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🎧 Sierre-Zinal 2026 peut parfaitement offrir une immense course sur le plan sportif, avec des écarts, des attaques, des favoris au rendez-vous et quelques-uns des meilleurs spécialistes mondiaux de la course en montagne.
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Pourtant, pour ceux qui vont suivre l’épreuve derrière un écran, une question se pose avant même le départ : sans Kilian Jornet, le direct ne risque-t-il pas de paraître beaucoup plus long ?
Car une retransmission ne se nourrit pas uniquement du niveau des coureurs. Pour rester deux ou trois heures devant une course, il faut aussi reconnaître les visages, attendre une attaque, suivre une rivalité, espérer un renversement de situation et savoir immédiatement pourquoi le passage suivant peut tout changer. À Sierre-Zinal, Kilian Jornet remplissait une bonne partie de ce rôle à lui seul.
Le vrai problème n’est pas la course, mais ce que l’on va avoir envie de regarder
Sur le terrain, Sierre-Zinal n’a évidemment pas besoin de Kilian Jornet pour exister. Le parcours reste exceptionnel, le niveau du plateau reste très élevé et les meilleurs coureurs engagés sont parfaitement capables de produire une course spectaculaire, rapide et indécise.
Mais suivre une épreuve à distance ne procure pas la même expérience que se trouver au bord du sentier, dans une montée ou à l’arrivée. Devant un écran, il faut un fil narratif suffisamment clair pour maintenir l’attention entre deux images, deux points de passage et deux changements de rythme.
Avec Kilian Jornet au départ, ce fil narratif existe presque naturellement. Même un spectateur qui ne connaît pas parfaitement tous les spécialistes de la discipline comprend immédiatement ce qu’il doit regarder : est-il devant, qui parvient à le suivre, va-t-il attaquer, est-il encore dans les temps du record ou quelqu’un est-il enfin capable de le faire craquer ?
Sa seule présence suffit à créer une attente, parce que tout le monde sait qu’à un moment ou à un autre, quelque chose peut se passer autour de lui.
Kilian Jornet donne à Sierre-Zinal un personnage que tout le monde connaît
C’est sans doute là que son absence se fera le plus sentir, car Kilian Jornet n’est pas seulement un favori potentiel de Sierre-Zinal. Au fil des années, il est devenu l’un des visages les plus immédiatement associés à cette course, au point que sa présence simplifie presque la lecture de l’épreuve pour le grand public.
L’Espagnol détient le record masculin du parcours en 2 h 25 min 34 s, établi en 2024, et son histoire avec Sierre-Zinal est suffisamment forte pour qu’il devienne automatiquement le centre de gravité médiatique de la journée lorsqu’il est présent.
Cette année, ce scénario n’existera pas. Son programme 2026 prévoyait pourtant un passage par Sierre-Zinal, mais ses problèmes au genou ont bouleversé sa saison, avec notamment une 43e place à Zegama, puis un abandon à la Western States avant que son forfait pour l’épreuve suisse ne soit confirmé.
Le coureur que beaucoup auraient cherché spontanément sur les images ne sera donc pas là , et c’est précisément ce qui oblige la course à fabriquer autre chose pour maintenir l’attention.
Le niveau reste énorme, mais le public ne connaît pas forcément tous les noms
C’est là que l’écart entre niveau sportif et pouvoir d’attraction devient intéressant. Philemon Kiriago, par exemple, a déjà remporté Sierre-Zinal en 2023 puis en 2025, avec un temps de 2 h 28 min 31 s lors de sa dernière victoire, et il fait évidemment partie des coureurs à suivre de très près cette année.
Sportivement, il n’y a rien à redire. Le problème est ailleurs : beaucoup de spectateurs occasionnels connaissent Kilian Jornet sans forcément connaître aussi bien Kiriago, Kipngeno, Elazzaoui ou les autres spécialistes susceptibles d’animer la course.
Or, dans une retransmission de plusieurs heures, cette identification compte énormément, parce qu’elle permet de comprendre immédiatement pourquoi une attaque, un ralentissement ou un écart de vingt secondes mérite de rester devant l’écran.
Sans ce lien avec les coureurs, on peut parfaitement admirer la performance tout en décrochant plus vite, ce qui n’enlève rien à la valeur sportive de l’épreuve mais change considérablement la façon dont elle se regarde.
Suivre plusieurs heures de live sans personnage central peut vite devenir plus compliqué
Toutes les retransmissions sportives reposent en partie sur ce mécanisme. Un match devient plus prenant lorsqu’on soutient une équipe, une étape du Tour change de dimension lorsqu’on attend l’attaque d’un Pogacar ou d’un Vingegaard, et une course de montagne fonctionne de la même manière dès lors qu’un coureur cristallise l’attention.
Sans personnage central, sans rivalité clairement identifiée et sans histoire suffisamment simple à suivre, une course peut être excellente sur le plan sportif tout en paraissant plus froide à l’écran, surtout dans les moments où les écarts évoluent peu et où les images montrent essentiellement les mêmes groupes progresser.
C’est précisément là que Sierre-Zinal 2026 devra trouver autre chose, non pas pour prouver que son plateau est suffisamment fort, ce qui ne fait aucun doute, mais pour donner au public une raison de rester connecté jusqu’au prochain point de passage.
Il ne s’agira pas seulement de produire une belle course, mais de faire émerger suffisamment vite un scénario, un duel ou un coureur capable de devenir le personnage principal de la journée.
Il faudra qu’un autre coureur nous donne une raison de rester jusqu’au bout
Une attaque précoce, un favori en difficulté, un duel inattendu, un record qui devient possible ou l’émergence d’un coureur que personne n’attendait peuvent suffire à transformer complètement une retransmission et à faire oublier très vite l’absence de Kilian Jornet.
C’est probablement ce qui décidera aussi de la façon dont cette édition sera vécue par ceux qui la suivront à distance. Si la course trouve rapidement son histoire, l’absence de Kilian passera au second plan ; si, au contraire, le scénario reste longtemps figé et que personne ne prend vraiment le relais médiatique, le direct risque de sembler beaucoup plus long qu’il ne l’aurait été avec lui.
Sans Kilian Jornet, Sierre-Zinal doit surtout réussir à nous accrocher
Samedi 8 août, les élites femmes partiront à 10 h 30 et les hommes à 11 h, avec plusieurs heures de retransmission avant les premières arrivées à Zinal.
Avec Kilian Jornet au départ, une partie du public aurait probablement suivi la course simplement pour voir ce qu’il allait tenter, jusqu’où il pouvait aller et si quelqu’un pouvait réellement le battre. Cette année, Sierre-Zinal devra fabriquer cette tension autrement.
La vraie question ne sera donc pas de savoir si la course peut être belle sans lui, car elle le peut parfaitement, mais combien de temps il faudra avant qu’un autre coureur, un autre duel ou un autre scénario nous fasse oublier son absence.
Et si, deux heures après le départ, on pense encore davantage à celui qui n’est pas là qu’à ceux qui sont devant, alors oui, le live risque de paraître sacrément long.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidĂ©os YouTube.









