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🎧 La première édition des « 25 heures qui courent » s’est déroulée les 6 et 7 novembre 2026 dans les Pyrénées-Orientales. Imaginée par le créateur de contenu Clément Deffrenne, alias Clemquicourt, cette manifestation caritative réunissait des athlètes professionnels, des créateurs de contenu et des coureurs amateurs autour d’un défi d’endurance.
Le principe reprenait celui d’une backyard ultra : repartir toutes les heures pour effectuer une nouvelle boucle, avec l’obligation de terminer dans les délais pour être autorisé à poursuivre.
Au terme de la finale, Théo Detienne s’est imposé devant Mathieu Delpeuch et Victor Guerdin. La cagnotte a atteint environ 1,5 million d’euros au profit de l’association Rêves.
Sur le plan caritatif, la réussite est incontestable. Sur le plan sportif, le résultat mérite une analyse plus nuancée.
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Théo Detienne a remporté les « 25 heures qui courent », samedi 7 novembre 2026, au terme d’une dernière boucle particulièrement rapide qui pose question.
Une victoire obtenue face à plusieurs grands noms de l’ultra-trail, notamment Hugo Deck, Benoît Girondel et Blandine L’Hirondel. Mais derrière le résultat officiel, une question mérite d’être posée : quelle est la véritable valeur sportive de cette performance ? Car l’épreuve organisée par Clemquicourt ne respectait pas le format d’une backyard traditionnelle et son classement final s’est joué sur un exercice de vitesse, après 24 heures de course.
Première limite : 25 boucles, c’est relativement peu dans l’univers de la backyard
Pour mesurer la performance de Théo Detienne, il faut d’abord rappeler ce qu’est réellement une backyard ultra.
Dans le format officiel imaginé par Lazarus Lake, chaque boucle mesure exactement 6,7056 km. Les coureurs prennent un nouveau départ toutes les heures et poursuivent jusqu’à ce qu’un seul participant soit encore capable de terminer une boucle supplémentaire.
Il n’existe donc aucune limite de durée ni de distance. La course peut continuer pendant deux, trois, quatre ou cinq jours, et parfois davantage.
En octobre 2026, les Belges Merijn Geerts et Ivo Steyaert ont ainsi repoussé le record du monde à 124 boucles, soit environ 831 km. Une performance réalisée sur plus de cinq jours, sans qu’aucun des deux athlètes ne parvienne finalement à départager l’autre.
À côté, les « 25 heures qui courent » proposaient une formule beaucoup plus courte : 25 départs maximum, sur un circuit d’environ 5,9 km, avec une dernière boucle rallongée d’environ 1,5 km.
Théo Detienne a donc parcouru près de 150 km, bien loin des distances atteintes par les meilleurs spécialistes mondiaux de la backyard.
Cela ne signifie pas que 150 km constituent une distance facile. Pour la grande majorité des coureurs, il s’agit déjà d’un défi considérable, d’autant que le parcours comportait du dénivelé.
Mais pour un athlète international habitué aux ultras de montagne, la question est différente. Les 25 heures imposées par l’organisation fixaient une limite artificielle à l’effort.
Théo Detienne n’a pas eu à démontrer qu’il pouvait rester debout plus longtemps que tous ses adversaires. Il lui suffisait de tenir jusqu’à la finale.
C’est une différence fondamentale avec l’esprit d’une véritable backyard.
Deuxième limite : une course suffisamment accessible pour laisser de la place au spectacle
Autre particularité des « 25 heures qui courent » : les participants ne se sont pas contentés d’enchaîner les kilomètres.
Tout au long de l’événement, plusieurs grands noms du trail ont accepté de relever des défis insolites.
Ludovic Pommeret a notamment parcouru une boucle à skis, tandis que Mathieu Blanchard a couru déguisé en Spider-Cochon. Blandine L’Hirondel a multiplié les tenues décalées, entre paillettes et déguisements, dans l’esprit festif qui caractérise désormais certaines de ses apparitions.
Mais l’exemple le plus révélateur est peut-être celui de Théo Detienne lui-même.
Théo Detienne a même trouvé le temps d’aller au spa
Pendant l’épreuve, le futur vainqueur a été filmé dans les installations de récupération, profitant d’une séquence particulièrement inhabituelle.
Spa, piscine, sauna, salle de musculation : le traileur a participé à un défi destiné à divertir les spectateurs et à encourager les dons.
