🎧 Le 15 juillet, uTrail s’interrogeait sur l’intérêt réel des exosquelettes pour des pratiquants en bonne santé.
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Quelques jours plus tard, un test grandeur nature réalisé jusqu’au sommet du mont Blanc apporte des éléments particulièrement intéressants au débat. Le guide de haute montagne et photographe Mathis Dumas a utilisé un exosquelette Hypershell pendant près de la moitié de son ascension. Son verdict est loin de la révolution technologique annoncée : « Ce n’est pas miraculeux, c’est un peu gadget, mais c’est marrant. »
🎥 Mon avis en vidéo sur YouTube : pourquoi je reste sceptique sur les exosquelettes pour faire du sport
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne.
🔴 Mon avis sur les exosquelettes pour faire du sport
C’est ma principale réserve sur son utilisation en trail et, plus largement, pour faire du sport. Une machine peut m’aider à monter une côte, mais elle ne va pas développer à ma place mes muscles, mes appuis, ma technique ou ma capacité à redescendre correctement. Et c’est précisément là que je vois un risque : permettre à quelqu’un d’aller plus loin ou plus haut que ce que sa condition physique réelle lui permettrait normalement.
Je distingue évidemment cet usage de l’utilisation d’un exosquelette dans un cadre médical, pour la rééducation, l’aide à la mobilité ou encore les secours. Dans ces situations, je comprends parfaitement l’intérêt de cette technologie.
Chez uTrail, nous avons d’ailleurs reçu gratuitement un exosquelette à tester, sans rémunération ni contrepartie éditoriale. Si notre test n’est toujours pas publié malgré les relances de l’attaché de presse, c’est parce que les premiers retours sont très critiques. Nous l’avons notamment confié à un médecin pour avoir son avis, et son retour nous oblige à approfondir sérieusement le sujet avant de publier quoi que ce soit.
Pour un pratiquant valide qui veut simplement aller plus vite, plus haut ou plus loin, je reste donc très sceptique : à mes yeux, mieux vaut investir dans son entraînement que 2 000 euros dans une machine chargée de faire une partie de l’effort à sa place.
Mathis Dumas teste l’exosquelette jusqu’au sommet du mont Blanc
Mathis Dumas n’a pas essayé l’appareil pendant quelques minutes sur un salon ou sur un chemin parfaitement roulant.
Le guide, notamment connu du grand public pour avoir accompagné Inoxtag en montagne, a choisi un terrain autrement plus sérieux : le mont Blanc par la voie normale.
Parti à 4 heures du matin depuis Bellevue, aux Houches, il a atteint le sommet après environ huit heures d’effort. Selon Le Dauphiné Libéré, il a effectué presque la moitié du parcours équipé de l’exosquelette Hypershell.
L’idée lui serait notamment venue après avoir échangé avec un secouriste du PGHM. Pour les secours en montagne, une assistance permettant d’économiser de l’énergie ou de rejoindre une victime quelques minutes plus rapidement pourrait effectivement présenter un intérêt très concret.
Mais lorsqu’on quitte cet usage professionnel pour s’intéresser à la pratique sportive, son retour devient beaucoup plus nuancé.
« Ce n’est pas miraculeux, c’est un peu gadget »
Le constat de Mathis Dumas rejoint directement une partie des réserves formulées par uTrail.
Le guide estime avoir économisé environ 20 à 25 % d’effort au cours de son ascension. Ce chiffre est loin d’être négligeable, même s’il s’agit d’une estimation empirique et non d’une mesure scientifique réalisée en laboratoire.
Surtout, l’efficacité de l’appareil dépend fortement du terrain.
L’assistance lui paraît fluide sur le plat et dans les faux plats. En revanche, son fonctionnement devient moins intuitif lorsque la pente se redresse.
C’est un détail particulièrement intéressant lorsqu’on envisage l’utilisation d’un tel appareil en trail.
Car si un exosquelette fonctionne particulièrement bien lorsque le terrain est relativement roulant mais devient moins naturel dans les fortes pentes, son intérêt sportif en montagne mérite forcément d’être relativisé.
Le test confirme surtout une chose : l’exosquelette ne remplace pas l’entraînement
C’était l’une des principales réserves formulées par uTrail le 15 juillet.
Une assistance mécanique peut diminuer le travail demandé aux jambes. Elle ne transforme pas pour autant un pratiquant insuffisamment préparé en montagnard expérimenté.
Et Mathis Dumas arrive finalement à une conclusion assez proche.
Selon lui, ces appareils pourront probablement ouvrir de nouvelles possibilités, un peu comme l’a fait le vélo à assistance électrique. Mais ils ne permettront pas d’emmener n’importe qui en haute montagne.
Il faudra toujours disposer d’une condition physique suffisante et, surtout, des compétences techniques nécessaires.
