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🎧 Cédric Debacq, faut-il vraiment encourager son défi d’UTMB 2030 ? Jusqu’à quel point soutenir les défis inatteignables ?
Cédric Debacq, le créateur de contenu, qui s’est donné pour mission de faire l’UTMB dans quatre ans, a franchi ce week-end la ligne d’arrivée du Trail du Petit Saint-Bernard avec 3h30 de retard sur la barrière horaire officielle.
Depuis, on assiste à un débat enflammé sur les réseaux sociaux suite au débrief post-course de l’intéressé.
Sous ses publications, les réactions sont mitigées. D’un côté, une vague de commentaires haineux et moqueurs, de l’autre, beaucoup de sympathisants qui enchaînent les « Bravo ! », « Tu l’as fait ! » ou « Sois fier de toi ! ». Mais au-delà de ces deux camps, on se pose une question légitime.
Entre inspiration et dépassement des limites du raisonnables, où est le juste milieu ? Faut-il vraiment applaudir un projet qui parait inaccessible, où Cédric semble avoir davantage subi le parcours plus qu’il n’y a pris du plaisir ? Doit-on encourager ce genre de défis ?
128 kg au départ, et le rêve UTMB en ligne de mire
Pour comprendre l’histoire, il faut revenir au départ de l’histoire de Cédric Debacq. Installé à Clermont-Ferrand, cet homme de 45 ans pesait 128 kg il y a encore deux ans lorsqu’il a décidé de reprendre sa vie en main en se mettant à la course à pied. Son objectif ? Terminer le mythique Ultra-Trail du Mont-Blanc (175 km et 10 000 mètres de D+) pour ses 50 ans, en 2030. Une métamorphose saluée par beaucoup.
Mais le week-end dernier, sur le Trail du Petit Saint-Bernard (une course de 21 km et 1300 mètres de D+), la réalité du terrain a été sans pitié.
Parti avec l’envie de bien faire, Cédric a franchi la ligne d’arrivée au bout de 8h30, soit près de 3h30 après la fermeture officielle de la course. Un écart énorme qui ouvre le débat sur la pertinence d’une telle envie de progression dans les milieux escarpés.
L’effet de mode et la dictature du « Finisher UTMB »
Ce cas illustre un phénomène bien plus large. Ces derniers temps, on a l’impression que pour exister dans le monde du trail, il faudrait absolument être finisher de l’UTMB. Avant même d’accumuler une vraie expérience ou de maîtriser les fondamentaux de la course en montagne, beaucoup se lancent dans un objectif kilométrique énorme sans avoir forcément l’expérience ou la progressivité adaptée.
Amplifiée par les réseaux sociaux, cette tendance crée une illusion dangereuse, celle qu’il faudrait nécessairement viser l’ultra-distance pour être un « vrai » traileur. On brûle les étapes, incité par la quête d’inspiration et de contenus spectaculaires, en oubliant que la montagne exige des années d’acclimatation et de préparation.
Même les plus grands traileurs respectent une règle de progressivité. François d’Haene par exemple, a fait son 1er UTMB 6 ans après avoir débuté le trail, et il avait pourtant une condition physique déjà excellente.
Du Marathon de Paris au piège de la surenchère
Pourtant, le parcours de Cédric a de quoi forcer le respect. Plus tôt cette année, il terminait le Marathon de Paris en un peu plus de 6 heures. Une performance immense pour un homme parti d’un surpoids important, qui démontre une force mentale et prouve que le sport est un moteur formidable de transformation.
Nous sommes les premiers à soutenir ce type de défi personnel. Viser haut, se fixer des objectifs stimulants, réinventer son quotidien : oui, mille fois oui. Mais pas au détriment de sa santé physique et de son intégrité. Vouloir brûler les étapes sur des profils techniques comporte des risques d’usure, de blessures et d’épuisement.
8h30 « c’est ridicule » : la lucidité face au malaise des spectateurs
Dans sa vidéo de débrief post-course, Cédric Debacq est lucide et conscient que sa performance du jour n’est « pas top ». Il reconnaît l’exigence du parcours et explique avoir passé la première barrière horaire avec seulement 9 minutes d’avance, avant de se faire rattraper à la barrière suivante, pour finir loin hors délai. Il qualifie lui-même son chrono de 8h30 de « ridicule »… Ce qui nous met mal à l’aise.
Sur les réseaux aussi, le malaise est palpable, et les réactions ne se sont pas fait attendre
« il va au casse pipe » ou encore « Sur cette course (un 22km, rappelons le) il est hors délai de 3h30! Comment peut on l’encourager à continuer à penser que l’UMTB est un objectif réalisable ? »
En décortiquant la course, on réalise que Cédric a passé 1h50 dans une descente de 2,6 km. A ce rythme, le parcours a du ressembler davantage à un chemin de croix physique qu’à une partie de plaisir, et on imagine la scène avec peine. On aime les défis, mais pas les folies. En lisant la déferlante de « Bravo» ou de «L’important c’est de l’avoir fait ! » sous sa vidéo, une question dérangeante s’impose. Encourager ces dérives, n’est-ce pas pousser un athlète dans un piège au lieu de l’aider à construire une pratique durable ?
Se challenger sur la vitesse plutôt que sur les kilomètres ?
Peut-être serait-il temps de redéfinir la notion de progression. Plutôt que de vouloir allonger trop vite les distances ou d’aller chercher du dénivelé alpin trop rapidement, Cédric gagnerait sans doute à se fixer des challenges sur des formats plus courts et plus roulants.
Apprendre à courir plus vite, améliorer son efficacité cardiovasculaire sur des 10 km ou des 15 km, prendre du plaisir à relancer plutôt que d’entrer dans un mode « survie » dès le kilomètre 5…. Ce serait une progression saine qui on le pense, préserverait son corps tout en consolidant ses bases. Il n’y a pas de petit défi, et le challenge peut être tout aussi important en améliorant son chrono sur un 10 km qu’en finissant difficilement un UTMB.
L’exposition médiatique et le risque du lynchage
En choisissant de médiatiser sa transformation, de faire du contenu sponsorisé et d’afficher un objectif UTMB sous 4 ans, Cédric Debacq s’expose inévitablement aux critiques. Sur les réseaux, malheureusement, certains commentaires dépassent les limites du constructif pour tomber dans l’insulte pure, et c’est inacceptable.
Rien ne justifie la méchanceté gratuite envers quelqu’un qui se bouge, qui transpire et qui tente de sortir de sa zone de confort. Mais la frontière est parfois fine entre la critique haineuse et l’observation bienveillante, et certains commentaires se veulent sans doute être juste une alerte.
Alors, que faut-il retenir ? Cédric, un immense bravo pour ton parcours depuis ces deux dernières années. Bravo pour le signal positif et l’exemple que tu renvoies à toutes les personnes en surpoids qui n’osaient pas enfiler une paire de baskets. C’est fort, c’est utile, et c’est très respectable.
Mais rappelle toi d’une chose. Tu n’as absolument pas besoin de finir l’UTMB pour être crédible. Le trail ne se résume pas à accumuler les heures de souffrance en montagne. Prends le temps de courir, d’assimiler les kilomètres avec le sourire, et surtout, ne gâche pas cette métamorphose en brûlant les étapes. Au fond, nous serons toujours là pour soutenir et applaudir les défis un peu fous, mais pas quand on a l’impression qu’ils partent un peu trop loin…
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