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đ§ Les polĂ©miques s’enchaĂźnent autour de cette semaine spĂ©ciale UTMB, notamment autour de la question environnementale : trop de monde, trop de dossards, trop d’accompagnateurs, trop de courses, trop de trajets en voiture ou en avion, trop de bruit, trop de journalistes, trop de manque de respect, etc.
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Il semblerait que les habitants de Chamonix suffoquent face à cette situation, comme peut encore le dénoncer le Maire de Saint-Gervais. Pourtant, quand on y regarde de plus prÚs, il semble que cet événement constitue un marché bien juteux pour les habitants de la commune, notamment ceux qui louent des logements sur la plateforme en ligne AirBnB.
Ă Chamonix, les prix des logements sâenvolent pendant lâUTMB
Pour une seule nuit, par exemple du 28 au 29 aoĂ»t 2026 (durant laquelle se dĂ©roulera la course phare de l’UTMB), les prix s’envolent Ă Chamonix : minimum 306 euros pour un logement avec un seul lit, 642 euros pour un appartement avec deux lits et jusqu’Ă 965 euros pour une version avec deux chambres et quatre lits.
Compte tenu du nombre de personnes attendues sur place durant cette semaine, il est mĂȘme Ă©tonnant de constater qu’il existe encore des logements disponibles, Ă 48h de l’Ă©vĂ©nement le plus attendu de la planĂšte trail.
LâĂ©cart avec les prix du mois dâoctobre est spectaculaire
Les prĂ©visions habituelles annonçant la prĂ©sence d’environ 100 000 personnes dans la ville de Chamonix (qui ne compte mĂȘme pas 9000 habitants Ă l’annĂ©e !) durant cette semaine de l’UTMB, on imagine Ă quel point le marchĂ© de l’immobilier reprĂ©sente un commerce trĂšs juteux pour les propriĂ©taires.
Ă titre de comparaison, si vous souhaitez un logement en plein mois d’octobre (toujours du vendredi au samedi), vous pourrez trouver un appartement avec une chambre et deux lits Ă partir de 136 euros, soit moins de la moitiĂ© des prix actuels.
Le vrai sujet dĂ©passe largement le prix dâune nuit sur Airbnb
RĂ©duire la question au seul tarif des locations serait presque trop simple. Le vĂ©ritable paradoxe se trouve ailleurs : Chamonix peut-elle vouloir moins dâUTMB tout en continuant Ă profiter de lâactivitĂ© Ă©conomique exceptionnelle gĂ©nĂ©rĂ©e par lâĂ©vĂ©nement ?
Pendant une semaine, des milliers de coureurs, accompagnateurs, journalistes et passionnĂ©s de trail doivent dormir, manger, se dĂ©placer, acheter du matĂ©riel ou simplement consommer sur place. Lâargent injectĂ© dans la vallĂ©e ne sâarrĂȘte donc Ă©videmment pas aux propriĂ©taires prĂ©sents sur Airbnb. HĂ©bergements, restauration, commerces et diffĂ©rents services bĂ©nĂ©ficient mĂ©caniquement de cette affluence exceptionnelle.
Tous les habitants de Chamonix ne profitent Ă©videmment pas de lâUTMB
Il faut nĂ©anmoins Ă©viter un raccourci : parler des « habitants de Chamonix » comme dâun seul bloc serait trompeur.
Celui qui possĂšde un appartement quâil peut louer plusieurs centaines dâeuros pendant une nuit dâUTMB nâa pas nĂ©cessairement la mĂȘme perception de lâĂ©vĂ©nement que celui qui habite simplement dans la vallĂ©e, doit circuler au milieu de la foule et ne touche aucune retombĂ©e directe de cette semaine de course.
Câest ce qui rend le dĂ©bat plus complexe quâune simple opposition entre lâUTMB et les Chamoniards. Certains peuvent profiter Ă©conomiquement de lâĂ©vĂ©nement quand dâautres en subissent surtout les contraintes. Et les deux rĂ©alitĂ©s peuvent parfaitement coexister.
LâUTMB dĂ©range, mais combien rapporte-t-il rĂ©ellement Ă Chamonix ?
Quand un logement qui se trouve Ă 136 euros lors dâun week-end dâoctobre peut dĂ©passer les 300 euros pendant lâUTMB, on comprend immĂ©diatement la valeur Ă©conomique créée par quelques jours de trĂšs forte demande touristique.
Et lorsque cette demande concerne potentiellement des dizaines de milliers de visiteurs, la discussion change dâĂ©chelle.
La vraie question nâest donc peut-ĂȘtre pas de savoir si lâUTMB provoque des nuisances. Elles existent et elles sont rĂ©guliĂšrement dĂ©noncĂ©es. Elle est plutĂŽt de savoir jusquâoĂč Chamonix souhaite rĂ©duire ces nuisances sans renoncer Ă une partie de lâactivitĂ© Ă©conomique qui accompagne forcĂ©ment un Ă©vĂ©nement mondial de cette dimension. D’ailleurs, on n’est pas dupe : si le maire de Saint Gervais critique autant l’Ă©vĂšnement, c’est sans doute qu’il aimerait plus en profiter.
