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🎥 Le trail a complètement perdu le sens de ce que signifie bien manger.
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne (lien pour me contacter dans ma bio en bas de l’article).
Après des annĂ©es de recettes healthy, de graines de chia et de pancakes protĂ©inĂ©s, le discours sur l’alimentation sportive semble prendre une direction presque opposĂ©e. Chips, bonbons, sodas et gels Ă©nergĂ©tiques occupent dĂ©sormais une place importante dans les discussions sur la nutrition des coureurs. Pendant ce temps, McDonald’s et Burger King multiplient les opĂ©rations publicitaires autour des marathons. Mais Ă force de vouloir dĂ©complexer notre alimentation, ne sommes-nous pas en train d’oublier l’essentiel ?
Il y a quelque chose qui me dĂ©range profondĂ©ment dans l’Ă©volution du discours sur l’alimentation sportive. Ce n’est pas une question de calories, de silhouette ou de culpabilitĂ©. C’est une question de cohĂ©rence.
Depuis quand est-il devenu presque suspect de rappeler qu’un sportif doit aussi chercher Ă bien nourrir son corps ? Depuis quand le refus des rĂ©gimes restrictifs doit-il nĂ©cessairement s’accompagner d’une valorisation permanente des bonbons, des chips et des produits industriels ?
Et surtout, Ă quel moment avons-nous commencĂ© Ă confondre le droit de manger ce que l’on veut avec l’idĂ©e que tous les choix alimentaires se valent ?
Nous sommes passés des graines de chia aux bonbons sans trouver le juste milieu
Il y a quelques années, les réseaux sociaux consacrés au sport débordaient de recettes présentées comme saines. Smoothies verts, puddings aux graines de chia, pancakes protéinés, bowls colorés : chaque repas semblait devoir devenir une démonstration de vertu nutritionnelle.
Cette Ă©poque avait ses excès. Elle entretenait parfois une vision rigide de l’alimentation, dans laquelle le moindre Ă©cart pouvait devenir une source de culpabilitĂ©.
Heureusement, les discours ont Ă©voluĂ©. Nous avons progressivement compris qu’un sportif n’avait pas besoin de manger parfaitement pour ĂŞtre performant, ni de contrĂ´ler chaque bouchĂ©e pour mĂ©riter sa place sur une ligne de dĂ©part.
Mais j’ai aujourd’hui le sentiment que le balancier est allĂ© trop loin dans l’autre sens.
À vouloir déconstruire les interdits alimentaires, certains discours finissent par donner une place disproportionnée aux produits industriels, comme si leur consommation constituait désormais une forme de liberté à revendiquer.
Or, entre l’obsession du manger sain et la banalisation de la malbouffe, il existe une voie beaucoup plus simple : une alimentation Ă©quilibrĂ©e, suffisamment Ă©nergĂ©tique, adaptĂ©e Ă l’effort et compatible avec le plaisir.
Le body positive ne devrait pas nous empêcher de parler de santé
Cette Ă©volution s’inscrit dans un mouvement plus large de dĂ©culpabilisation du rapport au corps.
Sur le principe, il y a beaucoup à défendre dans cette démarche. Personne ne devrait être humilié en raison de son poids, de son apparence ou de ses choix alimentaires. Et les troubles du comportement alimentaire rappellent à quel point les discours culpabilisants peuvent provoquer des dégâts.
Mais accepter les corps tels qu’ils sont ne devrait pas nous interdire de parler de santĂ©, de condition physique ou d’objectifs personnels.
Un coureur peut vouloir perdre un peu de poids pour des raisons qui lui appartiennent. Un autre peut chercher à prendre du muscle. Un troisième peut simplement vouloir améliorer son endurance, sans se préoccuper de son apparence.
Aucune de ces dĂ©marches ne devrait faire l’objet d’un jugement automatique.
Le problème commence lorsque le dĂ©bat devient tellement idĂ©ologique qu’il ne laisse plus de place Ă la nuance.
