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🎧 Faut-il interdire la chasse le week-end pour que les traileurs puissent courir en sécurité ? Cette question que nous posions fin 2025 revient dès les premières semaines de la saison 2026-2027.
Deux semaines après l’ouverture générale de la chasse dans de nombreux départements, plusieurs accidents et incidents graves ont déjà été rapportés en France. Le dernier s’est produit ce dimanche en Savoie, où une chasseuse de 53 ans a été grièvement blessée par un projectile à Bellecombe-en-Bauges.
Le début de saison 2026 remet déjà la sécurité à la chasse au centre du débat
Quelques semaines seulement après le début de la saison, les faits divers liés à la chasse s’enchaînent déjà. Chutes, décès, attaque d’un animal, balle terminant dans une maison ou chasseuse touchée par un projectile : les circonstances sont très différentes, mais leur succession remet immédiatement sur la table la question de la sécurité et du partage des espaces naturels.
Septembre 2026 : les événements graves déjà recensés
- 6 septembre, Le Fleix en Dordogne : deux chasseurs qui préparent une installation destinée à la chasse à la palombe chutent d’une dizaine de mètres depuis une nacelle. Un homme de 74 ans est grièvement blessé et un homme de 45 ans est blessé à la jambe. L’accident se produit pendant la préparation du poste, avant l’action de chasse.
- 12 septembre, Haute-Corse : un chasseur de 18 ans est chargé et encorné par un taureau sauvage pendant une partie de chasse entre Bigornu et Campitellu. Il est évacué en urgence absolue.
- 13 septembre, Saint-Paul-sur-Ubaye dans les Alpes-de-Haute-Provence : un chasseur de 90 ans meurt après une chute d’environ cinq mètres au cours d’une sortie de chasse.
- 19 septembre, Mably dans la Loire : une balle tirée pendant une battue aux sangliers traverse une chaise de jardin et une balancelle avant de terminer sa course dans le mur d’une maison.
- 22-23 septembre, secteur de Besançon : un chasseur de 80 ans parti chasser est retrouvé mort dans le Doubs. Les premiers éléments orientent les investigations vers une chute dans la rivière.
- 27 septembre, Bellecombe-en-Bauges en Savoie : une chasseuse de 53 ans est grièvement blessée au mollet par un projectile puis héliportée vers le centre hospitalier Annecy-Genevois.
Ce recensement rassemble les événements graves rapportés par la presse depuis le début du mois. Il dépasse donc la définition statistique des seuls accidents de chasse par arme utilisée par l’OFB.
Troisième dimanche de chasse en Savoie : une femme grièvement blessée par un projectile
En Savoie, l’ouverture générale de la chasse a eu lieu le 13 septembre. Deux semaines plus tard, ce dimanche 27 septembre marque donc le troisième dimanche de chasse depuis le début de la saison.
Peu avant 9 h 30, à Bellecombe-en-Bauges, une femme de 53 ans qui participe à une chasse est touchée au mollet par un projectile. Grièvement blessée, elle est prise en charge par le groupe montagne des sapeurs-pompiers de Savoie avant d’être évacuée par Dragon 74 vers le centre hospitalier Annecy-Genevois.
Les circonstances exactes du tir restent à déterminer. Mais l’accident rappelle une réalité simple : une arme de chasse reste une arme, et lorsqu’un projectile quitte la trajectoire prévue, les conséquences peuvent être très lourdes.
92 accidents la saison dernière : les chiffres de l’OFB
Le début de saison 2026 arrive après une saison 2025-2026 au cours de laquelle l’Office français de la biodiversité a recensé 92 accidents corporels liés à l’utilisation d’une arme de chasse. Parmi eux, 4 ont été mortels.
L’OFB compte également 10 non-chasseurs blessés, dont quatre grièvement, ainsi que 122 incidents matériels impliquant notamment des habitations, des véhicules ou des animaux domestiques.
Sur vingt ans, l’accidentologie de la chasse a fortement baissé, et cette évolution fait partie du débat. Mais 92 accidents en une saison restent 92 accidents, et surtout dix personnes qui ne participaient pas à la chasse ont malgré tout été blessées.
Pour les traileurs, randonneurs, cyclistes et promeneurs qui fréquentent les mêmes espaces, c’est précisément cette donnée qui compte : le risque lié à un tir peut toucher quelqu’un qui se trouve totalement en dehors de l’action de chasse.
Non, un accident de chasse ne se compare pas à une crise cardiaque en trail
À chaque accident, les mêmes comparaisons reviennent : il y a des morts en voiture, des cyclistes provoquent aussi des accidents, des traileurs font des crises cardiaques et des randonneurs chutent en montagne. Tous ces faits existent, mais ils relèvent de risques très différents.
