🎧 Le Marathon de Paris est en train de changer d’époque.
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Après près de trente ans sous l’organisation d’ASO, l’épreuve passera en 2027 sous le contrôle du groupement Cadence. Ce changement, décidé par la Ville de Paris au terme d’un appel d’offres, devait ouvrir une nouvelle phase pour la plus grande course sur route française. Pour l’instant, la transition donne surtout une impression de flottement : les inscriptions ont été repoussées, le site officiel est en panne, les réseaux sociaux historiques sont devenus inaccessibles et la bataille juridique avec ASO a retardé la stabilisation du nouveau dispositif.
Pour les coureurs, notamment étrangers, cette situation devient très concrète. Un runner chinois, britannique ou américain qui souhaite venir courir à Paris n’a aucune raison de s’intéresser aux subtilités de la concession, aux recours administratifs ou aux changements de partenaires. Il veut simplement savoir quand s’inscrire, combien coûte le dossard et où trouver les informations officielles. Or, à ce stade, ces réponses sont moins simples à obtenir qu’elles ne devraient l’être.
Mon analyse en vidéo sur Youtube : je reviens sur le changement d’organisateur du Marathon de Paris et surtout sur ses premières conséquences visibles pour les coureurs.
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne.
Au-delà du bras de fer entre ASO, Cadence, la Ville de Paris et les nouveaux partenaires, une question très simple se pose : quelle image donne aujourd’hui le Marathon de Paris à un runner étranger qui cherche seulement à s’inscrire ?
Site officiel inaccessible, réseaux sociaux devenus introuvables, inscriptions retardées, changement de naming et recours judiciaire : même si chacune de ces difficultés peut s’expliquer séparément, leur accumulation donne le sentiment d’une transition mal maîtrisée.
Et c’est précisément le point que je développe ici : les coureurs du monde entier n’ont pas à connaître les coulisses juridiques ou politiques du dossier. Ils veulent simplement pouvoir trouver les informations officielles, comprendre où s’inscrire et préparer leur venue à Paris.
De ASO à Cadence : pourquoi le Marathon de Paris change d’organisateur et pourquoi ça se passe mal
ASO, pour Amaury Sport Organisation, est l’un des principaux organisateurs d’événements sportifs en France. Le groupe est notamment derrière le Tour de France et a piloté le Marathon de Paris depuis 1998. Pendant près de trois décennies, l’épreuve a donc grandi sous une même structure, avec des habitudes bien installées, des partenaires historiques et une organisation rodée.
Cette continuité prendra fin avec l’édition 2027. La Ville de Paris, qui reste propriétaire des marques Marathon de Paris et Semi-Marathon de Paris, a lancé une nouvelle procédure de concession et décidé de confier l’événement au groupement Cadence.
Cadence n’est pas une seule entreprise, mais un groupement réunissant plusieurs acteurs de l’événementiel et du marketing sportif. Son projet a été préféré à celui d’ASO, qui souhaitait conserver l’organisation de la course.
Le changement ne s’explique donc pas par un retrait volontaire d’ASO, mais bien par une décision de la Ville de Paris à l’issue d’un appel d’offres.
Parce que Cadence a présenté un projet différent pour le Marathon de Paris
La Ville de Paris ne cherchait pas uniquement un prestataire capable d’organiser un départ sur les Champs-Élysées et de gérer plusieurs dizaines de milliers de coureurs. Le cahier des charges accordait également une place importante à l’accessibilité de l’événement, à son impact environnemental, à son intégration dans la ville et à l’expérience proposée aux participants.
Le projet de Cadence a été jugé plus convaincant sur ces différents critères, même si son offre financière n’était pas nécessairement la plus élevée. La Ville a donc choisi de privilégier une nouvelle vision du Marathon de Paris plutôt que la continuité avec l’organisateur historique.
Sur le principe, rien d’anormal. Les concessions publiques sont régulièrement remises en concurrence et un nouvel opérateur peut légitimement être retenu.