Peut-on vouloir moins dâUTMB sans vouloir moins de retombĂ©es Ă©conomiques ?
Câest tout le paradoxe actuel.
On peut souhaiter moins de voitures, moins de bruit, moins de saturation et moins de monde. Mais rĂ©duire fortement la taille de lâĂ©vĂ©nement signifierait probablement aussi rĂ©duire le nombre de visiteurs prĂ©sents dans la vallĂ©e.
Et donc, mécaniquement, le nombre de clients potentiels pour les logements, les restaurants et les commerces.
VoilĂ pourquoi le dĂ©bat dĂ©passe largement la polĂ©mique sur Airbnb. DerriĂšre les critiques adressĂ©es Ă lâUTMB apparaĂźt une question beaucoup plus dĂ©licate : jusquâoĂč Chamonix est-elle rĂ©ellement prĂȘte Ă rĂ©duire un Ă©vĂ©nement dont une partie de lâĂ©conomie locale bĂ©nĂ©ficie pendant une semaine entiĂšre ?
Car il ne sâagit pas seulement de gagner quelques dizaines dâeuros supplĂ©mentaires sur une nuitĂ©e. Pour certains propriĂ©taires, hĂ©bergeurs, restaurateurs ou commerçants, la semaine de lâUTMB peut concentrer une part considĂ©rable du chiffre dâaffaires annuel. Lorsque les prix des hĂ©bergements sont multipliĂ©s, que les restaurants tournent Ă plein rĂ©gime et que des dizaines de milliers de visiteurs consomment en quelques jours dans une vallĂ©e de moins de 9 000 habitants permanents, on ne parle plus dâun simple « bonus » touristique.
On parle potentiellement, pour certains acteurs Ă©conomiques, dâune semaine qui peut peser autant que plusieurs semaines, voire plusieurs mois dâactivitĂ© plus ordinaire.
Et câest lĂ que la critique devient beaucoup plus inconfortable.
Quand on gagne en une semaine ce que lâon met plusieurs mois Ă gagner le reste de lâannĂ©e
Il est facile de dĂ©noncer la foule, les voitures, le bruit ou la saturation lorsque lâon regarde uniquement les nuisances produites par lâĂ©vĂ©nement. Mais si, dans le mĂȘme temps, cette semaine permet Ă certains de rĂ©aliser lâĂ©quivalent de plusieurs mois de chiffre dâaffaires, la relation avec lâUTMB devient nĂ©cessairement beaucoup plus ambivalente.
Car supprimer des coureurs, réduire le nombre de courses ou diminuer fortement la fréquentation ne ferait pas disparaßtre uniquement les nuisances. Cela ferait aussi disparaßtre une partie des clients.
Moins de participants, ce sont aussi moins dâaccompagnateurs. Moins dâaccompagnateurs, ce sont moins de nuitĂ©es, moins de tables rĂ©servĂ©es, moins dâachats dans les commerces et moins dâargent dĂ©pensĂ© dans la vallĂ©e.
Câest probablement lĂ que se situe le vĂ©ritable dĂ©bat Ă Chamonix : non pas choisir entre ĂȘtre « pour » ou « contre » lâUTMB, mais dĂ©cider combien de nuisances une station touristique est prĂȘte Ă accepter en Ă©change dâune semaine Ă©conomiquement hors norme.
Et inversement, combien dâargent elle est rĂ©ellement prĂȘte Ă abandonner pour retrouver davantage de tranquillitĂ©.
Parce quâau fond, si une semaine dâUTMB reprĂ©sente pour certains acteurs locaux plusieurs mois dâactivitĂ© normale, demander un UTMB beaucoup plus petit revient aussi Ă poser une question que lâon entend beaucoup moins souvent : qui est rĂ©ellement prĂȘt Ă renoncer Ă cet argent ?
En rĂ©sumĂ©, il faudrait aussi se mettre un instant Ă la place des traileurs qui viennent courir lâUTMB.
Ils paient leur dossard, leur transport, leur hĂ©bergement, leurs repas, parfois plusieurs milliers dâeuros pour une semaine complĂšte dans la vallĂ©e.
Ils vivent sur place, consomment dans les commerces, remplissent les hĂŽtels et les restaurants, puis lisent partout quâils seraient trop nombreux, quâil faudrait rĂ©duire les courses, limiter les accompagnateurs ou diminuer lâampleur de lâĂ©vĂ©nement.
Quel message leur envoie-t-on ?
Quâon accepte volontiers leur argent, mais quâon prĂ©fĂ©rerait presque quâils soient moins visibles une fois arrivĂ©s ? Ă force dâentendre que lâUTMB dĂ©range, certains peuvent lĂ©gitimement finir par se demander sâils sont encore les bienvenus Ă Chamonix.
Câest cette contradiction-lĂ qui risque, Ă terme, de laisser un goĂ»t amer Ă ceux qui font pourtant vivre cette semaine exceptionnelle.
đ„ Et ma video pour aller plus loin dans la rĂ©flexion
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