Cette parenthèse ne signifie évidemment pas que Théo Detienne n’était pas fatigué. Dans une course à départs horaires, les périodes de récupération sont prévues dans le fonctionnement même de l’épreuve.
Mais elle illustre le caractère très particulier de cette compétition.
Sur une backyard officielle, le déroulement est strictement encadré. Ici, les organisateurs avaient volontairement aménagé le format pour permettre des animations et des défis qui faisaient partie intégrante du spectacle.
Le fait qu’un futur vainqueur puisse participer à une séquence de spa, puis poursuivre jusqu’au bout de la course, montre surtout qu’il ne disputait pas une épreuve où chaque minute était consacrée à rechercher la performance maximale.
L’objectif était aussi de divertir, de mobiliser le public et de faire progresser la collecte.
Il serait toutefois abusif d’en conclure que les coureurs n’ont pas souffert. Les abandons successifs, les douleurs signalées et la fatigue accumulée durant la nuit montrent que le défi était bien réel.
Troisième limite : les 24 premières boucles n’ont pas déterminé le classement final
C’est probablement l’élément le plus important pour interpréter la victoire de Théo Detienne.
Pendant les 24 premières heures, tous les participants encore engagés repartaient ensemble, indépendamment de leur temps sur le tour précédent.
Un athlète pouvait terminer sa boucle en 40 minutes et disposer de 20 minutes de récupération. Un autre pouvait mettre 55 minutes et ne bénéficier que de cinq minutes de pause.
Tant que les deux repartaient à l’heure suivante, ils conservaient le même nombre de boucles.
Cette logique appartient bien à l’univers de la backyard.
Mais l’organisation a introduit un changement décisif pour la finale.
La 25e boucle a été parcourue en sens inverse, avec environ 1,5 km supplémentaire pour traverser une fan zone. Et surtout, le vainqueur devait être le plus rapide sur ce dernier tour.
Les chronos des 24 premières boucles n’étaient donc pas additionnés pour départager les coureurs.
Ils avaient servi à sélectionner les participants capables d’atteindre la dernière heure, mais n’accordaient aucun avantage chronométrique pour la victoire.
Une victoire acquise en 24 min 22 s
Théo Detienne a parfaitement exploité ce règlement.
Parti rapidement, le Français a remporté cette dernière boucle en 24 min 22 s, devant Mathieu Delpeuch, deuxième en 24 min 56 s, et Victor Guerdin, troisième en 25 min 42 s.
Il a donc réalisé le meilleur temps de la finale, avec 34 secondes d’avance sur son premier poursuivant.
Il s’agit d’une vraie performance de vitesse après 24 heures d’efforts répétés.
Mais que mesure exactement ce résultat ?
La capacité de Théo Detienne à courir vite malgré la fatigue, certainement. Sa faculté à accélérer au moment décisif, également.
En revanche, cette victoire ne permet pas de savoir combien de boucles il aurait été capable d’effectuer si la compétition s’était poursuivie selon les règles traditionnelles de la backyard.
Aurait-il tenu 30 heures ? 40 heures ? Davantage ? Impossible de le déterminer.
La victoire de Théo Detienne récompense donc sa résistance pendant les 24 premières heures, puis sa vitesse sur le dernier tour. Elle ne démontre pas qu’il était le coureur le plus endurant du plateau.
Un classement final qui ne reflète pas le temps total passé à courir
Les chiffres du classement permettent d’aller plus loin.
Théo Detienne a accumulé environ 18 h 36 min de course effective sur les 25 boucles.
Mais d’autres concurrents ont parcouru l’ensemble de l’épreuve avec un temps cumulé inférieur.
Marc Malembits a ainsi totalisé environ 16 h 10 min de course effective, soit plus de deux heures de moins que le vainqueur, tout en terminant cinquième du classement officiel.
Benoît Girondel, quatrième, avait lui aussi passé moins de temps à courir sur l’ensemble des tours.
Cela ne signifie pas qu’ils auraient nécessairement remporté une course traditionnelle. La stratégie d’une épreuve à départs horaires repose notamment sur un équilibre entre vitesse de déplacement et récupération.
Mais cet exemple montre que le classement final ne récompensait ni le meilleur temps cumulé ni la plus grande distance parcourue.
Tous les finalistes avaient atteint le même nombre de boucles. Leur ordre d’arrivée dépendait exclusivement de l’ultime confrontation.