Respecter tous les corps ne signifie pas renoncer à discuter de nutrition. Et défendre une alimentation favorable à la santé ne signifie pas mépriser les personnes qui mangent autrement.
Pourquoi faisons-nous du sport, finalement ?
C’est la question que j’aimerais remettre au centre de cette discussion.
Pourquoi courons-nous ? Pourquoi acceptons-nous de sortir sous la pluie, de grimper des côtes interminables, de nous entraîner lorsque la fatigue se fait sentir ?
Pour certains, la rĂ©ponse tient Ă la compĂ©tition. Pour d’autres, au plaisir, Ă la libertĂ©, Ă la convivialitĂ© ou au besoin de se sentir mieux dans leur corps.
Il n’existe pas une seule bonne manière de pratiquer le trail. Mais il existe un point commun Ă toutes ces motivations : nous demandons quelque chose Ă notre organisme.
Nous sollicitons nos muscles, notre système cardiovasculaire, nos réserves énergétiques et notre capacité à récupérer.
Le trail nous apprend à avancer malgré la difficulté, à progresser, à écouter nos sensations et à respecter nos limites.
Pourquoi cette exigence disparaĂ®trait-elle complètement lorsqu’il est question de nutrition ?
Si nous prenons soin de nos chaussures, de notre matériel et de notre entraînement, il paraît tout aussi logique de nous intéresser à la qualité de ce que nous mangeons.
Non pas pour rechercher une perfection alimentaire inaccessible, mais pour donner Ă notre corps les moyens de fonctionner correctement.
Quand McDonald’s et Burger King s’invitent dans le marathon, ce n’est pas un hasard
Cette question prend une dimension particulière avec les dernières campagnes publicitaires des géants de la restauration rapide.
En octobre 2026, McDonald’s a distribuĂ© Ă Chicago du jus de cornichon dans le cadre d’une opĂ©ration destinĂ©e aux marathoniens. La marque mettait en avant un produit parfois utilisĂ© par les sportifs dans l’espoir de soulager certaines crampes musculaires.
Quelques semaines plus tard, Burger King installait d’immenses gobelets transformĂ©s en bains froids pour les participants au marathon de Dublin, tout en proposant des hamburgers gratuits aux finishers.
Les deux opĂ©rations ont un point commun : elles permettent Ă des enseignes de restauration rapide de se rapprocher de l’univers de la performance et de la rĂ©cupĂ©ration sportive.
Sur le plan publicitaire, c’est habile. Sur le fond, cela mĂ©rite d’ĂŞtre interrogĂ©.
Nous parlons de marques dont une partie importante de l’offre repose sur des produits qui ne correspondent pas nĂ©cessairement aux recommandations d’une alimentation quotidienne Ă©quilibrĂ©e.
Ces enseignes n’affirment pas que leurs hamburgers constituent des aliments santĂ©. Mais en multipliant les initiatives auprès des coureurs, elles profitent de l’image positive associĂ©e Ă la pratique sportive.
C’est une forme de rapprochement marketing qui me laisse perplexe.
Le marathon reprĂ©sente l’effort, la discipline et le dĂ©passement de soi. Faut-il vraiment que cet univers devienne un nouveau terrain de communication privilĂ©giĂ© pour les gĂ©ants du fast-food ?
Nouchka Simic, les chips et les bonbons : une autre vision de la nutrition sportive
Le débat ne concerne pas uniquement les multinationales. Il traverse également le monde de la nutrition sportive.
Nouchka Simic, diĂ©tĂ©ticienne du sport et traileuse reconnue, dĂ©fend publiquement une approche dĂ©complexĂ©e de l’alimentation. Elle explique notamment consommer des chips et des bonbons pendant ses ultras pour varier les saveurs et parvenir Ă maintenir ses apports Ă©nergĂ©tiques sur la durĂ©e.
