La logique dĂ©fendue par Jean-Marc Peillex est assez simple : lorsque la montagne devient trop dangereuse, fermer les refuges de TĂȘte Rousse et du GoĂ»ter permet de rĂ©duire fortement le nombre de personnes qui vont tenter lâascension du Mont-Blanc par la voie normale.
Sans rĂ©servation, sans nuit au refuge et sans possibilitĂ© de suivre lâorganisation habituelle de lâascension, beaucoup dâalpinistes devraient logiquement renoncer.
Mais elle ne fait pas disparaĂźtre le danger lui-mĂȘme.
Et surtout, elle ne ferme pas nécessairement la montagne à ceux qui décident de continuer malgré tout.
Le couloir du GoĂ»ter reste dangereux mĂȘme lorsque les refuges ferment
Câest lĂ que naĂźt le paradoxe.
Le couloir du GoĂ»ter reste lâun des passages les plus sensibles de la voie normale du Mont-Blanc lorsque les conditions se dĂ©gradent. Fermer les refuges permet de limiter la frĂ©quentation, mais ne transforme Ă©videmment pas le terrain.
Les alpinistes qui choisissent malgrĂ© tout de poursuivre doivent alors Ă©voluer dans la mĂȘme montagne, avec le mĂȘme danger objectif, mais avec moins de possibilitĂ©s dâutiliser les infrastructures qui jalonnent normalement leur itinĂ©raire.
La fermeture des refuges pourrait ainsi produire deux effets opposés : moins de personnes en montagne, mais des conditions potentiellement plus compliquées pour celles qui y restent.
Il ne sâagit pas dâaffirmer que la fermeture rend automatiquement lâascension plus dangereuse. Son premier objectif est prĂ©cisĂ©ment de provoquer des renoncements. Mais elle pose une question intĂ©ressante lorsque certains pratiquants choisissent de ne pas renoncer.
Enlever un refuge, câest aussi enlever une possibilitĂ© de repli
Un refuge en montagne ne sert pas uniquement Ă dormir.
Il permet de se reposer, dâattendre, de modifier un horaire, de sâabriter temporairement ou simplement de réévaluer une situation avant de poursuivre.
Lorsquâil ferme, le message envoyĂ© est extrĂȘmement clair : les conditions ne sont pas favorables Ă une ascension.
Mais le pratiquant autonome qui décide malgré tout de monter doit alors intégrer cette contrainte supplémentaire à son propre calcul du risque.
Et câest prĂ©cisĂ©ment ici que la responsabilitĂ© individuelle revient au centre du dĂ©bat.
Peut-on protĂ©ger quelquâun qui dĂ©cide quand mĂȘme de prendre le risque ?
La montagne pose une difficulté que connaissent parfaitement les traileurs.
Sur un trail organisĂ©, lâorganisation peut neutraliser une portion, modifier le parcours ou arrĂȘter la course. Sur une sortie personnelle, personne ne ferme rĂ©ellement le sentier devant le coureur.
Le pratiquant observe les conditions, connaĂźt normalement son niveau et dĂ©cide lui-mĂȘme sâil poursuit ou sâil fait demi-tour.
En alpinisme, cette frontiÚre devient encore plus délicate.
Une collectivitĂ© doit-elle seulement informer et mettre en place des moyens raisonnables de prĂ©vention ? Doit-elle empĂȘcher physiquement lâaccĂšs dĂšs quâun danger devient important ? Et jusquâoĂč peut-elle protĂ©ger une personne qui choisit consciemment de poursuivre malgrĂ© les avertissements ?
La fermeture des refuges du GoĂ»ter et de TĂȘte Rousse cristallise prĂ©cisĂ©ment cette contradiction.
En rĂ©sumĂ©, du Mont-Blanc au trail, le mĂȘme dĂ©bat sur le risque acceptĂ©
Les traileurs connaissent eux aussi cette évolution.
Canicule, orages, risques dâincendie, chutes de pierres, sentiers fermĂ©s, barriĂšres horaires renforcĂ©es : les organisateurs et les collectivitĂ©s interviennent de plus en plus lorsque les conditions deviennent difficiles.
Pour une course organisĂ©e, cette Ă©volution est assez logique puisque des milliers de participants peuvent ĂȘtre engagĂ©s simultanĂ©ment sous la responsabilitĂ© dâune organisation.
Mais lorsquâun pratiquant Ă©volue seul en montagne, la question devient diffĂ©rente.
Ă quel moment cesse-t-il dâĂȘtre une personne que la collectivitĂ© doit protĂ©ger pour redevenir un adulte qui accepte consciemment une part de danger ?
Le Mont-Blanc offre aujourdâhui une illustration presque parfaite de cette question.
Source
- vidéo du Dauphiné Libéré diffusée le 12 août sur Instagram.
Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.
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