Dans ces conditions, le résultat ressemble davantage à une finale de vitesse organisée après un long défi d’endurance qu’à une backyard classique.
Cette formule n’est pas illégitime : elle correspond aux règles choisies par Clemquicourt. Mais elle doit être présentée pour ce qu’elle est.
Que vaut vraiment Théo Detienne dans les grandes compétitions de trail ?
Reste à examiner le niveau du vainqueur lui-même.
Théo Detienne est un traileur de haut niveau, capable de performances importantes sur des distances allant de plusieurs dizaines à plus de 100 km.
Son palmarès ne se limite d’ailleurs pas à sa victoire sur les 90 km du Mont-Blanc en 2025.
Il a notamment remporté le Trail Alsace Grand Est by UTMB en 2024, sur 114 km, ainsi que le Trail Nivolet-Revard et plusieurs autres courses de montagne.
Plus récemment, le 18 octobre 2026, il s’est imposé sur les 74,4 km du Grand Trail du Lac, en 6 h 35 min 37 s.
Sur les grandes confrontations internationales, son parcours comporte également plusieurs places d’honneur : deuxième de la MaXi-Race 2026 et deuxième sur le Mallorca by UTMB, notamment.
Ce palmarès confirme qu’il possède un véritable niveau élite.
Mais il existe une différence entre remporter une épreuve réunissant plusieurs champions dans un cadre caritatif et s’imposer sur une grande compétition de référence où tous les concurrents visent prioritairement la victoire.
Aux « 25 heures qui courent », les participants n’avaient pas tous les mêmes objectifs. Certains étaient venus pour relever un défi personnel, d’autres pour partager un moment collectif ou participer aux animations destinées à récolter des dons.
Mathieu Blanchard était en reprise après son opération. Ludovic Pommeret revenait également d’une intervention chirurgicale. D’autres participants étaient avant tout présents pour soutenir l’association Rêves.
Théo Detienne a battu ses adversaires sur la finale, et personne ne peut lui retirer cette victoire.
Mais l’épreuve ne constituait pas un test standardisé permettant de hiérarchiser les meilleurs ultra-traileurs présents au départ.
En résumé, c’est une victoire incontestable, mais une référence sportive difficile à comparer
Finalement, tout dépend de ce que l’on cherche à mesurer.
Si la question consiste à savoir qui a remporté les « 25 heures qui courent » selon le règlement fixé par l’organisation, la réponse est simple : Théo Detienne.
S’il s’agit de déterminer quel coureur a été le plus rapide sur la dernière boucle après 24 heures d’effort, la réponse est également Théo Detienne.
Mais si l’on cherche à connaître le meilleur spécialiste de backyard, le coureur capable d’aller le plus loin ou l’athlète le plus résistant du plateau, le résultat ne permet pas de répondre.
Le plafond de 25 boucles, la distance réduite, les défis humoristiques et la finale décidée sur un seul chrono rendent cette compétition difficilement comparable aux grandes épreuves d’ultra-endurance.
Il n’y a d’ailleurs pas nécessairement de contradiction entre cette réserve sportive et la réussite de l’événement.
Clemquicourt n’avait pas organisé un championnat du monde de backyard. Il avait imaginé un spectacle sportif et solidaire, capable de réunir de grands champions et une communauté de spectateurs autour d’une collecte exceptionnelle.
Sur cet objectif, les quelque 1,5 million d’euros récoltés pour l’association Rêves parlent d’eux-mêmes.
Théo Detienne a gagné les « 25 heures qui courent ». Il a montré qu’il pouvait encore accélérer après une journée complète d’endurance. C’est une performance réelle. Mais ce résultat ne suffit pas à établir qu’il aurait gagné une véritable backyard, ni à le placer au-dessus de tous les autres champions présents.
La distinction est importante : une victoire peut être parfaitement méritée sans avoir la même valeur de référence qu’un résultat obtenu dans une compétition officielle aux règles comparables.
Sources
- Le règlement officiel de la backyard ultra est disponible sur le site de Big’s Backyard Ultra. Il précise notamment la distance de 6,7056 km et le principe du dernier concurrent encore capable de terminer une boucle.
- Les résultats de l’événement et le déroulement de la finale ont également été rapportés par Le Dauphiné libér
- Le palmarès de Théo Detienne peut être consulté sur son site officiel, ainsi que dans les résultats du Grand Trail du Lac 2026.
Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.








