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🎧 Jean-Marc Peillex avait présenté l’affaire comme celle de 32 alpinistes ayant bravé les recommandations avant de réclamer une évacuation aux frais de l’État.
Charles Van der Elst, président de la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM), gestionnaire des refuges concernés, livre désormais dans Le Dauphiné Libéré une autre lecture des événements : « Ce n’est pas ce qui s’est passé ». Les alpinistes étaient déjà engagés lorsque l’arrêté a été pris et l’annonce par la mairie d’un « danger mortel de chutes de pierres » avait provoqué des interrogations légitimes sur les conditions de leur descente.
Cette mise au point rejoint plusieurs éléments soulevés ces derniers jours par u-Trail. Nos articles avaient suscité des réactions parfois virulentes de lecteurs estimant que nous comprenions mal la situation et que les 32 alpinistes devaient simplement assumer les conséquences de leur présence au Goûter. La prise de position du président de la FFCAM montre que le débat traverse aussi le monde de la montagne.
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11 août : Jean-Marc Peillex ferme les refuges face au danger dans le couloir du Goûter
Pour comprendre la polémique, il faut revenir au 11 août. Les conditions se sont alors fortement dégradées sur la voie normale du Mont-Blanc, en particulier dans le couloir du Goûter, particulièrement exposé aux chutes de pierres. Des vidéos d’éboulements circulent depuis plusieurs jours et les compagnies de guides locales ont déjà suspendu leurs sorties avec des clients sur cet itinéraire.
Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais-les-Bains, prend dans ce contexte un arrêté municipal fermant les refuges de Tête Rousse et du Goûter à compter de 14 heures. La mairie évoque parallèlement un « danger mortel de chutes de pierres » et appelle les candidats à l’ascension à renoncer.
La fermeture vise clairement à réduire la fréquentation. L’itinéraire, lui, reste accessible, ce qui constitue l’un des principaux points de débat autour de la décision.
Les alpinistes étaient déjà engagés lorsque l’arrêté est tombé
C’est le point central de la chronologie. Lorsque Jean-Marc Peillex signe son arrêté, plusieurs personnes sont déjà engagées sur la voie normale et certaines ont déjà franchi le couloir du Goûter.

L’arrêté prend d’ailleurs explicitement cette situation en compte : selon Charles Van der Elst, les personnes déjà présentes au Goûter ou ayant franchi le couloir à la montée sont autorisées à passer la nuit du 11 au 12 août au refuge. Le gardien affiche ensuite le texte dans l’après-midi et les personnes présentes découvrent à la fois la fermeture et la communication de la mairie sur le « danger mortel » lié aux chutes de pierres.
Il ne s’agit donc pas d’alpinistes qui auraient découvert une interdiction dans la vallée avant de décider malgré tout de monter. Ils étaient déjà engagés lorsque les règles ont changé.
Cela n’efface évidemment pas leur responsabilité individuelle. Les conditions étaient dégradées, des images circulaient et les compagnies de guides avaient déjà modifié leurs pratiques. Mais on ne peut pas leur reprocher d’avoir délibérément bravé un arrêté qui n’existait pas encore au moment de leur engagement sur l’itinéraire.
Le lendemain, le PGHM écarte l’évacuation de secours
L’annonce du « danger mortel » provoque logiquement des interrogations au refuge. Les alpinistes savent qu’ils doivent redescendre par un secteur que la mairie vient elle-même de décrire comme particulièrement dangereux, tandis que des guides présents sur place s’interrogent aussi sur leur responsabilité vis-à-vis de leurs clients.
La possibilité d’une évacuation aérienne est alors évoquée.
Le 12 août au matin, le PGHM de Chamonix évalue la situation et estime que les personnes présentes ne se trouvent pas dans une situation de détresse justifiant une opération de secours public. Charles Van der Elst ne remet pas en cause cette décision, qui relève de l’appréciation opérationnelle des secouristes.
Le paradoxe reste néanmoins évident pour le grand public : les conditions sont jugées suffisamment graves pour fermer les refuges et parler de « danger mortel », mais les alpinistes présents au-dessus du secteur ne sont pas considérés comme suffisamment menacés pour déclencher une évacuation publique.
Un hélicoptère privé à 95 euros leur permet d’éviter le couloir du Goûter
Face à l’inquiétude au refuge, le gardien trouve finalement une solution avec un opérateur privé. Jean-Marc Peillex donne son accord et les personnes qui choisissent cette option savent qu’elles devront la financer.
La plupart acceptent. Un hélicoptère privé les transporte du refuge du Goûter jusqu’à Tête Rousse pour 95 euros par personne, leur permettant ensuite de poursuivre leur descente sans retraverser le couloir du Goûter.
L’épisode est donc plus complexe qu’une simple demande de secours gratuit refusée par les autorités. Le PGHM a estimé qu’il n’existait pas de détresse nécessitant son intervention, puis une solution privée et payante a été organisée pour ceux qui souhaitaient éviter le secteur exposé. Certains ont d’ailleurs préféré redescendre à pied.
Jean-Marc Peillex transforme ensuite l’affaire en démonstration de fermeté
La polémique prend véritablement forme avec la communication du maire. Jean-Marc Peillex qualifie la situation d’« absolument ubuesque » et présente les 32 alpinistes comme des pratiquants ayant bravé les recommandations avant de solliciter une descente aux frais de l’État et des contribuables.
