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🎧 Le président de la Fédération départementale des chasseurs des Alpes-de-Haute-Provence, André Pesce, a demandé à exercer un droit de réponse après la publication sur uTrail de notre article intitulé « Chasse : premier décès de la saison, l’âge de la victime pose question ».
Nous publions ci-dessous son droit de réponse dans son intégralité et sans modification, puis la réponse de la rédaction.
Dans notre article initial, uTrail relatait le décès d’un chasseur de 90 ans survenu le 13 septembre 2026 à Saint-Paul-sur-Ubaye, dans les Alpes-de-Haute-Provence. L’homme est mort après une chute d’environ cinq mètres pendant une partie de chasse. Nous avions clairement précisé qu’aucun tir n’était impliqué et qu’aucun élément ne permettait d’attribuer sa chute à son âge ou à son état de santé.
Notre article posait en revanche une question de sécurité beaucoup plus générale : lorsqu’une personne continue à pratiquer la chasse avec une arme à feu des décennies après l’obtention de son permis, comment vérifie-t-on que son aptitude physique, sensorielle et psychique reste compatible avec cette pratique ? Nous n’utilisons pas son âge pour expliquer son accident ; son âge nous conduit à interroger le système de contrôle médical qui permet de continuer à chasser à 90 ans. Ce sont deux sujets différents.
Droit de réponse d’André Pesce, président de la Fédération départementale des chasseurs des Alpes-de-Haute-Provence
Monsieur le Rédacteur,
À la lecture de votre article intitulé « Chasse : premier décès de la saison, l’âge de la victime pose question », le dernier paragraphe m’interpelle et me choque.
Sur quel fondement peut-on laisser entendre qu’une personne ne serait plus en mesure d’exercer sa passion à partir d’un certain âge ? Une telle affirmation apparaît comme une stigmatisation injustifiée des personnes âgées et contribue à entretenir des préjugés regrettables.
Les informations recueillies localement indiquent que la victime était pleinement en possession de ses capacités physiques et intellectuelles pour pratiquer la chasse.
Ce drame, qui a coûté la vie à un homme, ne devrait pas être détourné pour alimenter un débat sur l’âge sans lien établi avec les circonstances de l’accident. Il me semble essentiel de faire preuve de retenue, d’objectivité et, surtout, de respect à l’égard de la victime et de ses proches.
Je tenais donc à réagir à cette présentation des faits et reste à votre disposition pour tout échange complémentaire.
Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur, l’expression de mes salutations distinguées.
Le Président de la Fédération départementale des chasseurs des Alpes-de-Haute-Provence
André Pesce nous a ensuite confirmé que ce courrier constituait bien un droit de réponse destiné à être publié sur uTrail en sa qualité de président de la Fédération départementale des chasseurs des Alpes-de-Haute-Provence.
Réponse de la rédaction : uTrail n’a jamais affirmé qu’un homme de 90 ans ne pouvait pas chasser
Le désaccord tient ici à une confusion entre deux questions très différentes.
uTrail n’a jamais écrit qu’à partir d’un âge précis une personne devenait automatiquement incapable de chasser. Notre article rappelait au contraire que certains nonagénaires conservent une condition physique remarquable et qu’aucun élément ne permettait d’établir un lien entre l’âge du chasseur de Saint-Paul-sur-Ubaye et sa chute.
Nous avons écrit :

Nous ne demandons pas l’interdiction de chasser à 90 ans. Nous demandons comment l’aptitude à chasser avec une arme est objectivement vérifiée à 90 ans.
Ce n’est pas la même chose.
Avec l’âge, certaines capacités peuvent évoluer : ce n’est pas un jugement, c’est un fait médical
Dire que certaines capacités peuvent évoluer avec l’âge revient simplement à rappeler une réalité médicale : la vision, l’audition, l’équilibre, les réflexes, la force musculaire, la coordination ou encore la vitesse de réaction peuvent se modifier au fil des années.
Ces évolutions varient considérablement d’une personne à l’autre. Un chasseur de 85 ou 90 ans peut conserver d’excellentes capacités tandis qu’un chasseur beaucoup plus jeune peut présenter une pathologie ou suivre un traitement affectant certaines fonctions.
C’est justement pour éviter de juger quelqu’un uniquement sur son âge qu’un contrôle médical périodique aurait du sens. Il permettrait d’évaluer individuellement l’état réel de la personne.
Ce qui nous surprend, c’est que la Fédération de chasse nous parle de stigmatisation quand nous parlons de sécurité : la réponse est à côté de la plaque
Face à l’inquiétude d’autres usagers de la nature, nous attendions surtout une réponse factuelle susceptible de rassurer.
Par exemple : quels contrôles permettent de vérifier régulièrement la vision d’un chasseur ? Son audition ? Son équilibre ? Sa vigilance ? Ses capacités motrices ? Les effets éventuels de traitements médicamenteux ?
Ces questions sont directement liées à la sécurité puisque la réglementation elle-même considère que certaines affections susceptibles d’altérer la vigilance, l’équilibre, la coordination, le comportement, la vision ou l’audition peuvent rendre la pratique de la chasse dangereuse.
La réponse de la Fédération porte essentiellement sur la « stigmatisation » des personnes âgées mais ne répond pas à la question de fond : comment vérifie-t-on régulièrement que l’état de santé d’une personne reste compatible avec l’utilisation d’une arme à feu ?
