À 16 ans, Félix Barrault choisit la solitude et la marche
Il serait évidemment caricatural d’opposer une génération entière à un jeune aventurier exceptionnel. Mais le contraste reste saisissant.
Pendant que beaucoup de jeunes passent naturellement une partie de leur été connectés, Félix Barrault a volontairement recherché exactement l’inverse : l’éloignement, l’effort physique et surtout la solitude.
Cette attirance pour l’aventure ne date d’ailleurs pas de son voyage en Islande. Passionné de montagne depuis son enfance à Annecy, il multiplie depuis plusieurs années les randonnées et les itinérances. À seulement 15 ans, il avait déjà parcouru les Alpes entre le lac Léman et la Méditerranée par le GR5, avant de réaliser également une traversée du Jura en autonomie.
Jusqu’à 34 kilos sur le dos
Pour traverser l’Islande, pas question de partir avec un simple sac de trail de quelques litres.
Au départ de son aventure, Félix pouvait transporter jusqu’à 34 kilos de matériel et de nourriture. Dans les zones les plus isolées, il avançait entre 25 et 30 kilomètres par jour avec environ cinq litres d’eau et dix kilos de nourriture.
Son itinéraire l’a notamment emmené depuis la région de Mývatn vers les Hautes Terres, à travers l’Ódáðahraun et le désert du Sprengisandur, avant de poursuivre vers Landmannalaugar, le célèbre Laugavegur, Þórsmörk puis Skógafoss.
Pour les pratiquants de trail et d’ultra, la performance parle forcément. Marcher une trentaine de kilomètres quotidiennement pendant plusieurs semaines est déjà exigeant. Le faire avec un sac aussi lourd, loin des ravitaillements, transforme l’expérience en véritable expédition.
Une tempête avec des vents supérieurs à 100 km/h
L’aventure n’a rien eu d’une promenade touristique.
Dans une zone désertique, Félix Barrault s’est retrouvé confronté à une violente tempête de sable accompagnée de vents dépassant les 100 km/h. La visibilité est devenue extrêmement faible et il a dû rebrousser chemin pour chercher un abri.
Sa tente a elle aussi souffert des conditions et a fini par casser avant qu’il ne réussisse à la réparer. Il raconte même avoir connu pendant la tempête des hallucinations auditives, croyant entendre des voix ou des véhicules.
Autrement dit, derrière la belle histoire et les paysages islandais se cache une aventure engagée, dans un environnement où une mauvaise décision peut rapidement devenir problématique.
Seul, mais pas totalement coupé du monde
Le mot « seul » mérite néanmoins une précision.
Félix effectuait bien sa traversée en autonomie, mais ses parents conservaient un moyen de suivre son évolution à distance grâce notamment à un téléphone satellite. Sa mère avait également prévu un voyage en Islande afin de pouvoir rester relativement proche en cas de difficulté.
Un élément important alors que son âge a justement provoqué des réactions très différentes sur les réseaux sociaux.
Certains internautes saluent son courage et son autonomie. D’autres s’interrogent forcément sur la prudence d’une telle aventure à seulement 16 ans et sur la responsabilité des parents.
En résumé, au-delà de l’exploit individuel, l’histoire de Félix Barrault raconte quelque chose que les traileurs connaissent bien.
Partir dehors pendant plusieurs heures ou plusieurs jours oblige à gérer la fatigue, le froid, la météo, l’alimentation, le matériel et parfois simplement l’envie de continuer. Il n’y a plus de notifications, plus de défilement infini et beaucoup moins de distractions immédiates.
Il reste le terrain.
Dans une époque où l’attention est devenue une ressource disputée en permanence par les écrans, voir un garçon de 16 ans décider volontairement de marcher pendant 17 jours dans les immensités islandaises a quelque chose de particulièrement rafraîchissant.
Pas parce qu’il faudrait forcément traverser l’Islande pour réussir son adolescence.
Mais parce qu’à 16 ans, Félix Barrault vient de rappeler qu’un été peut aussi servir à se fabriquer des souvenirs ailleurs que dans la mémoire d’un téléphone.
Et son aventure n’est peut-être qu’un début : il a filmé sa traversée avec l’objectif d’en faire un film-documentaire et semble déjà envisager d’autres projets.
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