Dans ses déclarations, il explique qu’il ne faut pas laisser croire que l’on peut « faire n’importe quoi » avant d’attendre que de « beaux gendarmes » viennent vous chercher. Il évoque également des alpinistes « pas toujours sympathiques et presque armés avec leurs piolets » et se félicite d’avoir « tenu bon ».
Le discours construit ainsi l’image d’un élu ferme face à des pratiquants qui auraient pris des risques avant de vouloir en faire supporter les conséquences à la collectivité.
C’est cette lecture des événements que le président de la FFCAM conteste aujourd’hui.
« Ce n’est pas ce qui s’est passé » : la FFCAM conteste le récit de Jean-Marc Peillex
Charles Van der Elst ne critique ni la fermeture des refuges, qu’il soutient au regard des conditions, ni l’appréciation du PGHM le lendemain matin. Son désaccord porte sur la manière dont les 32 alpinistes ont ensuite été présentés.
Pour lui, leur inquiétude et leur demande d’une solution pour redescendre s’expliquent par une situation qui venait brutalement d’évoluer et par une communication municipale particulièrement alarmante. Lorsqu’une alternative privée et payante leur a été proposée, la plupart l’ont acceptée.
Le président de la FFCAM refuse donc de réduire l’épisode à l’histoire de pratiquants irresponsables exigeant gratuitement leur évacuation après avoir ignoré les consignes. Sa formule résume son désaccord : « Ce n’est pas ce qui s’est passé ».
Le Club alpin français défend le principe du secours en montagne
Charles Van der Elst met également en garde contre l’utilisation de cette affaire pour relancer le débat sur la gratuité du secours en montagne.
Un pratiquant peut faire une erreur d’appréciation, prendre une mauvaise décision puis se retrouver réellement en détresse. Dans ce cas, explique-t-il en substance, l’intervention des secours doit dépendre de la situation dans laquelle la personne se trouve, et non d’un jugement rétrospectif sur les choix qui l’y ont conduite.
Dans l’affaire du Goûter, le PGHM a justement estimé que ce seuil de détresse n’était pas atteint. Les alpinistes qui ont souhaité utiliser l’hélicoptère privé ont donc payé leur transport. Pour Charles Van der Elst, cet épisode ne constitue pas pour autant un exemple pertinent pour remettre en cause le fonctionnement général du secours en montagne.
Fermer les refuges tout en laissant la voie accessible : le paradoxe rejoint celui soulevé par u-Trail
La prise de position de Charles Van der Elst rejoint surtout directement la question que nous avons posée dans nos précédents articles : quelle cohérence y a-t-il à fermer les refuges lorsque l’itinéraire devient trop dangereux tout en laissant ce même itinéraire accessible ?
La fermeture de Tête Rousse et du Goûter constitue évidemment un puissant moyen de dissuasion. Elle limite les nouvelles ascensions et envoie un signal très fort aux pratiquants. Mais ces refuges sont aussi des points d’appui pour les personnes déjà engagées, qui peuvent y dormir, attendre ou adapter leur stratégie lorsque les conditions évoluent.
Sur ce point, le président de la FFCAM formule une position claire : lorsque les conditions deviennent trop dangereuses, la logique consiste à interdire temporairement l’itinéraire et à fermer les refuges pendant la durée nécessaire.
Laisser l’itinéraire accessible tout en fermant les refuges lui paraît, lui aussi, incohérent.
Les critiques adressées à u-Trail trouvent un écho dans le monde de la montagne
Nos précédents articles ont suscité de nombreux commentaires affirmant que nous comprenions mal le fonctionnement de la haute montagne, que Jean-Marc Peillex avait simplement pris une décision responsable et que les pratiquants devaient assumer seuls les conséquences de leurs choix.
La position de Charles Van der Elst montre que le débat est plus complexe.
Le président de la FFCAM défend la fermeture des refuges, respecte la décision opérationnelle du PGHM et ne remet pas en cause le principe de responsabilité individuelle en alpinisme. Dans le même temps, il conteste la manière dont les 32 alpinistes ont été publiquement présentés et considère qu’une fermeture motivée par la dangerosité de l’itinéraire devrait logiquement concerner aussi l’accès à cet itinéraire.
La discussion dépasse donc largement une opposition entre u-Trail et quelques internautes. Elle concerne désormais la manière dont les acteurs de la montagne veulent gérer un environnement qui évolue rapidement sous l’effet des conditions météorologiques et climatiques.
Pour le trail, la question est familière. Lorsqu’un orage, une canicule, un incendie ou une dégradation du terrain impose de modifier une course, une organisation doit prendre en compte aussi bien les participants qui ne sont pas encore entrés dans la zone concernée que ceux qui y sont déjà engagés.
Au Goûter, c’est précisément cette difficulté qui apparaît : une décision destinée à réduire le risque collectif est intervenue alors que plusieurs pratiquants se trouvaient déjà sur le terrain.
La polémique qui a suivi tient finalement autant à cette chronologie qu’à la manière dont elle a été racontée. Et la prise de parole du président de la Fédération française des clubs alpins et de montagne montre aujourd’hui que **la lecture critique de cette séquence dépasse largement u-Trail.**
Source
Le Dauphiné Libéré, 14 août 2026 : « Alpinistes évacués à leurs frais au refuge du Goûter : le président du Club alpin français conteste la lecture du maire de Saint-Gervais ».
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