Chaque année, le permis doit être validé… sans nouvelle visite médicale systématique
Techniquement, le permis de chasser lui-même ne se renouvelle pas chaque année : pour pouvoir continuer à chasser, son titulaire doit obtenir une validation annuelle.
Le titulaire demande la validation de son permis et déclare sur l’honneur qu’il ne se trouve pas dans l’un des cas d’incapacité ou d’interdiction prévus par la réglementation. Parmi ces cas figurent notamment les personnes atteintes d’une affection médicale ou d’une infirmité rendant dangereuse la pratique de la chasse.
En clair, lors de la validation ordinaire, le chasseur atteste lui-même sur l’honneur qu’il ne se trouve pas dans une situation médicale incompatible avec la chasse.
En cas de doute sur cette déclaration médicale, le préfet peut demander un certificat établi par un médecin assermenté. Le chasseur peut également joindre de sa propre initiative un certificat médical.
Mais le simple écoulement du temps ne déclenche pas automatiquement une nouvelle évaluation médicale. Une personne peut donc continuer à chasser plusieurs décennies après l’obtention de son permis sans qu’un médecin ait nécessairement été appelé récemment à confirmer que son état reste compatible avec cette pratique.
La comparaison avec le tir sportif rend cette différence particulièrement difficile à comprendre. Pour la saison 2026-2027, un tireur sportif doit disposer d’un certificat médical datant de moins d’un an au moment de la création ou du renouvellement de sa licence FFTir.
Il utilise pourtant son arme dans un environnement extrêmement encadré : un stand de tir, une direction déterminée, des cibles fixes et des règles de sécurité strictes.
Le chasseur utilise lui aussi une arme à feu, mais dans un environnement ouvert, avec de la végétation, du relief, des animaux en mouvement et d’autres personnes susceptibles de se trouver à proximité : promeneurs, familles, vététistes ou traileurs.
Alors en quoi le tireur sportif serait-il plus dangereux que le chasseur au point de devoir présenter régulièrement un nouveau certificat médical, tandis qu’aucun contrôle médical périodique comparable n’est systématiquement imposé au chasseur ?
Avec une arme, l’aptitude ne concerne pas seulement celui qui la porte
C’est là que la notion de « passion » invoquée dans le droit de réponse atteint ses limites.
À 90 ans, une personne peut continuer à marcher, jardiner ou randonner si elle en possède les capacités. Mais la chasse implique l’utilisation d’une arme à feu dans un environnement fréquenté par d’autres personnes.
Lorsque nous croisons un chasseur sur un chemin, notre propre sécurité dépend donc en partie de sa capacité à identifier sa cible, à apprécier son environnement, à voir et entendre correctement, à maîtriser ses mouvements et à prendre la bonne décision au bon moment.
L’aptitude du chasseur relève donc aussi d’une question de sécurité collective.
Le président affirme que la victime possédait toutes ses capacités : sur quelle évaluation cette affirmation repose-t-elle ?
André Pesce indique dans son droit de réponse que « les informations recueillies localement » montrent que le chasseur décédé était pleinement en possession de ses capacités physiques et intellectuelles.
Nous prenons acte de cette information. Elle appelle néanmoins une précision : s’agissait-il d’une évaluation médicale récente portant spécifiquement sur son aptitude à chasser, ou de l’appréciation de personnes qui connaissaient la victime ?
La distinction est importante. Nous n’avons jamais affirmé que cet homme était médicalement inapte. Nous demandons simplement sur quels éléments objectifs repose l’affirmation selon laquelle il était pleinement apte.
Interroger le contrôle médical n’est pas manquer de respect à la victime
Le président de la Fédération nous appelle également à faire preuve de « retenue, d’objectivité et de respect » envers la victime et ses proches. Nous partageons cette exigence.
Mais respecter un homme décédé n’interdit pas de poser une question générale de sécurité. Nous n’avons jamais affirmé que son âge avait provoqué sa chute, ni qu’il était inapte à chasser. Nous distinguons précisément les deux sujets : les circonstances et les causes de cette chute, qui relèvent de l’enquête, et le fonctionnement général d’un système dans lequel une personne peut continuer à utiliser une arme à feu à 90 ans sans réévaluation médicale périodique systématique.
Poser cette question, tout en précisant clairement ce qui est établi et ce qui ne l’est pas, relève justement de l’objectivité journalistique.
Le droit de réponse de la FDC 04 ne répond donc pas à notre question de fond
Nous respectons la mémoire du chasseur décédé à Saint-Paul-sur-Ubaye et nous le répétons : aucune information disponible ne permet d’affirmer que son âge a provoqué sa chute.
Nous publions intégralement le droit de réponse du président de la Fédération départementale des chasseurs des Alpes-de-Haute-Provence.
Mais notre interrogation reste entière.
Ce qui nous inquiète n’est pas qu’un homme de 90 ans se promène dans la nature. Ce qui nous inquiète, c’est qu’une personne puisse continuer à y utiliser une arme à feu plusieurs décennies après l’obtention de son permis sans réévaluation médicale périodique systématique attestant que son état reste compatible avec cette responsabilité.
Ce débat dépasse donc largement l’âge de la victime de Saint-Paul-sur-Ubaye. La question vaut pour tous les chasseurs : si l’aptitude médicale est suffisamment importante pour être vérifiée au moment de l’accès à la pratique, pourquoi ne pas la contrôler à nouveau régulièrement tant que la personne continue à utiliser une arme ?
Sources


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