sources préférées Google
🎥 Les « 25 heures qui courent » se sont déroulées les vendredi 6 et samedi 7 novembre 2026 à Serralongue, dans les Pyrénées-Orientales. Imaginée par Clément Deffrenne, alias Clem Qui Court, cette épreuve inspirée de la backyard réunissait des champions de trail, des personnalités d’Internet et des coureurs amateurs sur une boucle d’environ 5,9 km, avec un nouveau départ chaque heure.
L’ensemble était retransmis sur Twitch au profit de l’association Rêves, qui aide des enfants et adolescents gravement malades à réaliser leurs souhaits. Après 25 heures, Théo Detienne a remporté la dernière boucle et la collecte a approché 1,5 million d’euros.
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne (lien pour me contacter dans ma bio en bas de l’article).
Sur u-Trail, j’ai beaucoup critiqué cet événement avant son départ et pendant sa retransmission. Je ne retire rien de ces critiques. Mais ce dimanche matin, après avoir passé bien plus de temps que prévu devant le direct, j’ai aussi envie de dire autre chose : je me suis régalée. Et Clem Qui Court vient de réussir quelque chose d’assez extraordinaire pour le monde du trail.
Montres GPS pas chères sur i-run
liens affiliés sans partenariat avec l’évènement
montre Garmin Fenix 7X Pro Solar
Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
Oui, j’ai critiqué les « 25 heures qui courent » et je maintiens mes réserves
D’abord, il y a ce golf.
Faire courir des traileurs dans un environnement de pelouses entretenues et d’installations plutôt privilégiées reste, à mes yeux, un drôle de symbole pour un sport qui s’est construit autour des sentiers, de la nature et d’une certaine simplicité. Je sais bien que le parcours comportait du dénivelé et des passages naturels. Le problème n’est pas de nier l’effort des coureurs, mais de constater que l’image était parfois un peu bling-bling, très loin de ma vision habituelle du trail.
Ensuite, il y a la place prise par les marques et les vedettes du Web.
J’ai parfois eu le sentiment d’assister à une immense opération de communication entre personnes qui se connaissent, dans un lieu largement fermé au public, alors que les communautés étaient invitées à suivre, commenter et donner. C’est précisément ce mélange entre événement sportif, opération caritative et spectacle promotionnel qui me met mal à l’aise.
La collecte, elle, a été spectaculaire, et tant mieux pour l’association Rêves.
Mais j’ai retrouvé par moments cette mécanique qui me gêne aussi dans certaines émissions façon Téléthon : on sollicite le spectateur, encore et encore, jusqu’à risquer de lui donner le sentiment qu’il devrait culpabiliser s’il ne sort pas sa carte bancaire. Pendant ce temps, les stars présentes ont-elles elles-mêmes donné de l’argent ? Certaines l’ont peut-être fait discrètement, et je n’ai aucun élément pour prétendre le contraire. La question, en revanche, reste légitime.
Il faut aussi expliquer ce chiffre exceptionnel de 1,5 millions d’euros.
Sur le site officiel de l’événement, Clem précise que chaque partenaire présent sur le maillot s’était engagé à verser 50 000 € de dons. C’est une contribution importante et utile, mais ce n’est pas la même chose qu’un don improvisé sous le coup de l’émotion pendant le direct. Nous avions déjà soulevé cette nuance à propos de Deezer.
Inoxtag : le petit coucou qui est aussi de la communication
Le passage d’Inoxtag résume assez bien mon malaise. Sur le moment, on peut se dire : « Oh, c’est sympa, Inoxtag vient faire un coucou aux coureurs ! » Sauf que sa présence s’inscrivait aussi dans un dispositif de partenariat. Ciao Energy, la boisson énergisante lancée en juin 2026 avec Squeezie et Léna Situations, faisait partie des marques partenaires des « 25 heures qui courent », avec une visibilité sur place.
Autrement dit, ce n’était pas seulement une sympathique apparition désintéressée : il existait aussi un intérêt commercial parfaitement identifiable. Il serait en revanche inexact d’affirmer qu’Inoxtag a personnellement payé pour venir, puisque rien ne le démontre. C’est sa marque qui figurait parmi les partenaires de l’opération. Et celle-ci contribuait aussi financièrement à la cause, selon les engagements publiés par l’organisation.
Je ne reproche pas aux marques de participer. Je reproche à ce genre de mise en scène de rendre parfois trop floue la frontière entre générosité, divertissement et publicité. À force, le public peut avoir l’impression qu’on le prend un peu pour un pigeon. Voilà. Mes réserves sont toujours là.
Mais Clem qui court a réussi quelque chose de rare : il dépoussière vraiment le trail
Et maintenant que tout cela est dit, je veux être aussi honnête dans mes compliments que dans mes critiques. Parce que je ne m’attendais pas à ça. Je pensais regarder quelques séquences, lever les yeux au ciel devant les influenceurs, puis retourner travailler. Au lieu de cela, je suis restée devant le direct. J’ai suivi les départs, les abandons, les échanges, les petits moments de fatigue et les séquences complètement décalées. C’était dynamique, frais, gai. Franchement, je me suis éclatée.
Il ne gagnera peut-être pas les plus grandes courses, mais il vient de trouver une autre façon de compter dans ce sport
Depuis ses débuts, Clem qui court traîne cette étiquette d’« influenceur » qui peut devenir pesante dans un milieu où la légitimité se mesure encore très souvent au classement et au chrono. Il a eu des ambitions sportives, il court réellement, il connaît les difficultés de l’endurance, mais il n’est pas aujourd’hui dans la catégorie des athlètes qui gagnent les grands ultras internationaux. Ce n’est pas lui faire injure que de le rappeler.
