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🎧 Après les vélos à assistance électrique, les chaussures à plaque carbone et les montres capables d’analyser le moindre battement de cœur, une nouvelle technologie fait son apparition dans le trail : l’exosquelette.
Présenté comme un moyen de faciliter la randonnée ou d’avaler davantage de dénivelé en trail, cet équipement ouvre une question qui dépasse largement le simple gadget. À partir de quel moment la technologie aide-t-elle réellement le sportif… et à partir de quel moment finit-elle par remplacer l’effort qui fait justement l’essence de la pratique ?
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Les exosquelettes seront une révolution pour certains… mais pas pour nous
Écartons d’abord un faux procès. Pour une personne atteinte d’une maladie, d’un handicap ou dont la mobilité est fortement réduite, un exosquelette peut représenter une avancée extraordinaire. Redonner accès aux sentiers, permettre à un senior de retrouver le plaisir de la montagne ou accompagner une rééducation constitue une utilisation pleinement justifiée de cette technologie.
Le véritable débat commence ailleurs. Il naît lorsque le même équipement est présenté comme un moyen de permettre à des personnes en parfaite santé d’aller plus vite, plus haut ou plus loin, sans posséder la condition physique normalement nécessaire pour y parvenir.
Le trail repose justement sur la capacité à progresser
En trail, la montée ne constitue pas un obstacle à contourner : elle fait partie intégrante de la discipline. Personne ne devient capable d’enchaîner 1 500 ou 2 000 mètres de dénivelé du jour au lendemain. Cette capacité se construit au fil des semaines grâce à l’entraînement, au renforcement musculaire, au développement du système cardiovasculaire, mais aussi à l’expérience acquise sur le terrain.
En réduisant artificiellement une partie de l’effort fourni par les jambes, l’exosquelette modifie donc profondément cette logique de progression. Ce qui était jusqu’à présent le fruit d’un travail patient pourrait demain être obtenu grâce à une assistance électrique. La montagne n’a pourtant jamais promis d’être facile, et c’est précisément cette difficulté qui explique en grande partie l’attachement des traileurs à leur sport.
Une assistance qui ne remplace pas la condition physique
L’argument commercial est séduisant : assister les jambes pour économiser de l’énergie et parcourir davantage de kilomètres. Pourtant, la réalité physiologique est plus complexe. Si l’exosquelette peut soulager une partie du travail musculaire, il ne remplace ni les capacités cardiovasculaires, ni la résistance à la chaleur, ni l’expérience indispensable pour évoluer en montagne.
Un pratiquant insuffisamment entraîné restera confronté aux mêmes risques qu’auparavant. Le coup de chaleur, la déshydratation, la fatigue générale ou une mauvaise gestion de l’effort ne disparaissent pas parce que les jambes sont aidées dans les montées. En d’autres termes, l’exosquelette peut faciliter la locomotion, mais il ne rend pas automatiquement son utilisateur capable d’affronter un parcours difficile.
En résumé, après le vélo électrique, le trail électrique
La comparaison avec le vélo à assistance électrique revient naturellement dans toutes les discussions. Là aussi, la technologie a permis à un public plus large de pratiquer, tout en suscitant de nombreux débats sur la place de l’effort dans l’activité sportive.
Le trail pourrait bien connaître les mêmes interrogations. Que penser d’un record Strava réalisé avec un exosquelette ? Faudra-t-il distinguer les performances assistées des performances traditionnelles ? Les fameux « kudos » auront sans doute une saveur particulière lorsque certains annonceront avoir pulvérisé leur record dans une montée grâce à quelques centaines de watts supplémentaires dissimulés autour de la taille.
Comme souvent, ce n’est sans doute pas la technologie elle-même qui pose problème, mais l’usage qui en sera fait. Employé comme un outil médical, de rééducation ou d’aide à la mobilité, l’exosquelette constitue une innovation dont il serait difficile de contester l’intérêt. Utilisé comme un simple raccourci vers la performance, il risque en revanche d’alimenter un débat déjà bien connu dans le monde du trail : celui d’un sport où l’on cherche parfois davantage à compenser le manque d’entraînement par la technologie qu’à développer les qualités physiques qui en font toute la richesse.
L’arrivée de ces équipements ne signera probablement pas la fin du trail tel qu’on le connaît. En revanche, elle oblige déjà chacun à se poser une question simple : lorsqu’une machine commence à faire une partie de l’effort à notre place, pratique-t-on encore exactement le même sport ?
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