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Trail et montagne : rendre les secours payants, c’est prendre le risque d’avoir des morts sur la conscience

15 août 2026
dans EDITO
avalanche savoie
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L’affaire des 32 alpinistes du Goûter, qui ont finalement payé 95 euros par personne pour redescendre en hélicoptère privé après que le PGHM a estimé qu’une opération de secours public ne se justifiait pas, relance une question récurrente : faut-il faire payer les secours à ceux qui ont pris des risques en montagne ?

Pour u-Trail, la réponse est claire : non. Parce qu’une erreur peut arriver à n’importe quel pratiquant, parce qu’il serait extrêmement difficile de décider qui s’est mis volontairement en danger et, surtout, parce que la peur de recevoir une facture pourrait un jour pousser quelqu’un à appeler les secours trop tard.

🎥 Dans la vidéo qui accompagne cet article, je reviens précisément sur ce débat et défend une position simple : lorsqu’une personne est en danger, le secours doit rester accessible à tous, quelle que soit l’erreur éventuellement commise avant l’accident.

Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne (lien pour me contacter dans ma bio en bas de l’article).

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  • 🎥 Dans la vidéo qui accompagne cet article, je reviens précisément sur ce débat et défend une position simple : lorsqu’une personne est en danger, le secours doit rester accessible à tous, quelle que soit l’erreur éventuellement commise avant l’accident.
  • Chaussures de trail en vente sur i-run
  • Pourquoi les secours doivent rester gratuits (TOUS les secours)
    • Parce qu’une erreur en montagne peut arriver à absolument tout le monde
    • Parce que personne ne peut savoir si un pratiquant s’est volontairement mis en danger
    • Parce que si les pratiquants ont peur de payer, certains appelleront les secours trop tard
  • En résumé, parce qu’on est la France, le secours doit rester accessible à tous… 
  • Lire aussi

Le débat revient après presque chaque opération spectaculaire en montagne. Un alpiniste s’engage malgré des conditions difficiles, un randonneur se perd, un traileur termine épuisé au mauvais endroit et la même question apparaît : pourquoi la collectivité devrait-elle payer pour quelqu’un qui a peut-être pris une mauvaise décision ?

La logique semble séduisante tant qu’on reste dans la théorie. Sur le terrain, elle devient beaucoup plus difficile à appliquer.

 

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Pourquoi les secours doivent rester gratuits (TOUS les secours)

Parce qu’une erreur en montagne peut arriver à absolument tout le monde

La première raison de maintenir les secours gratuits tient à une réalité que connaissent tous ceux qui pratiquent régulièrement le trail, la randonnée ou l’alpinisme : personne n’est à l’abri d’une erreur.

On peut préparer sa sortie, regarder la météo, charger une trace GPS, avoir le matériel adapté et malgré tout se retrouver dans une situation compliquée. Une bifurcation ratée, une baisse de lucidité après plusieurs heures d’effort, un orage qui arrive plus rapidement que prévu, une blessure dans une descente pourtant parfaitement maîtrisée jusque-là ou simplement une mauvaise appréciation de son état physique peuvent suffire.

Les traileurs le savent particulièrement bien. Après dix, quinze ou vingt heures d’un ultra, les décisions que l’on prend ne sont plus toujours celles que l’on aurait prises tranquillement devant une carte la veille du départ. La fatigue altère la lucidité et transforme parfois une petite erreur en véritable difficulté.

Considérer que toute personne secourue s’est nécessairement mise elle-même dans cette situation par irresponsabilité revient à nier cette réalité fondamentale des sports outdoor.

La montagne comporte une part d’incertitude. C’est précisément pour cette raison que des secours existent.

Parce que personne ne peut savoir si un pratiquant s’est volontairement mis en danger

Le deuxième problème apparaît immédiatement dès que l’on envisage de faire payer certaines interventions.

Il faudrait déterminer lesquelles.