On peut le comparer à Casquette Verte, parce que les deux ont contribué à rendre le trail visible sur Internet, avec des personnalités et des communautés fortes. Mais il ne faut pas inventer une rivalité sportive qui n’existe pas vraiment : Casquette Verte construit aussi sa notoriété autour de défis d’endurance et de performances très identifiables. Clem joue désormais sur un autre terrain.
Et ce terrain, il le maîtrise remarquablement bien. À défaut de s’imposer par les résultats de course, il s’impose par sa capacité à créer des événements, à raconter des histoires et à fédérer du monde. C’est une autre forme de talent, et il aurait tort de la sous-estimer.
Il a réussi à faire se rencontrer deux mondes qui ne se parlaient presque pas
Ce qui m’a le plus frappée, c’est cette jonction improbable entre le monde des créateurs de contenu, avec ses codes empruntés au streaming et parfois à la téléréalité, et celui des traileurs. D’un côté, des personnalités qui savent capter l’attention de centaines de milliers de jeunes spectateurs ; de l’autre, des athlètes capables de courir toute une nuit, parfois plus de 100 km, sans que le grand public connaisse seulement leur nom.
Sur le papier, cela pouvait ressembler à un casting artificiel. À l’écran, les deux univers ont fini par se rencontrer. Les champions ont apporté de l’épaisseur sportive au spectacle ; les influenceurs ont apporté des codes narratifs, un ton et un public qui ne seraient probablement jamais venus regarder une backyard classique. Et les coureurs amateurs présents ont rappelé que cet événement ne se résumait pas à une réunion de célébrités.
Il y avait là quelque chose de très intelligent : faire découvrir le trail sans demander aux nouveaux venus d’en maîtriser immédiatement tous les codes. Ce n’est pas rien pour un sport qui a parfois tendance à parler surtout à ceux qui le pratiquent déjà.
Le confessionnal, le rythme du direct, les personnages : on avait envie de rester
Et puis il y avait la réalisation. Le confessionnal, notamment, était une excellente idée. Il permettait de sortir quelques instants de la mécanique des boucles et de retrouver les participants comme des personnes, avec leurs émotions, leurs doutes, leur humour, leurs petites histoires. On ne regardait plus seulement des coureurs passer devant une caméra. On suivait des personnages auxquels on pouvait s’attacher.
Clem a également démontré de vraies qualités d’animateur. Il connaissait ses invités, savait relancer une conversation, saisir une anecdote et donner de l’intérêt à des moments où, sportivement, il ne se passait presque rien. C’est précisément ce qui est difficile dans une retransmission d’endurance : tenir la distance sans fabriquer artificiellement du suspense à chaque minute.
Il y avait de la bonne humeur, des surprises, des moments drôles et des moments touchants. On avait parfois l’impression de regarder une émission de divertissement ; sauf qu’au milieu de tout cela, il y avait de vrais kilomètres, de la vraie fatigue, de vraies jambes qui ne voulaient plus repartir. Et c’est cette combinaison qui fonctionnait.
Il se réinvente, et le trail aurait tort de le regarder de haut
Ce que je trouve assez fort, finalement, c’est la trajectoire de Clem qui court. Il aurait pu continuer à produire des vidéos autour de ses propres courses, chercher sans cesse le prochain défi un peu plus long, un peu plus spectaculaire, en essayant de prouver qu’il est autre chose qu’un influenceur. À la place, il prend une autre direction : il devient celui qui imagine le rendez-vous, réunit les talents et donne envie de regarder.
Cela demande de l’intuition, du travail, une équipe, des moyens et un vrai sens du récit. Bien sûr, il bénéficie de sa notoriété et d’un réseau de marques auquel les petites organisations n’ont pas accès. Ce privilège doit pouvoir être discuté. Mais il ne suffit pas d’avoir de l’argent et des amis connus pour réussir 25 heures de programme vivant. Encore faut-il savoir quoi en faire.
Sur ce point, je trouve qu’il a été très bon. Et si l’on veut que le trail intéresse un public plus large sans rester coincé dans les mêmes présentations de parcours et les mêmes interviews d’après-course, il faut aussi reconnaître le talent de ceux qui inventent de nouvelles formes de narration.
En résumé, je garde mes critiques mais je tire mon chapeau.
Je ne suis pas devenue fan du cadre du golf. Je n’aime toujours pas les appels aux dons insistants ni les opérations publicitaires déguisées en simples moments de convivialité. Je continuerai à poser des questions sur l’argent, les sponsors et la place laissée aux coureurs anonymes. C’est aussi le rôle d’un média de trail indépendant.
Mais ce serait injuste de s’arrêter à ces réserves. Clem qui court a réussi à faire tenir ensemble des champions, des influenceurs, des amateurs, une cause caritative et un véritable spectacle en direct. Il a donné envie de regarder des gens courir pendant 25 heures. Rien que cette phrase, quand on y pense, est assez incroyable.
Théo Detienne a gagné la course. Clem qui court, lui, a remporté un autre pari : montrer que le trail pouvait être raconté autrement. Et je vais le dire sans ironie : ce mec est fort. Vraiment fort.
LE DOSSIER U-TRAIL
25 heures qui courent : le dossier complet
Direct, résultats, favoris, participants, polémiques, coulisses et actualité de Clemquicourt : retrouvez tous nos articles et analyses dans un seul dossier.
CONSULTER LE DOSSIER COMPLET →Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.










