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🎧 Depuis le 19 septembre 2026, Antoine Ofcard, ingénieur, créateur de contenus et sportif engagé, s’est lancé dans un défi hors norme entre Annecy et Fontainebleau : parcourir environ 2 260 kilomètres en enchaînant l’équivalent de dix Ironmans, avec un tronc d’épicéa de quatre kilos transporté sur le dos lorsqu’il court ou pédale, et attaché à la jambe lorsqu’il nage.
Son objectif est de sensibiliser le grand public à la fragilité des forêts françaises, confrontées notamment aux incendies, au scolyte et à certains modes de gestion forestière.
Son périple doit s’achever le 18 octobre à Fontainebleau après plusieurs étapes en Savoie, dans la région lyonnaise, le Jura, le Doubs, l’Alsace et la Lorraine. Au-delà de la performance sportive, Antoine Ofcard prévoit aussi de rencontrer des agents forestiers, des spécialistes et des scolaires afin de mieux comprendre les transformations qui touchent les forêts et de relayer ces informations au fil de son parcours.
Le symbole choisi est volontairement spectaculaire : un homme qui traverse une partie de la France avec un tronc d’arbre sur le dos. Difficile de produire une image plus immédiatement compréhensible. C’est précisément ce qui donne de la force à son initiative, mais aussi ce qui pose une question devenue centrale dans le militantisme écologique : à partir de quel moment la mise en scène commence-t-elle à prendre plus de place que le message qu’elle veut défendre ?
Le premier intérêt d’un tel défi tient à sa puissance visuelle.
Dans un environnement saturé d’informations, d’alertes climatiques et de campagnes de sensibilisation, une donnée scientifique, aussi importante soit-elle, peine souvent à toucher un public très large si elle reste isolée de tout récit.
Un chiffre sur le dépérissement des épicéas ou sur la progression des incendies intéressera surtout les personnes déjà sensibles à ces sujets. En revanche, un sportif qui enchaîne des milliers de kilomètres avec un tronc sur le dos intrigue immédiatement. L’image crée une porte d’entrée, suscite une réaction et peut donner envie de comprendre pourquoi ce tronc est là.
C’est tout l’intérêt du symbole : il transforme un phénomène complexe en une scène simple à comprendre. Dans ce cadre, le sport devient un outil de communication, et le défi personnel un moyen de rendre visible une cause qui, sans cela, resterait peut-être cantonnée aux rapports scientifiques, aux associations spécialisées ou aux institutions.
La difficulté commence lorsque la mise en scène est plus visible que la cause
Le problème apparaît lorsqu’un dispositif de sensibilisation devient si spectaculaire que le public retient davantage la performance que le sujet qu’elle devait mettre en lumière.
Dans le cas d’Antoine Ofcard, le tronc est évidemment un formidable outil de communication. Il rend le défi identifiable au premier coup d’œil et donne immédiatement une singularité à son aventure. Mais cette efficacité comporte aussi un risque : celui de réduire le projet à une image virale.
On peut très facilement retenir « l’homme qui fait dix Ironmans avec un arbre sur le dos » sans avoir mémorisé un seul élément sur le scolyte, la monoculture ou la fragilité actuelle de certaines forêts françaises. Dès lors, la communication fonctionne parfaitement, mais le message environnemental, lui, peut passer au second plan.
C’est toute l’ambiguïté de ce type de militantisme. Pour être entendu, il faut parfois produire une image forte ; mais plus cette image devient spectaculaire, plus elle risque aussi de devenir le sujet principal.
Militer pour l’écologie à l’époque des réseaux sociaux change les règles
Le militantisme environnemental ne repose plus seulement sur les manifestations, les associations, les rapports scientifiques ou les campagnes institutionnelles. Les réseaux sociaux ont profondément modifié la manière dont une cause peut émerger dans l’espace public.
Pour toucher un public qui ne serait pas allé spontanément chercher des informations sur l’état des forêts, il faut souvent raconter une histoire, incarner un sujet et créer un récit suffisamment fort pour retenir l’attention. Le militant devient alors aussi communicant, parfois même créateur de contenu, et sa propre image finit nécessairement par se mêler à celle de la cause qu’il défend.
Cette évolution n’est pas forcément un problème. La visibilité personnelle peut être mise au service d’un message collectif et permettre à une question écologique de toucher des personnes qui seraient restées à distance d’une communication plus classique. Mais elle crée une frontière particulièrement fine entre sensibilisation et autopromotion.
La vraie question n’est donc pas de savoir si Antoine Ofcard cherche aussi à faire parler de lui. Dès lors qu’un défi est construit pour être vu, cette dimension existe forcément. La question est plutôt de savoir ce que cette visibilité produit derrière : est-ce qu’elle dirige réellement l’attention vers les forêts ou est-ce qu’elle finit par concentrer toute la lumière sur celui qui réalise la performance ?
En résumé, tous les moyens de sensibiliser peuvent être utiles, à condition de laisser une place au fond
Tourner ce défi en dérision serait finalement trop simple. La situation des forêts françaises mérite d’être expliquée et le trail, parce qu’il dépend directement de ces espaces naturels, a tout intérêt à participer à cette prise de conscience.
Une action spectaculaire peut avoir une vraie utilité lorsqu’elle sert de point de départ à un travail de pédagogie. Les rencontres avec des forestiers, les interventions auprès des scolaires, les explications sur les maladies des arbres ou sur les différents modes de gestion donnent justement du contenu à une image qui, seule, resterait un symbole.
C’est là que se joue la crédibilité de ce type de démarche. Le spectaculaire attire l’attention, mais il doit ensuite permettre d’aller plus loin. Sans cette deuxième étape, l’action risque de devenir une performance de communication parmi d’autres, consommée rapidement sur les réseaux avant d’être remplacée par une nouvelle image.
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