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đ§ Le nouveau maire de Chamonix, câest deux poids, deux mesures
Il y a dix jours, nous Ă©tions plutĂŽt dâaccord avec François-Xavier Laffin. Le nouveau maire de Chamonix expliquait dans LâĂquipe vouloir reprendre la main sur lâUTMB, limiter son expansion et rĂ©duire progressivement son impact sur la vallĂ©e et sur la montagne. Son discours Ă©tait cohĂ©rent : trop de monde, trop de nuisances, trop de pression sur les espaces naturels.
Puis nous avons vu les images du Cosmo Jazz Festival.
Et là , forcément, quelque chose ne colle plus.
đ„ Mon avis en vidĂ©o : Ă Chamonix, la protection de la montagne ne peut pas ĂȘtre Ă gĂ©omĂ©trie variable
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne.
Quand Chamonix veut rĂ©duire lâUTMB au nom de la montagne
Dans une interview publiĂ©e le 16 juillet, François-Xavier Laffin nây allait pas avec le dos de la cuillĂšre concernant lâUTMB.
Le nouveau maire reconnaissait la dimension exceptionnelle de lâĂ©vĂ©nement, mais estimait quâil avait pris trop dâampleur. Il annonçait notamment avoir demandĂ© une rĂ©duction de l’emprise du salon des marques et souhaitait, pour les prochaines annĂ©es, diminuer le nombre de concurrents traversant les rĂ©serves naturelles, limiter certaines courses et rĂ©duire les nuisances nocturnes.
Surtout, son argumentation reposait largement sur deux problÚmes : la surfréquentation de Chamonix et la pression exercée sur la montagne.
François-Xavier Laffin allait jusquâĂ expliquer que la vallĂ©e nâavait tout simplement pas la capacitĂ© dâaccueillir une telle masse de visiteurs. Il Ă©voquait Ă©galement la nĂ©cessitĂ© de protĂ©ger la faune et les rĂ©serves naturelles.
Sur le fond, difficile de lui donner tort.
Depuis plusieurs annĂ©es, la semaine de lâUTMB transforme Chamonix. Des dizaines de milliers de coureurs, accompagnateurs, spectateurs, mĂ©dias et reprĂ©sentants de marques convergent vers une vallĂ©e gĂ©ographiquement contrainte.
Nous avions donc plutÎt accueilli favorablement cette volonté de remettre certaines limites.
Puis arrive le Cosmo Jazz Festival


Quelques jours plus tard, changement de décor.
Du 20 au 25 juillet, Chamonix accueille la 16e Ă©dition du Cosmo Jazz Festival, créé par AndrĂ© Manoukian. Sa particularitĂ© est justement d’organiser des concerts en altitude, notamment Ă Planpraz, face au massif du Mont-Blanc, ou dans d’autres sites de montagne.
Et les images publiĂ©es par l’organisation sont spectaculaires.
On y voit une foule considérable installée directement sur la montagne pour assister aux concerts. Des centaines, voire davantage, de personnes occupent les pentes autour de la scÚne.
Le spectacle est magnifique.
Mais il pose une question assez Ă©vidente : pourquoi cette concentration humaine serait-elle acceptable lorsqu’elle vient Ă©couter du jazz, mais deviendrait-elle problĂ©matique lorsqu’elle vient regarder passer des traileurs ?
Un traileur dĂ©range-t-il davantage la montagne quâun spectateur de concert ?
C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ que le discours municipal devient difficile Ă suivre.
Si le problĂšme de l’UTMB est uniquement la saturation du centre-ville de Chamonix, alors la diffĂ©rence peut s’entendre. Un festival rĂ©parti sur plusieurs sites n’a Ă©videmment pas le mĂȘme impact urbain qu’une semaine entiĂšre consacrĂ©e au plus grand Ă©vĂ©nement mondial de trail.
Mais le maire ne parle pas uniquement de circulation ou de tranquillité des habitants.
Il parle aussi de montagne, de réserves naturelles, de faune, de fréquentation des chemins et de nécessité de réduire la pression humaine.
