Mieux courir grâce aux maths
Une étude scientifique qui laissait augurer des perspectives intéressantes en matière d’entraînement, définitivement tombée dans l’oubli ?
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Il y a quatre ans, j’ai eu la chance d’assister à une soutenance de projet à l’Ecole Polytechnique durant laquelle, un groupe d’élèves, encadrés par Amandine Aftalion (CNRS / USVQ), a démontré qu’à partir d’un modèle mathématique, certes relativement élaboré, il était possible de définir la meilleure stratégie de course (Résumé ici : http://www.uvsq.fr/mieux-courir-grace-aux-mathematiques-322375.kjsp) avec une conclusion surprenante : pour gagner du temps au final, il fallait apprendre à … ralentir de temps en temps.
Certes, les fondements expérimentaux de cette étude résidaient dans des prises de mesures sur des séries de 400 mètres plat mais les possibilités offertes par le modèle (intégration de paramètres tels que dénivelé, vent …) donnaient à penser que sa portée pourrait être bien plus universelle. J’en étais à me dire qu’il était sans doute possible d’intégrer ce modèle à une montre GPS qui deviendrait alors un coach virtuel en course et qui aboierait des ordres du genre « ralentis ! accélère ! ralentis ! » pour permettre de grimper sur le podium.
Mais depuis cette présentation, plus de nouvelle de cette étude ou de potentielles applications. Les étudiants de Polytechnique sont diplômés et la chercheuse semble passée à autre chose. Dommage, l’idée était intéressante.
En résumé, ce qui rend cette histoire géniale, ce n’est pas seulement l’élégance du modèle mathématique ni même la promesse technologique qu’il portait en filigrane.
C’est ce qu’il dit de notre manière de courir aujourd’hui. On cherche à aller plus vite, plus loin, à optimiser chaque séance, chaque sortie, chaque donnée enregistrée sur une montre GPS. On empile les kilomètres, on surveille la fréquence cardiaque, on compare les allures. Et pourtant, cette étude venue d’un environnement aussi rigoureux que celui de École Polytechnique proposait presque un contre-pied. Elle suggérait que la performance ne réside pas uniquement dans l’intensité ou la régularité, mais dans la capacité à accepter des variations, à intégrer volontairement des phases de ralentissement pour mieux repartir.
Transposé au trail, ce constat prend encore plus de sens. Car en montagne, rien n’est linéaire. Le terrain impose ses lois, le dénivelé casse les rythmes, la fatigue musculaire s’accumule de manière imprévisible. Le coureur qui s’obstine à maintenir une allure constante finit souvent par exploser. À l’inverse, celui qui accepte de marcher dans les montées, de temporiser dans les portions techniques, de relancer au bon moment, construit une course beaucoup plus solide. Ce que les mathématiques modélisent en laboratoire, les traileurs expérimentés le ressentent intuitivement sur le terrain depuis des années. Mais là où l’intuition reste floue, parfois approximative, un modèle scientifique pourrait offrir une précision nouvelle, presque chirurgicale.
C’est précisément là que réside le regret. Non pas dans la disparition d’une étude isolée, mais dans l’absence de continuité entre la recherche et la pratique. Le potentiel était immense. Imaginer une montre capable d’analyser en temps réel le profil du parcours, les conditions extérieures, l’état de fatigue du coureur, pour lui proposer une stratégie dynamique, adaptée à chaque instant, relevait presque de la science-fiction il y a quelques années. Aujourd’hui, avec l’évolution des capteurs, de l’intelligence artificielle et des algorithmes embarqués, cette vision n’a jamais été aussi accessible. Pourtant, elle reste encore largement sous-exploitée.
Peut-être que le problème n’est pas uniquement technologique. Peut-être qu’il est aussi culturel. Dans le monde de la course à pied, ralentir reste contre-intuitif. Cela va à l’encontre de l’image du dépassement de soi, de l’effort continu, de la souffrance assumée comme preuve de performance. Accepter de lever le pied, même temporairement, demande une forme de lucidité et de maîtrise qui dépasse la simple condition physique. C’est une stratégie, presque une philosophie de course. Et c’est précisément ce que ce modèle mettait en lumière avec une clarté dérangeante.
Alors oui, il est possible que cette étude soit tombée dans l’oubli académique, remplacée par d’autres sujets, d’autres priorités. Mais son idée, elle, n’a pas disparu. Elle continue de circuler, de manière diffuse, dans les pratiques des coureurs, dans les conseils des entraîneurs, dans les retours d’expérience des ultras. Elle ressurgit chaque fois qu’un athlète explique avoir “géré” sa course plutôt que de l’avoir subie. Elle se retrouve dans chaque stratégie de pacing intelligente, dans chaque décision de ralentir pour mieux finir.
Finalement, ce n’est peut-être pas une fin, mais un point de départ. Une intuition laissée en suspens, en attente d’être reprise, approfondie, adaptée aux réalités du terrain. Car dans un sport où l’on cherche sans cesse à optimiser la performance, il reste encore des marges de progression immenses du côté de la stratégie. Et si les mathématiques peuvent aider à mieux comprendre quand accélérer… mais surtout quand ralentir, alors elles n’ont sans doute pas dit leur dernier mot.
En trail comme ailleurs, la performance n’est pas une ligne droite. C’est une succession de choix. Et parfois, le plus intelligent de ces choix consiste simplement à accepter de ne pas aller toujours plus vite.
Espérons que tôt ou tard d’autres chercheurs reprennent ce flambeau.
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