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Le corps est l’outil de travail d’un traileur professionnel.
Pendant des mois, les meilleurs athlètes surveillent leur entraînement, leur récupération, leur sommeil et leur alimentation pour arriver au sommet de leur forme le jour d’un grand objectif. Pourtant, à l’approche d’une course qui peut conditionner toute une saison, certains continuent à pratiquer des activités dans lesquelles une chute ou un accident peut suffire à tout remettre en cause.
C’est une publication Instagram de Théo Detienne qui nous a amenés à nous poser la question. À moins de deux semaines de l’UTMB, le Français apparaît en parapente au-dessus des montagnes. Rien ne permet évidemment d’affirmer que les images ont été tournées au moment de leur publication, et il ne s’agit pas ici de faire le procès d’un athlète en particulier. Cette publication sert simplement de point de départ à une réflexion plus large sur le sport professionnel.
🎥 Dans la vidéo ci-dessous, je me demande jusqu’où un athlète peut continuer à prendre des risques lorsqu’il prépare depuis des mois une course aussi importante que l’UTMB.
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne (lien pour me contacter dans ma bio en bas de l’article).
Faut-il considérer que chacun est libre de gérer son corps comme il l’entend, ou les sponsors et les entourages devraient-ils encadrer davantage certaines pratiques à l’approche des grandes compétitions ?
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À quelques jours de l’UTMB, on peut plus facilement perdre sa course que la gagner
La préparation d’un ultra comme l’UTMB ne se construit pas dans les quinze derniers jours. À ce stade, l’essentiel du travail physique a déjà été réalisé et la priorité consiste plutôt à absorber la fatigue accumulée qu’à chercher encore de nouvelles adaptations.
C’est ce qui rend cette période particulière. Quelques mois auparavant, il faut accepter de fatiguer l’organisme, d’enchaîner les longues sorties et de sortir régulièrement de sa zone de confort. À mesure que le départ approche, le rapport entre bénéfice et risque change.
Un entraînement supplémentaire ne permettra probablement plus de transformer radicalement le niveau d’un coureur. Une blessure, en revanche, peut anéantir plusieurs mois de préparation en quelques secondes.
Le raisonnement vaut bien au-delà du parapente. VTT engagé, escalade, alpinisme, descente technique ou simple séance trop exigeante : ce qui paraît parfaitement raisonnable plusieurs mois avant une course peut devenir beaucoup moins pertinent lorsqu’un objectif majeur est imminent.
À ce moment-là, savoir ce qu’il vaut mieux ne plus faire devient presque aussi important que savoir quoi faire.
Le trail vient pourtant d’une culture où le risque fait partie du quotidien
Il serait absurde d’imaginer les meilleurs traileurs du monde enfermés chez eux avant chaque compétition. Beaucoup sont des montagnards avant d’être uniquement des coureurs et pratiquent naturellement le vélo, le ski de randonnée, l’escalade, l’alpinisme ou le parapente.
Ces activités ne sont d’ailleurs pas toujours de simples loisirs. Elles peuvent participer à leur entraînement, à leur équilibre mental et à leur manière de vivre la montagne.
C’est aussi l’une des spécificités du trail. Contrairement à un sport pratiqué dans un environnement parfaitement contrôlé, il se déroule sur des terrains où l’incertitude existe déjà : descentes techniques, météo changeante, terrain instable ou longues heures passées en altitude.
Vouloir supprimer tout risque serait donc contradictoire avec la nature même de la discipline.
La vraie question consiste plutôt à savoir où placer la limite entre un risque inhérent au métier et un risque supplémentaire que l’on pourrait raisonnablement éviter lorsqu’une grande échéance approche.
Tous les risques ne se valent pas
Faire quarante minutes de vélo tranquillement n’a rien à voir avec descendre très vite un sentier technique en VTT. Marcher en montagne n’expose pas de la même manière qu’une sortie d’alpinisme engagée. De la même façon, pratiquer depuis des années une activité parfaitement maîtrisée n’a pas le même sens que se lancer dans une activité nouvelle quelques jours avant un objectif.
Il serait donc impossible d’établir une règle universelle.
