Ce que Blandine L’Hirondel a révélé après sa victoire sur l’UTMB au micro de France Inter
Elle reconnaît ne pas avoir « le pied montagnard »
C’est probablement l’une des déclarations les plus étonnantes de l’entretien.
Lorsqu’on lui demande pourquoi elle chute régulièrement en descente, Blandine L’Hirondel ne cherche pas d’excuse technique. Elle répond simplement qu’elle n’a pas « le pied montagnard ».
La nouvelle gagnante de l’UTMB explique venir de Normandie, « d’un pays plat », et avoir découvert la montagne seulement à l’âge de 26 ans. Elle a donc dû apprendre relativement tard à évoluer dans les descentes, entre les pierres, les racines et les branches.
Un détail qui relativise fortement l’idée selon laquelle les grands traileurs auraient nécessairement grandi dans les Alpes, les Pyrénées ou sur les sentiers réunionnais.
Chez Blandine L’Hirondel, le pied montagnard n’est pas un héritage : il s’est construit.
Et même après des années au plus haut niveau, elle reconnaît continuer à tomber régulièrement.
Elle a chuté plusieurs fois pendant l’UTMB
Sa victoire n’a donc rien eu d’une démonstration techniquement parfaite.
Blandine L’Hirondel raconte avoir chuté à plusieurs reprises sur la fin de l’UTMB. La dernière chute lui a notamment laissé un important hématome au quadriceps, encore visible dix jours après la course.
C’est aussi ce qui rend son profil intéressant.
On peut gagner l’UTMB sans donner l’impression de voler au-dessus des pierres à chaque descente. Chez elle, la performance passe aussi par cette capacité à accepter les imperfections techniques, à se relever et à continuer.
Elle a découvert la montagne presque par hasard à La Réunion
La montagne n’était d’ailleurs absolument pas la raison pour laquelle Blandine L’Hirondel avait choisi La Réunion pendant ses études de médecine.
Elle raconte être arrivée sur l’île en pensant notamment aux plages, aux apéritifs et à la vie autour du littoral. Elle dit ne pas avoir réellement conscience, à l’époque, de ce qui se trouvait à l’intérieur de l’île : les montagnes et les cirques réunionnais.
C’est là qu’elle découvre cet univers et qu’elle se dit complètement émerveillée.
Difficile d’imaginer meilleur retournement de situation.
Quelques années plus tard, cette Normande qui ne connaissait pratiquement pas la montagne allait devenir double championne du monde de trail et gagner l’UTMB.
Elle n’était pas sportive à l’origine
Autre révélation intéressante : Blandine L’Hirondel n’est pas issue d’un parcours de jeune athlète formée pendant des années à la course à pied.
Dans l’entretien, elle confirme qu’elle n’avait pratiquement jamais fait de sport lorsqu’elle a commencé.
Son compagnon se souvient même de leur première sortie ensemble : elle courait à peine, ne s’entraînait pas réellement, mais l’avait déjà largement distancé dans une montée tout en étant capable de parler. Il comprend alors qu’elle possède quelque chose de hors norme.
Son ancien entraîneur décrit de son côté une coureuse à la foulée peu académique, une sorte de « petite toupie » qui bouge beaucoup mais avance extrêmement vite.
Là encore, le parcours casse quelques clichés sur le haut niveau.
Elle se considère elle-même comme une anomalie physique dans le peloton
Blandine L’Hirondel explique également ne pas avoir le physique qu’elle associe spontanément aux meilleurs coureurs d’endurance.
Sur les lignes de départ, elle se voit plus petite et plus trapue que beaucoup de concurrentes. Elle estime ne pas posséder le morphotype classique des marathoniens et de nombreux ultra-traileurs, souvent grands et très secs.
Sa petite taille présente malgré tout un avantage qu’elle évoque avec humour : puisqu’elle tombe souvent, elle estime qu’elle tombe de moins haut.
Mais derrière la plaisanterie apparaît encore le même message : sa domination actuelle ne repose pas sur un profil qui aurait semblé parfaitement destiné à l’ultra-trail.
En descente, son cerveau travaille désormais sans qu’elle réfléchisse
Ne pas avoir grandi en montagne ne signifie évidemment pas qu’elle n’a pas développé une énorme maîtrise technique.