Le problème commence lorsque l’on passe de la décision administrative à la réalité opérationnelle. Le Marathon de Paris n’est pas un événement que l’on reprend en quelques semaines comme une course locale de quelques centaines de participants. Il s’agit d’une machine internationale, commerciale, sportive et numérique extrêmement lourde, construite pendant des décennies.
La transition se passe mal parce que les inscriptions 2027 ont été décalées
Le premier effet visible pour les coureurs concerne les inscriptions.
Alors que le Marathon de Paris fonctionne habituellement avec une commercialisation très anticipée de ses dossards, l’ouverture des inscriptions pour l’édition 2027 a été repoussée à la rentrée. Ce décalage peut parfaitement s’expliquer par le changement d’organisateur : Cadence doit reprendre les outils, finaliser le modèle économique, organiser les ventes et reconstruire une partie du dispositif commercial.
Pris isolément, ce retard n’a rien d’alarmant. Une ouverture des inscriptions plusieurs mois avant la course laisse encore largement le temps de préparer un marathon.
Mais le Marathon de Paris possède une particularité : une part importante de ses participants vient de l’étranger. Pour eux, l’inscription n’est qu’une étape parmi d’autres. Il faut réserver un billet d’avion ou de train, choisir un hôtel, organiser plusieurs jours à Paris et parfois poser des congés longtemps à l’avance.
Plus l’ouverture des inscriptions est tardive, plus cette organisation devient compliquée.
Le sujet est donc moins administratif qu’il n’y paraît. Ce décalage touche directement l’expérience du futur participant.
La transition se passe mal parce que le site officiel du Marathon de Paris est en panne
La situation est devenue encore plus visible avec l’indisponibilité du site officiel.
L’adresse historique du Marathon de Paris, toujours liée au nom de Schneider Electric, renvoie actuellement une erreur « 500 Internal Server Error ». Ce type d’erreur signifie que le serveur rencontre un problème interne et ne parvient plus à afficher correctement le site.
Les causes possibles sont nombreuses : maintenance, mauvaise configuration, migration, problème de base de données ou changement d’infrastructure. Il est donc impossible d’affirmer que Cadence est directement responsable de cette panne ou qu’elle est liée au changement d’organisateur.
Mais dans le contexte actuel, le symbole est difficile Ă ignorer.
Le Marathon de Paris change simultanément d’organisateur, de partenaire titre et probablement d’identité numérique. Schneider Electric disparaît du nom de la course, ASICS arrive comme nouveau partenaire titre et le site porte encore l’ancienne identité commerciale.
La panne intervient précisément pendant cette période de bascule.
La transition se passe mal parce que les réseaux sociaux sont également touchés
Le site web n’est pas le seul point de contact devenu difficile d’accès. La page Facebook historique du Marathon de Paris affiche elle aussi un message indiquant que le contenu n’est plus disponible.
Là encore, plusieurs explications sont possibles. Une page peut être désactivée temporairement, transférée, rendue inaccessible pendant une modification ou remplacée dans le cadre d’une nouvelle stratégie de communication.
Le problème n’est pas de savoir si la responsabilité appartient à ASO, à Cadence, à Meta ou à une opération technique en cours.
Pour le coureur, cette distinction n’existe pas.
Il cherche le Marathon de Paris sur Google, clique sur le site et rencontre une erreur 500. Il tente alors de passer par Facebook et découvre que la page n’est plus disponible. À partir de ce moment-là , la transition interne entre deux organisateurs devient une difficulté visible pour le public.
Une panne numérique isolée serait un incident banal. L’indisponibilité simultanée de plusieurs canaux officiels, au moment où l’épreuve change complètement de structure, donne en revanche l’impression d’une communication qui n’a pas encore trouvé son nouvel équilibre.
La transition se passe mal parce qu’ASO n’a pas accepté son éviction sans réagir
À cette reprise déjà complexe s’est ajoutée une bataille juridique.
ASO, qui organisait le Marathon de Paris depuis près de trente ans, a contesté la décision attribuant la nouvelle concession à Cadence. L’ancien organisateur a engagé un recours contre la procédure, qui a finalement été rejeté début juillet.
