🎧 RĂ©guler aujourd’hui pour Ă©viter de devoir interdire demain
Les déclarations du nouveau maire de Chamonix ont provoqué de nombreuses réactions dans le monde du trail.
Dans un entretien accordĂ© Ă L’Équipe, François-Xavier Laffin explique vouloir rĂ©duire progressivement l’empreinte de l’UTMB sur la vallĂ©e : un salon des exposants moins envahissant, une rĂ©flexion sur les passages dans les rĂ©serves naturelles, une limitation des spectateurs ou encore une diminution des courses et des passages nocturnes.
Ă€ première vue, ces propositions peuvent sembler aller Ă contre-courant d’un Ă©vĂ©nement qui ne cesse de battre des records de popularitĂ©. Pourtant, elles posent une question que le trail ne pourra probablement plus Ă©viter : comment prĂ©server un Ă©vĂ©nement devenu gigantesque sans finir par le fragiliser ?
L’UTMB est devenu beaucoup plus qu’une simple course
Depuis sa crĂ©ation, l’UTMB a profondĂ©ment transformĂ© le trail. Il a contribuĂ© Ă faire connaĂ®tre cette discipline bien au-delĂ du cercle des passionnĂ©s, attirant chaque annĂ©e des milliers de coureurs venus du monde entier et faisant de Chamonix la capitale mondiale du trail pendant une semaine.
Ce succès est incontestable. Il profite Ă l’Ă©conomie locale, participe au rayonnement international de la vallĂ©e et inspire des milliers de pratiquants.
Mais c’est prĂ©cisĂ©ment parce que l’UTMB est devenu un Ă©vĂ©nement hors norme qu’il ne peut plus ĂŞtre organisĂ© comme il y a vingt ans.
Avec près de 80 000 personnes prĂ©sentes sur une semaine entre les coureurs, les accompagnants, les visiteurs et les bĂ©nĂ©voles, il ne s’agit plus seulement d’une compĂ©tition sportive. C’est un phĂ©nomène qui transforme temporairement la vie d’une vallĂ©e entière.
On ne peut pas demander aux habitants d’accepter indĂ©finiment la mĂŞme pression
C’est probablement le point que beaucoup de passionnĂ©s ont du mal Ă entendre.
Pendant longtemps, les habitants de Chamonix ont vĂ©cu l’UTMB comme une fiertĂ© locale. Aujourd’hui encore, des milliers de bĂ©nĂ©voles participent Ă son organisation et une grande partie de l’Ă©conomie locale bĂ©nĂ©ficie directement de cette semaine exceptionnelle.
Mais cela n’empĂŞche pas une autre rĂ©alitĂ© d’exister.
Lorsque les rues deviennent impraticables, que les parkings sont saturĂ©s, que les animations occupent une grande partie du centre-ville ou que certaines nuits sont rythmĂ©es par les passages successifs des coureurs, il est parfaitement lĂ©gitime que des habitants s’interrogent sur les limites de cet Ă©vĂ©nement.
Les ignorer serait probablement la pire des rĂ©ponses. Car une grande manifestation sportive ne peut durer que si elle continue d’ĂŞtre acceptĂ©e par ceux qui vivent sur son territoire.
Le trail découvre à son tour les limites de la montagne
Au fond, ce dĂ©bat dĂ©passe largement le seul cas de l’UTMB.
Depuis plusieurs annĂ©es, les exemples se multiplient. Les conflits d’usage avec les Ă©leveurs, les difficultĂ©s liĂ©es aux chiens de protection, les restrictions dans certaines rĂ©serves naturelles, les tensions avec les propriĂ©taires privĂ©s ou encore les modifications de parcours imposĂ©es pour prĂ©server certains espaces rappellent que la montagne est un territoire partagĂ©.
Le trail n’y Ă©volue pas seul.
Croire que la fréquentation pourra continuer à augmenter sans jamais rencontrer de limites relève désormais davantage du fantasme que de la réalité.
RĂ©guler n’est pas punir
C’est sans doute lĂ que se situe le malentendu.
RĂ©guler ne signifie pas ĂŞtre opposĂ© Ă l’UTMB. Cela ne signifie pas non plus vouloir empĂŞcher les coureurs de vivre leur rĂŞve.
Il s’agit simplement de reconnaĂ®tre qu’un Ă©vĂ©nement de cette ampleur doit continuer Ă Ă©voluer s’il veut conserver son acceptabilitĂ© sociale et environnementale.
D’ailleurs, l’histoire de l’UTMB montre que cette adaptation permanente fait dĂ©jĂ partie de son ADN. Les systèmes de qualification ont changĂ©, les Running Stones ont remplacĂ© les anciens points, de nouvelles courses ont Ă©tĂ© créées tandis que d’autres disparaissaient, les règles de sĂ©curitĂ© ont Ă©tĂ© renforcĂ©es. Chaque Ă©volution a suscitĂ© des dĂ©bats avant de devenir la norme.
Pourquoi serait-il impossible d’imaginer que son organisation Ă©volue elle aussi ?
En rĂ©sumĂ©, prĂ©server l’UTMB, c’est accepter qu’il change
Au fond, le nouveau maire de Chamonix ne dit pas vouloir mettre fin Ă l’UTMB. Il affirme au contraire vouloir lui permettre de continuer Ă exister, mais dans un format davantage compatible avec les contraintes d’une vallĂ©e de montagne.
On peut discuter chacune des mesures proposĂ©es. Certaines seront peut-ĂŞtre abandonnĂ©es, d’autres mĂ©riteront d’ĂŞtre ajustĂ©es. Mais le principe mĂŞme d’une rĂ©flexion sur la taille et l’impact de l’Ă©vĂ©nement ne paraĂ®t ni choquant ni dĂ©raisonnable.
Parce qu’au final, le vĂ©ritable risque ne serait pas de voir l’UTMB Ă©voluer.
Le vĂ©ritable risque serait de refuser toute Ă©volution jusqu’au jour oĂą les tensions deviendraient telles que les dĂ©cisions ne seraient plus des ajustements, mais des contraintes imposĂ©es.
Et ce jour-là , il serait sans doute trop tard pour regretter de ne pas avoir accepté une régulation plus progressive.
Lire aussi
- UTMB : pourquoi les inscriptions pourraient devenir encore plus difficiles dès 2027
- Le nouveau maire de Chamonix s’en prend aussi aux spectateurs de l’UTMB
- Chamonix : comment le nouveau maire veut réduire l’UTMB, ses 3 premières mesures