Quand un traileur fait un malaise cardiaque, le risque vient de son propre état de santé. Quand un randonneur chute dans une pente, le danger est directement lié à son activité et au terrain sur lequel il évolue. Une balle de chasse, elle, peut atteindre quelqu’un qui ne participe absolument pas à la chasse : un riverain dans son jardin, un automobiliste, un promeneur, un cycliste ou un traileur.
C’est cette différence qui rend les comparaisons trompeuses.
Le cas de Mably l’illustre très bien : une battue se déroule à proximité, une balle traverse du mobilier de jardin puis termine sa course dans le mur d’une maison. Les personnes présentes sur place menaient simplement leur vie quotidienne.
Comparer ensuite cet incident à une crise cardiaque en trail revient donc à mettre sur le même plan deux risques qui n’ont ni la même origine ni le même impact sur les autres usagers.
Et non, toutes les forêts françaises ne sont pas privées
Autre argument qui revient à chaque débat : « les forêts sont privées ».
La réalité est plus nuancée. Dans l’Hexagone, environ 75 % de la forêt appartient à des propriétaires privés et 25 % relève de la propriété publique. Un quart des forêts françaises sont donc publiques, et même au sein des massifs privés, le statut des chemins, des routes, des servitudes et des éventuels droits de passage varie d’un endroit à l’autre.
La France forestière ressemble davantage à une mosaïque de propriétés et d’usages qu’à un immense domaine réservé à une seule activité.
Dire aux traileurs de rester chez eux parce que « la forêt appartient aux chasseurs » simplifie donc largement la réalité.
Les propriétaires ont leurs droits, les chasseurs disposent de droits lorsqu’ils exercent dans un cadre autorisé, et les promeneurs ou sportifs peuvent eux aussi accéder à certains espaces selon leur statut.
Le « partage de la nature » est surtout à sens unique
C’est là que le mot « partage » commence à poser problème.
Pendant la saison de chasse, ce sont très souvent les autres usagers qui adaptent leur comportement : ils consultent les calendriers de battues, modifient leurs itinéraires, décalent leurs sorties, portent parfois du fluo ou font demi-tour lorsqu’une chasse est signalée.
Le chasseur, lui, poursuit son activité dans le cadre qui lui est autorisé.
Voilà pourquoi beaucoup de traileurs, randonneurs ou vététistes ont le sentiment d’un partage à sens unique.
Un coureur peut respecter les panneaux, rester sur le chemin, porter des couleurs visibles et éviter les secteurs clairement signalés. Pourtant, au moment où un coup part, sa sécurité dépend aussi du comportement et de la vigilance de la personne qui tient l’arme.
C’est cette asymétrie qui nourrit la défiance.
Interdire la chasse le week-end : pourquoi la question revient
La question posée fin 2025 reste donc entière : faut-il réserver le samedi ou le dimanche aux autres usagers de la nature ?
Aujourd’hui, la France fonctionne principalement avec des périodes et des règles fixées localement. Les dates d’ouverture et de fermeture sont arrêtées par les préfets, qui peuvent également instaurer certaines limitations selon les espèces et les territoires.
Il n’existe en revanche aucun jour hebdomadaire national pendant lequel toute chasse à tir serait automatiquement suspendue sur l’ensemble du territoire.
Les partisans d’un jour sans chasse défendent une idée simple : chacun connaîtrait à l’avance une journée pendant laquelle les usages seraient séparés. De leur côté, les chasseurs et leurs représentants mettent en avant la baisse de l’accidentologie, les règles de sécurité, la formation, la signalisation des battues et l’organisation locale.
Au fond, le débat oppose donc deux méthodes : continuer à organiser la cohabitation permanente, ou séparer certains usages dans le temps pour créer un créneau clair et prévisible.
En résumé, septembre 2026 fournit de nouveaux arguments pour interdire la chasse le week-end
La saison vient à peine de commencer et le mois de septembre compte déjà plusieurs faits graves : un chasseur mort après une chute, un autre retrouvé mort après une probable chute dans une rivière, un jeune chasseur sérieusement blessé par un taureau, deux hommes blessés lors de la préparation d’un poste de chasse, une balle ayant terminé dans une maison et une chasseuse grièvement blessée par un projectile.
Ces événements ont des causes différentes et tous ne relèvent pas de la statistique officielle des accidents par arme de l’OFB. Leur accumulation en quelques semaines rappelle néanmoins que la chasse reste une activité de pleine nature qui comporte des risques, auxquels s’ajoute celui créé par l’utilisation d’armes à feu.
Le bilan officiel montre que la sécurité a progressé sur le long terme. Le début de saison 2026 montre aussi que les accidents et incidents continuent de se produire.
Pour les traileurs, les randonneurs et les familles, la question devient alors très concrète : faut-il continuer à gérer cette cohabitation au cas par cas, ou prévoir chaque semaine un créneau clair pendant lequel chacun sait qu’aucune chasse à tir ne se déroule autour de lui ?
C’est exactement pour cela que le débat sur un jour sans chasse revient, saison après saison.
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