Un internaute nous a également signalé l’existence d’un référé. À ce stade, il convient toutefois de rester précis : ce qui est établi publiquement, c’est l’existence d’un recours administratif rejeté. Sans décision de justice sous les yeux qualifiant explicitement la procédure de référé, mieux vaut ne pas aller plus loin.
Cette contestation était assez prévisible. ASO perdait un événement majeur, exploité depuis des décennies, avec tout ce que cela représente en matière de chiffre d’affaires, de visibilité et de relations avec les partenaires.
Mais ces procédures ont aussi prolongé une période pendant laquelle le nouvel organisateur devait avancer tout en sachant que l’attribution de la concession était encore contestée.
La transition se passe mal parce que Cadence doit reprendre en quelques mois une machine construite pendant trente ans
Il serait pourtant injuste de résumer la situation à une incapacité de Cadence.
Le nouveau groupement hérite d’un événement qui rassemble près de 60 000 participants et mobilise une organisation considérable. Il faut gérer les inscriptions, les sas, les ravitaillements, la sécurité, les secours, les bénévoles, les partenaires, le village, le parcours, les élites, les fermetures de rues et les relations avec la préfecture de police.
À cette organisation sportive viennent désormais s’ajouter le changement de naming, la reprise des outils numériques et probablement la reconstruction d’une partie de la communication.
ASO disposait de près de trente années d’expérience sur cette course. Cadence doit récupérer cette mécanique en quelques mois.
La difficulté était donc inscrite dans le changement lui-même.
Une concession peut changer de titulaire en quelques signatures. Une organisation de cette taille, elle, ne se transfère pas aussi facilement. Derrière le nom Marathon de Paris existent des procédures, des fichiers, des habitudes, des contrats et des relations institutionnelles accumulés depuis des années.
Attention Ă l’image de la France : le coureur qui veut courir le Marathon de Paris se moque de la bataille entre ASO et Cadence
C’est probablement le point le plus important.
Pour les professionnels de l’événementiel sportif, le dossier est passionnant. On peut discuter du cahier des charges de la Ville, de la concession, du recours d’ASO, du choix de Cadence ou du nouveau contrat avec ASICS.
Pour le coureur, tout cela est secondaire.
Un runner chinois qui rêve de courir Paris ne connaît probablement ni ASO ni Cadence. Il ne sait pas qui possède juridiquement la marque Marathon de Paris et il ne s’intéresse pas au montant de la concession versée à la Ville.
Ce qu’il veut savoir est beaucoup plus simple : quand ouvriront les inscriptions, combien coûtera son dossard, quel sera le parcours et sur quel site officiel il doit réserver.
Lorsque ces informations deviennent difficiles à trouver, le problème d’organisation cesse d’être interne. Il atteint directement le participant.
C’est précisément ce qui rend la situation actuelle gênante. Le changement d’organisateur aurait pu rester totalement invisible pour les coureurs. Pour l’instant, c’est l’inverse : il se voit.
Dire que la transition se passe mal ne signifie pas que le Marathon de Paris 2027 sera mal organisé
Il faut néanmoins distinguer deux choses.
La transition entre ASO et Cadence connaît manifestement des difficultés visibles. Cela ne permet absolument pas de conclure que le Marathon de Paris 2027 sera un échec.
Cadence dispose encore de plusieurs mois pour remettre en ligne un site stable, reconstruire les réseaux sociaux, ouvrir les inscriptions, présenter le nouveau parcours et installer définitivement la nouvelle identité autour d’ASICS.
Une fois le jour du départ venu, ces turbulences estivales pourront même sembler anecdotiques si l’organisation fonctionne correctement.
Mais à l’été 2026, le constat reste difficile à éviter : le passage d’ASO à Cadence ne ressemble pas à une transmission parfaitement fluide. Les inscriptions arrivent plus tard, le site officiel est inaccessible, les réseaux sociaux historiques connaissent eux aussi des problèmes et la reprise s’est déroulée sur fond de contentieux juridique.
Ce sont peut-être seulement les turbulences normales d’un changement d’époque.
Pour le coureur qui veut simplement s’inscrire au Marathon de Paris, elles commencent néanmoins à être un peu trop visibles.
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