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🎥 Depuis le départ des « 25 heures qui courent », vendredi 6 novembre 2026, le parcours choisi par Clemquicourt suscite des interrogations. Plus court que celui d’une véritable backyard, jugé trop accessible par certains pratiquants et aménagé autour d’un golf, il s’éloigne des références habituelles de l’ultra-endurance. Dans son direct Twitch, l’organisateur défend pourtant son tracé et insiste sur sa dimension trail. Alors, s’agit-il d’une véritable épreuve sportive ou d’une adaptation conçue avant tout pour le spectacle ?
Les « 25 heures qui courent » réunissent depuis vendredi 15 h des champions de trail, des créateurs de contenu et des coureurs amateurs autour d’un événement caritatif au profit de l’association Rêves, qui réalise les rêves d’enfants gravement malades.
Le principe reprend celui de la backyard ultra, une discipline popularisée par l’Américain Lazarus Lake. Les participants doivent parcourir une boucle dans un délai d’une heure, avant de repartir tous ensemble au début de l’heure suivante. Ceux qui ne terminent pas à temps ou qui renoncent à repartir sont éliminés.
Mais contrairement à une backyard traditionnelle, dont la distance est fixée précisément et qui se poursuit jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul concurrent, le rendez-vous de Clemquicourt propose un parcours modifié et une durée maximale de 25 heures.
Ces adaptations, associées au choix du lieu, alimentent désormais le débat.
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La backyard de Clemquicourt : un parcours qui ne respecte pas la distance réglementaire d’une backyard
C’est la première différence, et elle est incontestable : les « 25 heures qui courent » ne respectent pas la distance officielle d’une backyard ultra.
Le règlement établi par Lazarus Lake fixe chaque boucle à 6,7056 km, soit environ 6,706 km. Cette distance n’a pas été choisie au hasard : en réalisant 24 boucles, un concurrent parcourt exactement 100 miles, soit près de 161 km.
Pour l’événement de Clemquicourt, les données de l’organisation annoncent une boucle d’environ 5,9 km, avec 180 m de dénivelé positif. D’autres présentations ont évoqué 5,7 km et 150 m de dénivelé, ce qui montre que les caractéristiques communiquées n’ont pas toujours été parfaitement homogènes.
Dans tous les cas, la distance est inférieure aux 6,706 km réglementaires.
Cette différence change la nature de l’effort demandé. Sur une backyard classique, les coureurs doivent maintenir une vitesse moyenne minimale de 6,7 km/h, pauses comprises. Sur le parcours de Clemquicourt, la distance est moindre, même si les montées et les descentes peuvent augmenter la difficulté.
Autre différence importante : une véritable backyard ultra ne possède pas de durée maximale annoncée. L’épreuve se poursuit jusqu’à ce qu’un seul concurrent soit encore capable d’effectuer une boucle supplémentaire. Ici, tout doit s’arrêter après 25 heures.
Les « 25 heures qui courent » constituent donc une course inspirée de la backyard, mais pas une backyard ultra conforme au règlement historique.
Ce constat ne retire rien à la dimension sportive de l’événement. Il permet simplement de distinguer les règles officielles de l’adaptation imaginée pour ce rendez-vous caritatif.
Un parcours jugé trop facile par certains habitués de l’ultra-endurance
La deuxième critique concerne la difficulté réelle du circuit.
Sur les réseaux sociaux, certains coureurs habitués à des formats plus exigeants estiment que les « 25 heures qui courent » proposent une boucle trop accessible au regard de l’attention médiatique accordée à l’épreuve.
Un pratiquant compare notamment ce parcours à celui de la LDHD Morvan, où il indique courir sur une boucle de 7,5 km avec 310 m de dénivelé positif. À ses yeux, le tracé choisi pour l’événement de Clemquicourt est bien moins éprouvant.
La comparaison mérite toutefois d’être nuancée.
Avec environ 180 m de dénivelé positif annoncés sur 5,9 km, le parcours des « 25 heures qui courent » n’est pas totalement plat. Répéter cette ascension 25 fois représenterait 4 500 m de dénivelé positif cumulé, une charge physique loin d’être négligeable.
En revanche, une boucle relativement courte offre potentiellement davantage de possibilités de récupération entre deux départs. Et dans une épreuve de ce type, quelques minutes supplémentaires peuvent faire une différence considérable pour manger, boire, se changer ou simplement s’asseoir.
La difficulté ne dépend donc pas uniquement du profil du terrain, mais aussi de la vitesse adoptée, de l’état de fatigue et de la capacité à repartir.
Qualifier le parcours de facile serait excessif sans l’avoir évalué sur le terrain. Mais le juger moins exigeant que certaines autres épreuves d’endurance reste une opinion défendable.
Cette discussion révèle surtout le décalage entre les attentes des pratiquants réguliers de backyard et le public beaucoup plus large auquel s’adresse Clemquicourt.
Une backyard organisée dans un golf
C’est probablement le choix le plus surprenant de l’organisation.
Pour ses « 25 heures qui courent », Clemquicourt a installé son événement dans l’environnement d’un golf, un cadre que l’on associe spontanément davantage aux parcours entretenus et aux installations de loisirs qu’aux sentiers sauvages du trail.
La question ne porte pas seulement sur la difficulté sportive. Elle concerne également l’image renvoyée par l’événement.
