Faire des marathons à l’étranger, c’est bien. C’est même une excellente idée pour lier l’utile (le voyage) à l’agréable (le marathon). Mais se faire avoir par 6 marathons du mal qu’on appelle Majors – les Abbott World Marathon Majors – et qui sont les plus marketés au monde est une erreur fondamentale. Tokyo, Boston, Londres, Berlin, Chicago, New York ? Oui. Mais pas dans ces conditions, non.
Par Gaël Dutigny, journaliste français résident à Los Angeles et finisher de 8 marathons de NYC.
les World Marathon Majors – Tokyo, Boston, Londres, Berlin, Chicago, New York
Les World Marathon Majors
La plupart de ces villes sont en soi formidables. Personnellement, je pense avant tout à Tokyo, New York. Londres ? Oui, c’est sûr que le nombre de Français au kilomètre carré fait réfléchir à Londres, pourtant, c’est la capitale européenne de la pluie, non ? Bah…si. Si.
1- marathon de Londres
Bon, et sinon, vous avez déjà essayé de vous inscrire au marathon de Londres ? Le surnom de cette course devrait être 666. Tu ne peux pas gagner à la loterie ! C’est la mission impossible, l’enfer sur terre. Une diablerie. La preuve : en avril dernier, 840 318 personnes se sont inscrites avec l’espoir de participer en 2025 et d’être l’un des 53 700 heureux élus. Relis lentement : 840 318 personnes. Une dinguerie. Tu as donc à peine 6 % de chance d’être tiré au sort. C’est moche. Et c’est un problème mondial. J’ai un copain italien qui chaque année tente sa chance pour Londres et a vécu 4 ou 5 ans de frustration intense avant d’enfin glaner son précieux sésame. Paix à son âme. C’est un saint. Le mec le plus patient de la terre. Autant partir en Irlande ou en Écosse faire un marathon et revenir à Londres fêter sa médaille dans un pub en jouant aux fléchettes.
À New York, selon les années, tu as entre 2 et 5 % de chance de gagner ton dossard à la loterie.
2- marathon de Tokyo
Tokyo ? Même combat. Le tirage au sort se fait parmi 300 000 candidats. Il y a moins de 40 000 dossards. Fais le calcul. Tu doubles tes chances par rapport à Londres, en gros. Mais bon. C’est nul.
Mon conseil : Tu vas au Japon, tu fais le marathon d’Osaka, bien plus accessible, notes que c’est dans le fief de Mizuno, et tu reviens passer la fin de ton séjour à Tokyo pour ton shopping à Harajuku et faire la fête à Roppongi et Shibuya (Google si tu es perdu).
Tous les autres marathons Majors fonctionnent sur le même principe de cette loterie de fous furieux, sauf Boston qui, lui, fonctionne sur une sélection élitiste au chronomètre.
3- marathon de Berlin
Berlin est sans doute une ville dingue chargée d’une histoire fondatrice pour l’Europe, mais galérer pour obtenir un simple dossard marathon est à s’arracher les cheveux et totalement contraire à l’esprit du running, soutenu par la simplicité, l’accessibilité, l’ouverture, l’accueil, la liberté.
4- marathon de Chicago
Chicago ne présente pour moi aucun intérêt et comme là aussi le dossard se gagne à la loterie, je passe.
5- marathon de New York
New York. New York, c’est grave. New-York, je le dis sans honte, c’est une arnaque qui ne se cache pas, une piraterie dégueulasse, un crime, un viol même. Pourquoi toujours nous obliger à passer par une agence de voyage qui vend le billet d’avion et l’hôtel plus cher que ce que tu peux trouver sur Internet ? Airbnb, c’est pour les chiens ? On ne se foutrait pas du monde là quand même ? Alors bien sûr, une fois de plus, il te reste la loterie. La blague. Tu as entre 2 et 5 % de chance d’obtenir un dossard par ce biais-là. Quand on arrêtera de nous prendre pour des salamandres et des pigeons, je fumerai le calumet de la paix avec les gens des Abbott World Marathon Majors.
6- marathon de Boston
Je finis. Boston, ma foi, c’est réservé à une élite qui va après se la raconter au bureau alors qu’ils ne courent le marathon qu’en 2h59’. Bon, 2h59’, c’est bien, c’est vrai, mais il y a tellement de mecs et de nanas dans le monde qui courent plus vite que ça. Il faudrait redescendre d’un coup et arrêter de se la raconter. On aimerait juste pouvoir voyager simplement et fouler la chaussée du plus vieux marathon du monde (1897).
Il faut donc ouvrir Boston, faire cesser ces qualif’ ridicules qui frustrent tout le monde et trouver le moyen d’accueillir plus de monde.
Je ne suis pas contre la compétition, les vainqueurs et surtout les vaincus. Je trouve ça beau, moi, la victoire, les champions, et les autres. Les larmes, les discours, les regrets. En foot, en rugby, en tennis d’accord ! Mais pas dans la course à pied amateur, pas dans le sport le plus accessible du monde où nous gagnons tous en franchissant la « finish line ». 99,99 % des coureurs de marathons dans le monde se foutent royalement des chronos des élites, ne savent pas qui est champion du monde, ne connaissent rien aux record, et s’en balancent pas mal de faire 2 h 40 ou 3 h 02 étant donné qu’ils courent tous en plus de 3 h 45′.
Le marathon est un sport du peuple, par le peuple, pour le peuple. Les événements qui sont dans des villes incroyables ne doivent pas rester inaccessibles, à des années-lumière de nos désirs.
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