construit autour
Il faut éviter un contresens : personne ne reproche à la Polynésie française d’organiser des trails. Les coureurs locaux ont évidemment le droit d’avoir leurs événements, et Moorea possède toutes les qualités pour accueillir une grande compétition.
La critique concerne la façon dont un circuit métropolitain utilise cette destination comme récompense, finance des déplacements longue distance et cherche maintenant à attirer encore davantage d’athlètes extérieurs.
Le trail est en train de devenir un tourisme sportif mondial dans lequel la valeur d’une course semble parfois augmenter avec le nombre de kilomètres nécessaires pour rejoindre sa ligne de départ.
Et c’est précisément là que le discours environnemental commence à se fissurer.
la Ligue ULTRA ne corrige rien et va mĂŞme plus loin
Cette année, la Ligue ULTRA conserve exactement le même modèle et ajoute encore quatre invitations pour des athlètes élite.
Elle ne privilégie pas davantage les coureurs locaux.
Elle continue de transformer l’avion en récompense.
Et elle sollicite des élites qui, par leur visibilité, participent aussi à normaliser ce modèle.
C’est pour cela que cette nouvelle opération ne peut pas être réduite à quatre billets d’avion supplémentaires. Elle illustre un choix beaucoup plus large : celui d’un trail qui revendique la nature tout en valorisant toujours davantage le voyage longue distance.
À force de demander aux coureurs de respecter la planète sur les sentiers tout en leur offrant des billets pour la traverser, le trail finit par produire sa propre contradiction.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidĂ©os YouTube.





