🎧 Mathieu Blanchard reconnait l’immense talent de Tadej Pogačar mais précise qu’il n’aime pas les « super-héros ».
Il reconnaît même qu’il est « le héros du moment ». Pourtant, il ajoute presque immédiatement qu’il y a « quelque chose de trop fort chez lui » et qu’il n’aime pas les « super-héros ». Ce qui le fait vibrer, explique-t-il, ce sont les champions qui souffrent, qui se blessent, qui pleurent, qui reviennent et finissent par s’imposer.
Cette déclaration a beaucoup fait réagir. Et je comprends pourquoi.
Ce que dit vraiment Mathieu Blanchard

À première vue, on pourrait croire que Mathieu Blanchard oppose les champions qui gagnent à ceux qui échouent. En réalité, son propos est un peu différent.
Ce qui retient son attention, ce n’est pas d’abord la performance, mais le récit qui l’accompagne. Il le dit lui-même : « Je trouve leurs histoires plus belles. »
Autrement dit, il préfère les champions qui souffrent, se blessent, pleurent, reviennent et finissent par s’imposer à ceux qui donnent l’impression de dominer sans faillir.
Le débat ne porte donc pas seulement sur les résultats. Il oppose deux façons de regarder le sport : faut-il admirer avant tout l’exploit sportif ou la force de l’histoire qui l’accompagne ?
Pour ma part, la plus belle histoire reste celle d’un champion capable d’accomplir ce que personne d’autre ne parvient à faire. Pour ma part, ce qui me fait vibrer, c’est d’abord l’exploit. Le récit vient ensuite.
Pourquoi on peut avoir l’impression qu’il préfère les champions qui échouent
Évidemment, Mathieu Blanchard n’explique pas qu’il aime l’échec pour lui-même. Son propos est plus subtil. Ce qu’il dit, c’est qu’il est davantage touché par les parcours cabossés que par les trajectoires de domination. Autrement dit, ce qui l’inspire n’est pas d’abord la victoire, mais le chemin semé d’embûches qui y conduit.
Pourtant, lorsqu’il choisit Tadej Pogačar comme contre-exemple, son message peut être interprété autrement. Car le Slovène incarne aujourd’hui ce que le sport produit de plus impressionnant : une capacité presque unique à gagner face aux meilleurs, sur tous les terrains, avec une régularité exceptionnelle. À force d’opposer cette domination aux histoires de résilience, on finit presque par donner le sentiment que gagner trop devient un défaut.
C’est cette idée qui, à mes yeux, interroge.
Un discours qui ressemble parfois à celui du développement personnel
Depuis une dizaine d’années, les récits de résilience occupent une place de plus en plus importante dans notre société. Les livres, les conférences, les podcasts et les réseaux sociaux mettent en avant les blessures, les traumatismes, les échecs, les remises en question et les renaissances. Le message est souvent le même : ce ne sont pas les victoires qui rendent un parcours inspirant, mais les difficultés surmontées.
Mathieu Blanchard construit d’ailleurs depuis longtemps son image autour de cette idée. Dans ses documentaires comme dans ses prises de parole, il raconte volontiers les abandons, les périodes de doute, les blessures et les retours. Cette authenticité explique en partie l’attachement que lui portent de nombreux passionnés de trail.
Sa déclaration sur Pogačar s’inscrit donc parfaitement dans cette logique. Ce n’est pas la domination qui l’émeut, mais la vulnérabilité.
Personnellement, j’admire les champions qui gagnent (pas ceux qui échouent)
Pour ma part, je regarde les choses différemment.
Lorsque j’admire un champion, ce n’est pas parce qu’il a échoué. C’est parce qu’il est capable de réussir ce que personne d’autre ne parvient à faire. Ce qui me fascine chez Tadej Pogačar n’est pas qu’il gagne souvent, mais qu’il réussisse à dominer une génération entière de coureurs alors que tout le monde cherche chaque jour à le battre.
Cette domination n’est pas tombée du ciel. Elle est elle aussi le fruit de sacrifices et de souffrance, d’entraînements, de blessures, de défaites et de remises en question. La différence, c’est qu’une fois arrivé au sommet, tout ce travail devient presque invisible. On ne voit plus que les victoires.
Si Mathieu Blanchard avait eu raison, personne n’aurait admiré Kilian Jornet lorsqu’il remportait quasiment toutes les courses auxquelles il participait. Personne n’aurait été fasciné par Xavier Thévenard lorsqu’il empilait les victoires autour du Mon-Blanc. Pourtant, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. Dans le sport, nous admirons d’abord ceux qui gagnent.
Depuis toujours, le sport célèbre aussi l’excellence
Notre imaginaire collectif s’est pourtant construit autour de ces champions hors normes. Des Jeux olympiques de l’Antiquité jusqu’au sport moderne, les athlètes qui marquent l’histoire sont d’abord ceux qui repoussent les limites de leur discipline. Michael Jordan, Usain Bolt, Rafael Nadal, Teddy Riner ou encore Tadej Pogačar ne sont pas admirés parce qu’ils ont souffert. Ils le sont parce qu’ils ont réussi à transformer cette souffrance en performances exceptionnelles.
Leur domination ne les rend pas moins humains. Elle témoigne simplement de leur capacité à exploiter leur potentiel à un niveau que très peu d’êtres humains atteindront un jour.
Deux visions du sport qui continueront à s’opposer
Au fond, cette polémique ne dit peut-être pas grand-chose de Tadej Pogačar. Elle révèle surtout deux façons très différentes de regarder le sport.
Mathieu Blanchard est davantage touché par les champions qui tombent avant de se relever. Personnellement, je reste fasciné par ceux qui réussissent à rester au sommet. Les premiers nous rappellent que l’échec n’est pas une fatalité. Les seconds nous montrent jusqu’où un être humain peut repousser les limites de son talent.
Et c’est précisément parce que ces deux visions coexistent que sa déclaration a suscité autant de réactions.
Et, comme pour tous les grands champions, nous espérons le voir gagner. Car une victoire après les difficultés est toujours plus belle… mais une victoire reste une victoire.
En résumé, chacun est libre d’être touché par un parcours de vie, par une résilience ou par une histoire personnelle.
Mais au plus haut niveau, ce n’est pas cela qui fait un champion.
Le storytelling ne fait pas un champion. Les résultats, si.