Prenons deux traileurs perdus sur le même massif. Le premier a suivi une trace GPS qui comportait une erreur. Le second a aperçu un raccourci et décidé de quitter volontairement le sentier. Faut-il secourir gratuitement le premier et envoyer une facture au second ?

Et que faire du coureur qui part alors que des orages sont annoncés à 40 %, de celui qui se trompe après douze heures d’effort, du randonneur insuffisamment équipé qui pensait pourtant que son matériel était adapté ou de l’alpiniste dont les conditions se sont dégradées beaucoup plus rapidement que prévu ?

À partir de quel moment une erreur devient-elle une faute ?

À partir de quel niveau d’imprudence le secours devient-il payant ?

Et surtout, qui prendra cette décision ?

Les secouristes ? La mairie ? Une assurance ? Une commission qui reconstituera après coup la sortie GPS, la météo et les décisions prises par la personne secourue ?

Une telle logique conduirait rapidement à établir une sorte de tribunal de l’accident, chargé de déterminer si le pratiquant a suffisamment bien préparé sa sortie pour avoir droit à un secours gratuit.

Or l’accident est précisément le moment où les frontières entre malchance, erreur d’appréciation et imprudence deviennent les plus difficiles à tracer.

Parce que si les pratiquants ont peur de payer, certains appelleront les secours trop tard

C’est surtout ici que le principe du secours payant devient, à nos yeux, dangereux.

Imaginons qu’un traileur sache qu’un appel au secours peut lui coûter plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros. Au moment où sa situation commence à devenir problématique, une nouvelle question va entrer dans son raisonnement : est-ce que j’appelle maintenant ou est-ce que j’essaye encore de m’en sortir seul pour éviter de payer ?

Certains attendront.

Ils tenteront peut-être de marcher encore une heure malgré une blessure. Ils chercheront un autre itinéraire alors qu’ils commencent à perdre leur lucidité. Ils demanderont à un proche de venir les récupérer. Ils patienteront dans le froid en espérant que leur état s’améliore.

Et pendant ce temps, une situation encore gérable peut se transformer en véritable urgence.

En montagne, quelques heures peuvent tout changer. La nuit tombe, la température chute, un orage arrive, une blessure s’aggrave et l’épuisement augmente. Un secours déclenché suffisamment tôt peut rester relativement simple ; le même secours engagé plusieurs heures plus tard peut devenir beaucoup plus lourd et beaucoup plus dangereux, y compris pour les secouristes.

Le risque du secours payant est donc paradoxal : en voulant responsabiliser financièrement les pratiquants, on peut les inciter à retarder le moment où ils demandent de l’aide.

Et le jour où quelqu’un renoncera à appeler parce qu’il n’a pas les moyens de payer, le débat changera brutalement de nature.

Il ne sera plus question d’économiser le prix d’un hélicoptère.

Il sera question d’une vie.

 

En résumé, parce qu’on est la France, le secours doit rester accessible à tous… 

C’est finalement une question de société. Nous avons construit en France un système dans lequel une personne en danger peut appeler les secours sans devoir commencer par sortir sa carte bancaire ni démontrer qu’elle s’est comportée parfaitement avant son accident.

Ce principe a une valeur.

Parce que nous sommes tous capables de nous tromper.
Parce qu’aucune administration ne pourra parfaitement distinguer l’inconscient du malchanceux.
Et surtout parce qu’aucune personne en détresse ne devrait hésiter à appeler de peur de recevoir ensuite une facture qu’elle ne pourra pas payer.

On peut discuter pendant des heures des erreurs commises avant un accident. On peut améliorer la prévention, responsabiliser davantage les pratiquants et rappeler que la montagne exige de l’humilité.

Mais au moment du secours, la question doit rester beaucoup plus simple. Quelqu’un est en danger ? On le secourt.

Parce qu’on est en France, merde.

 

Lire aussi

 

  • Secours payants : « Ce n’est pas ce qui s’est passé »… les professionnels de la montagne contredisent Jean-Marc Peillex, le très controversé maire de Saint-Gervais
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.

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Tags: secoursauteur : Axelle Anne
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