Une image presque bling-bling, loin des codes traditionnels du trail
Dans l’imaginaire collectif, le trail évoque les chemins forestiers, la montagne, la boue, les pierres, les ravitaillements improvisés et une certaine proximité avec la nature.
Le golf renvoie à un univers différent : des espaces aménagés, des pelouses entretenues, des infrastructures de loisirs et une image socialement plus privilégiée.
Même si le parcours emprunte également des portions naturelles, cette association entre ultra-endurance et golf peut surprendre.
Elle participe à l’impression que les « 25 heures qui courent » sont autant une production audiovisuelle qu’une compétition sportive.
Avec ses nombreuses caméras, ses personnalités invitées, ses défis humoristiques et ses partenaires commerciaux, l’événement assume une mise en scène particulièrement développée.
Il ne s’agit plus seulement de regarder des coureurs enchaîner des kilomètres, mais de proposer un véritable programme de divertissement autour de la course à pied.
Un contraste étonnant avec l’objectif caritatif
Le choix d’un golf peut également interroger au regard de la dimension solidaire de l’événement.
Les « 25 heures qui courent » ont pour objectif de récolter des fonds pour l’association Rêves. Sur ce point, la mobilisation est indéniable, avec une cagnotte qui a rapidement atteint des montants importants pendant le direct.
Mais le contraste visuel entre l’univers plutôt privilégié du golf et une collecte destinée à des enfants gravement malades peut interpeller.
Cette contradiction est avant tout symbolique. Un événement caritatif n’a aucune obligation de se dérouler dans un cadre modeste pour être sincère ou utile.
Au contraire, disposer d’infrastructures adaptées peut faciliter l’accueil des participants, des équipes techniques et des nombreux dispositifs nécessaires à une retransmission de 25 heures.
La question est donc moins de savoir si le golf est un lieu acceptable que de comprendre ce que ce choix raconte de l’évolution des grandes manifestations sportives organisées par des influenceurs.
Le trail peut-il encore se reconnaître dans cet environnement ?
Le débat dépasse le seul cas de Clemquicourt.
Depuis plusieurs années, le trail attire des marques, des créateurs de contenu et de nouveaux publics, avec des formats qui empruntent de plus en plus aux codes du spectacle.
Les « 25 heures qui courent » poussent cette logique particulièrement loin : des champions de renommée internationale partagent le parcours avec des influenceurs, certains participants courent déguisés et les performances sportives cohabitent avec des animations.
Pour les passionnés de trail traditionnel, le contraste peut être déroutant.
Mais le trail ne se définit pas uniquement par la haute montagne. Un sentier vallonné, même situé à proximité d’un golf, peut parfaitement constituer un terrain de trail. Ce sont la nature du sol, le relief et les caractéristiques du tracé qui permettent de l’apprécier, pas seulement l’image du lieu qui l’accueille.
Clemquicourt défend son parcours : pour lui, c’est bien du trail
Face aux interrogations sur son tracé, Clemquicourt a défendu son choix pendant la retransmission en direct.
L’organisateur insiste sur le fait que les participants évoluent sur un véritable parcours de trail, avec des portions naturelles, des difficultés techniques et du dénivelé. L’environnement d’un golf ne signifie donc pas nécessairement que les coureurs passent leurs heures à tourner sur des pelouses parfaitement plates.
Cet argument mérite d’être entendu.
Un tracé de 5,9 km avec environ 180 m de dénivelé positif ne peut pas être assimilé automatiquement à un parcours sans difficulté. Après dix, quinze ou vingt boucles, la répétition des mêmes montées et descentes peut devenir éprouvante, même pour des athlètes expérimentés.
Et l’objectif de Clemquicourt n’était pas d’organiser un championnat officiel de backyard ultra, mais de créer un événement capable de réunir des profils très différents pendant 25 heures, tout en mobilisant les spectateurs autour d’une collecte caritative.
Le cadre choisi répond aussi aux contraintes d’une production en direct : accueillir les équipes, assurer la sécurité, organiser les zones de repos et permettre la circulation des caméras.
Ces impératifs ne sont pas ceux d’une backyard traditionnelle, souvent beaucoup plus dépouillée.
En résumé, c’est une vraie réussite caritative, mais c’est une backyard qui ne ressemble pas aux autres
Finalement, la polémique repose sur trois réalités qu’il faut distinguer.
Sur le plan réglementaire, les « 25 heures qui courent » ne correspondent pas au format officiel d’une backyard ultra. Sur le plan sportif, leur parcours est plus court, mais sa difficulté ne peut pas être réduite à cette seule différence. Sur le plan symbolique, le choix d’un golf accentue le contraste entre les valeurs traditionnellement associées au trail et l’univers du divertissement numérique.
Cela ne signifie pas que l’événement serait dépourvu d’intérêt, ni que les kilomètres parcourus auraient moins de valeur pour ceux qui les enchaînent.
Il faut également reconnaître que la retransmission permet de faire découvrir la course d’endurance à un public qui n’aurait peut-être jamais regardé une backyard classique.
Reste une question de fond : faut-il adapter les règles et les codes du trail pour le rendre accessible au plus grand nombre, ou risque-t-on, à force de privilégier le spectacle, de transformer profondément ce qui fait l’identité de cette discipline ?
Les « 25 heures qui courent » ont au moins le mérite de poser cette question, tout en mobilisant une importante communauté autour d’une cause solidaire.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.