L’exosquelette peut assister la locomotion. Il ne donne ni l’expérience de la montagne, ni l’acclimatation, ni la capacité à prendre les bonnes décisions lorsque les conditions se dégradent.
uTrail alertait déjà sur cette confusion entre assistance et capacité physique
Dans notre éditorial publié le 15 juillet, nous écrivions précisément que le principal problème n’était pas nécessairement l’exosquelette lui-même, mais la manière dont il pourrait être présenté et utilisé.
Pour une personne en situation de handicap, un senior, un patient en rééducation ou un secouriste devant intervenir rapidement, cette technologie peut évidemment présenter un intérêt considérable.
La question devient différente lorsqu’un pratiquant valide utilise une assistance électrique simplement pour monter plus vite ou compenser une condition physique insuffisante.
Le retour de Mathis Dumas au mont Blanc ne démontre évidemment pas scientifiquement que tous les exosquelettes seraient inutiles pour le sport.
Il apporte néanmoins un retour de terrain précieux : même entre les mains d’un professionnel de la montagne, l’appareil reste perfectible et ne supprime absolument pas les exigences physiques et techniques de l’activité.
Avantages et inconvénients des exosquelettes dans le sport
| Avantages des exosquelettes | Inconvénients / limites |
|---|---|
| 🦿 Réduction de l’effort musculaire : l’assistance soulage une partie du travail des jambes. | ⚠️ Ne remplace pas l’entraînement : capacités cardiovasculaires, musculaires et techniques restent indispensables. |
| ⛰️ Permet d’aller plus loin ou plus haut en diminuant la fatigue locomotrice. | 📈 Risque de surestimer ses capacités et de s’engager sur un parcours trop difficile. |
| ♿ Intérêt majeur pour la mobilité de certaines personnes en situation de handicap ou ayant des capacités physiques réduites. | 🏃 Modifie la notion de performance sportive puisque la machine fournit une partie de l’assistance. |
| 🚑 Potentiel pour les secours en montagne : économiser de l’énergie et éventuellement gagner du temps pour atteindre une victime. | 🏔️ Efficacité variable selon le terrain : Mathis Dumas a notamment trouvé l’assistance moins intuitive dans les fortes pentes. |
| 🔋 Assistance réglable selon les modèles et les besoins du pratiquant. | 🔌 Dépendance à une batterie et à l’électronique, problématique potentielle lors d’une longue sortie en montagne. |
| 🦵 Peut diminuer certaines contraintes musculaires pendant la locomotion. | 🦶 Ne remplace pas les appuis et la technique, notamment en descente et sur terrain technique. |
| 👴 Peut prolonger l’accès à la randonnée pour certains pratiquants ayant perdu une partie de leurs capacités physiques. | 💰 Prix élevé : certains modèles représentent un investissement de plusieurs milliers d’euros. |
| 🔬 Technologie encore susceptible de fortement progresser avec des moteurs, batteries et algorithmes plus performants. | 🤖 Technologie encore perfectible : poids, ergonomie, adaptation au mouvement et comportement sur terrain complexe restent des limites. |
| ❤️ Peut favoriser l’accès à une activité extérieure pour des personnes qui pratiqueraient difficilement sans assistance. | 🚨 L’assistance ne supprime pas les autres risques de montagne : fatigue générale, météo, chaleur, orientation ou manque d’expérience restent présents. |
| 🎯 Intérêt évident dans certains usages spécifiques : médical, rééducation, mobilité ou secours. | ❓ Intérêt beaucoup plus discutable pour un sportif valide qui l’utilise uniquement pour augmenter ses performances. |
Le récap’

ANALYSE uTrail : le « trail électrique » n’est donc pas encore arrivé
Il serait également excessif d’enterrer définitivement cette technologie.
Les exosquelettes vont progresser. Les moteurs deviendront probablement plus légers, les batteries plus performantes et les algorithmes capables d’anticiper beaucoup plus précisément les mouvements du pratiquant.
Dans quelques années, leur efficacité pourrait être très différente.
Mais en 2026, le test grandeur nature réalisé par Mathis Dumas permet au moins de remettre certaines promesses en perspective.
Oui, l’appareil apporte une assistance. Oui, économiser 20 à 25 % d’effort potentiel peut être considérable dans certains contextes. Mais non, il ne transforme pas la montagne en promenade accessible sans préparation.
Et lorsque celui qui vient de le tester jusqu’au sommet du mont Blanc résume lui-même son expérience par les mots « un peu gadget », difficile de ne pas y voir la confirmation d’une partie des réserves que nous exprimions quelques jours auparavant.
L’exosquelette sportif possède probablement un avenir. Pour l’instant, il ressemble davantage à une assistance technologique encore en construction qu’à la révolution annoncée du trail et de la randonnée.
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