Les propos de Kevin Mayer sur la nutrition n’ont manifestement pas convaincu L’Équipe.
Après l’interview du décathlonien dans le podcast Extraterrien, le quotidien sportif a consacré un long article à démonter plusieurs de ses affirmations en s’appuyant sur l’analyse d’un nutritionniste. Un véritable contre-argumentaire qui remet en cause aussi bien ses convictions alimentaires que ses explications sur le rôle de la génétique.
L’Équipe passe les déclarations de Kevin Mayer au crible
Dans son entretien, Kevin Mayer expliquait qu’il se sentait beaucoup plus performant lorsqu’il privilégiait une alimentation composée essentiellement de viande et de légumes. Jusque-là, il s’agissait du témoignage d’un sportif décrivant ce qui fonctionne pour lui.
Mais le champion est allé plus loin en affirmant que l’alimentation devrait varier selon les origines des individus. Selon lui, son ascendance nordique expliquerait notamment pourquoi certains aliments lui conviendraient davantage que d’autres.
Des déclarations que L’Équipe a choisi d’analyser en détail plutôt que de relayer sans recul.
Pour répondre aux affirmations de Kevin Mayer, L’Équipe a sollicité Valentin Lacroix, nutritionniste ayant accompagné plusieurs sportifs de haut niveau.
Son verdict est sans détour : plusieurs idées avancées par le décathlonien reposent sur des hypothèses qui ne sont pas validées par les connaissances scientifiques actuelles.
Le spécialiste rappelle notamment qu’il n’existe aucune certitude selon laquelle les populations préhistoriques adoptaient toutes une alimentation pauvre en glucides. Les habitudes alimentaires variaient fortement selon les régions du monde, ce qui rend très fragile toute généralisation.
La théorie de « l’arbre généalogique » largement contestée : c’est probablement la partie qui a le plus retenu l’attention de L’Équipe.
Kevin Mayer estime que deux personnes ayant des origines très différentes ne devraient pas manger de la même manière, leur patrimoine génétique ayant évolué avec des aliments différents.
Là encore, le nutritionniste tempère fortement cette vision. Les brassages génétiques au fil des siècles rendent ces raisonnements extrêmement difficiles à démontrer, et les données scientifiques actuelles ne permettent pas d’établir un lien aussi direct entre arbre généalogique et alimentation idéale.
Autre point souligné par L’Équipe : les conséquences d’une alimentation très pauvre en glucides pour un athlète de haut niveau.
Le spécialiste rappelle que le décathlon sollicite fortement les réserves énergétiques et que les glucides restent un carburant majeur pour les efforts explosifs et répétés. Réduire fortement leur consommation pourrait donc nuire à la performance mais aussi augmenter le risque de blessures, même s’il est impossible d’établir un lien direct avec les problèmes physiques rencontrés par Kevin Mayer au cours de sa carrière.
Pourquoi les propose de Kevin Mayer peuvent vraiment être problématiques
| Affirmation de Kevin Mayer | Pourquoi c’est contesté |
|---|---|
| Il est plus performant avec un régime composé essentiellement de viande et de légumes. | Son expérience personnelle n’est pas remise en cause, mais elle ne peut pas être généralisée à tous les sportifs. |
| Le régime des hommes préhistoriques était essentiellement sans glucides. | Les scientifiques estiment qu’il n’existe pas de modèle alimentaire unique au Paléolithique. Les habitudes variaient selon les régions et les ressources disponibles. |
| L’alimentation idéale dépend de l’arbre généalogique. | Les connaissances actuelles ne permettent pas d’établir un lien aussi direct entre les origines familiales et les besoins alimentaires individuels. |
| Une personne aux origines nordiques ne devrait pas manger comme une personne d’origine africaine ou asiatique. | Les brassages génétiques sur des milliers d’années rendent cette théorie très difficile à démontrer scientifiquement. |
| Limiter fortement les glucides est compatible avec une performance optimale. | Pour les nutritionnistes, les glucides restent indispensables dans les sports explosifs et à forte charge d’entraînement comme le décathlon. |
| Son modèle alimentaire pourrait être une référence. | Les spécialistes rappellent qu’une sensation personnelle ne constitue pas une preuve scientifique et qu’il n’existe pas de consensus validant ces théories. |
Pourquoi ce débat est important
Les réserves exprimées par L’Équipe ne sont pas qu’un débat théorique entre spécialistes.
Ces dernières années, plusieurs athlètes d’endurance ont raconté les conséquences d’une alimentation trop restrictive en glucides.
Lire à ce sujet nos deux articles
En résumé, en consacrant un article entier à déconstruire les déclarations de Kevin Mayer, L’Équipe ne s’est pas contenté de rapporter les propos de l’athlète. Le journal a choisi de les confronter méthodiquement aux connaissances scientifiques disponibles, transformant une simple interview en véritable débat sur la nutrition sportive.
Une démarche qui montre qu’à l’heure où les prises de parole des champions influencent largement le grand public, les médias spécialisés entendent aussi exercer leur rôle de vérification lorsque certaines affirmations s’éloignent du consensus scientifique.
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