Ă partir de lĂ , le raisonnement devrait logiquement s’appliquer Ă tout le monde.
Un bouquetin, une marmotte ou un oiseau nicheur ne fait probablement pas la diffĂ©rence entre un spectateur venu encourager François D’Haene et un spectateur venu Ă©couter un saxophoniste.
Les images ont d’ailleurs provoquĂ© exactement cette rĂ©action
Sous les publications du festival, plusieurs internautes ont immédiatement relevé cette contradiction.
Certains rappellent l’interdiction ou l’encadrement croissant du bivouac. D’autres Ă©voquent le piĂ©tinement de la vĂ©gĂ©tation, le dĂ©rangement de la faune ou simplement l’incohĂ©rence consistant Ă dĂ©noncer la surfrĂ©quentation de la montagne lorsqu’il s’agit du trail tout en acceptant des rassemblements importants pour d’autres manifestations.
Un commentaire rĂ©sume assez bien le malaise : « Je croyais qu’il y avait dĂ©jĂ trop de monde dans ce coin ? »
C’est exactement la question.
Tout n’est Ă©videmment pas comparable entre l’UTMB et le Cosmo Jazz
Il faut néanmoins éviter une comparaison trop facile.
L’UTMB reprĂ©sente plusieurs jours de courses, des milliers de participants, une activitĂ© permanente dans la vallĂ©e, des arrivĂ©es nocturnes, un immense dispositif commercial et une frĂ©quentation internationale considĂ©rable.
Le Cosmo Jazz n’a ni la mĂȘme durĂ©e d’occupation, ni la mĂȘme ampleur Ă©conomique, ni exactement les mĂȘmes nuisances.
Dire cela ne revient donc pas Ă affirmer que Cosmo Jazz = UTMB.
En revanche, dĂšs lors que la municipalitĂ© invoque la protection de la montagne et la surfrĂ©quentation pour demander au trail de rĂ©duire son empreinte, elle ouvre nĂ©cessairement la comparaison avec les autres Ă©vĂ©nements organisĂ©s dans le mĂȘme environnement.
Et sur ce terrain-lĂ , les photos sont embarrassantes.
ANALYSE uTrail : le trail ne doit pas devenir le coupable idéal de la surfréquentation
C’est probablement le vĂ©ritable sujet.
Le trail doit Ă©videmment accepter de se remettre en question. L’UTMB est devenu gigantesque et certaines dĂ©rives liĂ©es Ă son dĂ©veloppement mĂ©ritent d’ĂȘtre corrigĂ©es.
Mais les coureurs ne peuvent pas ĂȘtre les seuls auxquels on demande de faire moins de bruit, de moins frĂ©quenter certains espaces, de rĂ©duire leur prĂ©sence ou de protĂ©ger la faune pendant que d’autres usages touristiques et culturels de la montagne continuent d’ĂȘtre encouragĂ©s.
La montagne ne devient pas fragile uniquement lorsqu’on met un dossard.
TrĂšs bien.
Il veut protéger les réserves naturelles et la faune. Encore mieux.
Il considĂšre que Chamonix et sa vallĂ©e ne peuvent plus absorber indĂ©finiment toujours davantage de visiteurs. Le dĂ©bat mĂ©rite clairement d’ĂȘtre posĂ©.
Mais ces principes doivent alors dépasser le seul cadre du trail.
Car lorsque des centaines de personnes sont rĂ©unies sur une pente de montagne pour un concert quelques jours aprĂšs avoir expliquĂ© qu’il fallait rĂ©duire la frĂ©quentation liĂ©e Ă l’UTMB, le message devient forcĂ©ment brouillĂ©.
Soit Chamonix considĂšre que certaines zones de montagne supportent mal les grands rassemblements humains, et cette rĂšgle doit concerner tous les Ă©vĂ©nements. Soit elle considĂšre qu’ils restent possibles lorsqu’ils sont suffisamment encadrĂ©s, et il faut alors appliquer exactement le mĂȘme raisonnement au trail.
Sinon, ce n’est plus vraiment une politique de protection de la montagne.
C’est du deux poids, deux mesures.
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