Un athlète professionnel connaît généralement mieux que quiconque son corps, ses habitudes et les activités qu’il maîtrise. Un observateur extérieur ne peut pas déterminer à partir d’une simple vidéo si une pratique est réellement inconsidérée.
En revanche, la question devient plus intéressante lorsque la carrière de l’athlète dépend de sa présence sur quelques grands rendez-vous et que des sponsors investissent dans cette présence.
Pourquoi les sponsors ne leur imposent-ils pas davantage de prudence ?
C’est probablement le point le plus délicat.
Le corps étant l’outil de travail du sportif professionnel, les contrats devraient-ils prévoir certaines limites concernant les activités susceptibles de provoquer une blessure avant un objectif majeur ?
La question peut sembler excessive, mais elle existe depuis longtemps dans d’autres sports professionnels. Un club ou un partenaire peut avoir tout intérêt à éviter qu’un athlète qu’il rémunère se blesse dans une activité extérieure à sa discipline principale.
Dans le trail, cependant, l’application serait particulièrement compliquée. Où commencerait l’activité « à risque » ? Faudrait-il interdire le parapente, l’alpinisme, le VTT, le ski ou même certaines sorties techniques ? Et à partir de combien de jours avant une course ?
On voit rapidement les limites d’un système fondé sur des interdictions.
L’enjeu se situe probablement moins dans une liste de pratiques interdites que dans une forme de responsabilité partagée entre l’athlète, son entourage et ses partenaires lorsqu’une échéance essentielle approche.
Le paradoxe : les marques valorisent aussi cette vie d’aventure
Il existe d’ailleurs une contradiction évidente.
Les marques ne sponsorisent pas seulement des performances. Elles recherchent aussi des personnalités capables de raconter une histoire, de produire de belles images et d’incarner un certain rapport à la montagne.
Le traileur qui court, grimpe, vole, skie ou traverse les massifs correspond précisément à cet imaginaire. Ces activités alimentent la communication des athlètes et, indirectement, celle de leurs sponsors.
On ne peut donc pas valoriser toute l’année une image d’aventurier libre et polyvalent tout en exigeant qu’il devienne totalement conservateur dès qu’une grande compétition approche.
Les réseaux sociaux renforcent encore ce paradoxe : une sortie spectaculaire produit bien davantage de contenu qu’un footing de récupération ou une journée passée à dormir.
La logique sportive pousse ainsi à réduire le risque au moment même où la logique médiatique peut encourager les images les plus spectaculaires.
Une vidéo Instagram ne raconte pas toute une préparation
Il faut enfin rester prudent lorsqu’on juge un athlète à partir de ce qu’il publie.
Une séquence impressionnante de quelques secondes ne représente pas nécessairement son quotidien. Elle peut avoir été tournée longtemps auparavant et ne dit rien des dizaines d’heures consacrées à la récupération, à l’entraînement contrôlé ou simplement au repos.
C’est particulièrement important dans le cas de Théo Detienne : voir une publication de parapente à quelques jours de l’UTMB ne permet absolument pas de conclure qu’il a pris un risque inconsidéré à ce moment précis.
Ce qui est intéressant n’est donc pas son cas personnel, mais la question qu’il fait surgir.
Dans un sport qui se professionnalise rapidement, où les athlètes sont à la fois compétiteurs, créateurs de contenu et ambassadeurs de marques, jusqu’où doivent-ils protéger leur corps à l’approche d’un objectif majeur ?
En résumé, à l’approche d’un grand objectif, savoir renoncer fait aussi partie du métier
Les athlètes passent leur carrière à apprendre à supporter davantage : plus de kilomètres, plus de dénivelé, plus de fatigue. Pourtant, le professionnalisme consiste aussi à identifier le moment où continuer à ajouter de la contrainte n’apporte presque plus rien.
Quelques jours avant un grand ultra, il devient probablement plus facile de compromettre sa forme que de l’améliorer.
Évidemment, aucun sportif ne pourra supprimer tous les risques. Une chute peut arriver pendant un footing tranquille, une douleur apparaître sans raison évidente ou un virus ruiner une préparation jusque-là parfaite.
Mais certains risques peuvent être choisis, réduits ou simplement repoussés.
Et lorsqu’une saison entière repose en partie sur une course comme l’UTMB, arriver entier sur la ligne de départ fait déjà partie de la performance.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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