Blandine L’Hirondel explique que les descentes sont aujourd’hui devenues instinctives. Son cerveau analyse le terrain, repère les pierres, les marches, les branches et les dangers quelques mètres devant elle, mais elle n’a plus l’impression de réfléchir consciemment à chaque appui.
Après des années d’entraînement, ce travail est devenu automatique.
C’est probablement là que se trouve l’une des clés de son parcours : ce qui n’était pas naturel à 26 ans est devenu presque réflexe après des milliers d’heures passées sur les sentiers.
Elle ne voulait pas connaître son avance pendant l’UTMB
Autre élément révélateur de sa gestion de course : Blandine L’Hirondel ne voulait pas courir contre les autres.
Elle avait demandé à son entourage de ne pas lui communiquer les écarts, notamment pendant le début et le milieu de course.
Son objectif était de rester concentrée sur ses sensations plutôt que sur son classement ou son chronomètre. Même lorsqu’elle a pris une avance importante, elle explique avoir continué à imaginer que ses poursuivantes pouvaient revenir : sur un ultra de cette durée, une chute ou un gros coup de moins bien peuvent rapidement faire disparaître vingt ou trente minutes d’avance.
Une stratégie presque à l’opposé d’une course gérée en permanence à partir des écarts GPS.
À dix kilomètres de l’arrivée, elle a pensé qu’elle n’y arriverait pas
La victoire paraît aujourd’hui évidente lorsque l’on regarde simplement le classement.
Elle ne l’a pourtant jamais été pour Blandine L’Hirondel.
À la Flégère, dernier grand passage avant Chamonix, elle raconte avoir atteint un niveau d’épuisement tel qu’elle s’est mise à pleurer en affirmant qu’elle n’y arriverait jamais.
Elle situe cet épisode à environ dix kilomètres de l’arrivée et le décrit comme le seul véritable moment de découragement de sa course.
Quelques kilomètres plus tard, elle remportait l’UTMB.
Son corps met plusieurs semaines à récupérer d’un ultra
La médecin parle également de ce que l’on voit beaucoup moins après les images triomphales de l’arrivée.
Un ultra-trail de cette ampleur dérègle profondément l’organisme.
Blandine L’Hirondel explique ressentir les conséquences de la course sur son appétit, son sommeil, son cycle hormonal et même ses paramètres biologiques. Selon elle, plusieurs semaines, voire environ un mois, peuvent être nécessaires pour retrouver un fonctionnement normal.
Mais elle insiste sur un autre élément : la course elle-même n’est que « la petite cerise sur le gâteau ».
Les volumes d’entraînement nécessaires pour préparer un ultra peuvent eux aussi peser lourdement sur la physiologie, particulièrement chez les femmes.
Elle alerte sur le manque de connaissances concernant les sportives
Blandine L’Hirondel possède ici une double lecture particulièrement intéressante puisqu’elle est à la fois athlète de très haut niveau, gynécologue et désormais médecin du sport.
Elle souligne que les femmes restent sous-représentées dans une partie de la recherche scientifique consacrée au sport et que les variations hormonales liées au cycle compliquent encore la production de données.
Conséquence : de nombreuses spécificités physiologiques féminines restent insuffisamment documentées.
Un sujet qu’elle connaît donc à la fois comme médecin et comme sportive soumettant elle-même son organisme à des charges d’entraînement considérables.
En résumé, Blandine L’Hirondel n’était donc pas destinée à devenir montagnarde
C’est finalement ce qui ressort le plus fortement de cet entretien.
Blandine L’Hirondel ne vient pas d’une vallée alpine. Elle n’a pas chaussé des chaussures de trail lorsqu’elle était enfant. Elle n’avait pas de passé de grande sportive. Elle dit ne pas posséder le morphotype classique de l’ultra-traileuse et reconnaît encore aujourd’hui qu’elle n’a pas véritablement « le pied montagnard ».
Elle est pourtant devenue l’une des meilleures traileuses de la planète.
Son parcours raconte finalement quelque chose d’assez simple : en trail, le rapport à la montagne peut s’apprendre.
Même lorsqu’on vient de Normandie.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
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