Son raisonnement mĂ©rite d’ĂŞtre entendu. Sur un ultra-trail, les besoins nutritionnels ne sont pas ceux de la vie quotidienne. Après plusieurs heures d’effort, un coureur peut avoir du mal Ă tolĂ©rer les produits sucrĂ©s habituels et rechercher d’autres textures ou d’autres goĂ»ts.
Les bonbons peuvent apporter des glucides rapidement disponibles. Les chips peuvent aider Ă rompre la monotonie alimentaire. Et les gels Ă©nergĂ©tiques sont spĂ©cifiquement conçus pour faciliter l’apport de glucides pendant l’effort.
Il serait donc scientifiquement inexact de présenter systématiquement ces produits comme inutiles.
Mais ce qui me gĂŞne, c’est le message qui peut ĂŞtre retenu lorsque ces exemples occupent une place considĂ©rable dans la communication sur la nutrition sportive.
Car expliquer qu’un aliment peut ĂŞtre utile dans une situation prĂ©cise ne revient pas Ă dire qu’il constitue une rĂ©fĂ©rence en matière d’alimentation.
Un bonbon consommĂ© au 80e kilomètre d’un ultra n’a pas la mĂŞme fonction qu’un bonbon consommĂ© machinalement devant un Ă©cran.
Un gel Ă©nergĂ©tique pris pendant une compĂ©tition rĂ©pond Ă une contrainte diffĂ©rente de celle d’un repas quotidien.
Cette distinction devrait être rappelée aussi souvent que possible.
DĂ©complexer l’alimentation ne doit pas signifier banaliser tous les produits
Nouchka Simic ne prĂ©tend pas qu’il faut manger n’importe quoi. Ses interventions insistent Ă©galement sur la nĂ©cessitĂ© de disposer d’apports adaptĂ©s et de respecter les grands principes de la nutrition sportive.
Le désaccord porte donc moins sur les recommandations techniques que sur la manière dont certaines prises de parole peuvent être comprises par le grand public.
Lorsque des messages courts circulent sur les réseaux sociaux, les nuances disparaissent facilement.
Une explication valable pour un ultra-traileur engagĂ© dans une course de 30 heures peut ĂŞtre interprĂ©tĂ©e comme un conseil gĂ©nĂ©ral concernant l’alimentation des sportifs.
Or, la majoritĂ© des pratiquants de course Ă pied ne participent pas rĂ©gulièrement Ă des ultras de plusieurs dizaines d’heures.
Leurs besoins alimentaires sont différents.
Et c’est prĂ©cisĂ©ment pour cette raison qu’il me semble nĂ©cessaire de remettre l’alimentation quotidienne au centre du dĂ©bat.
Les gels énergétiques ne remplacent pas une bonne alimentation
Il faut Ă©galement sortir d’une opposition un peu caricaturale entre produits naturels et produits transformĂ©s.
Un gel Ă©nergĂ©tique n’est pas mauvais simplement parce qu’il est fabriquĂ© industriellement. Sa composition peut ĂŞtre parfaitement adaptĂ©e aux besoins d’un coureur pendant un effort prolongĂ©.
Inversement, un aliment naturel n’est pas automatiquement le meilleur choix au milieu d’une compĂ©tition. Une banane, par exemple, peut très bien convenir Ă certains coureurs et ĂŞtre difficile Ă digĂ©rer pour d’autres.
La nutrition sportive repose sur des besoins, des quantités, des tolérances individuelles et un contexte.
Mais cette rĂ©alitĂ© ne devrait pas nous faire perdre de vue une Ă©vidence : aucun produit Ă©nergĂ©tique ne remplace la qualitĂ© gĂ©nĂ©rale de l’alimentation.
La prĂ©paration d’un trail ne commence pas au moment oĂą l’on ouvre son premier gel.
Elle s’appuie aussi sur les repas des jours et des semaines prĂ©cĂ©dentes, sur des apports Ă©nergĂ©tiques suffisants, sur la variĂ©tĂ© alimentaire et sur une rĂ©cupĂ©ration adaptĂ©e.
On peut parfaitement utiliser des gels pendant une course tout en privilégiant des aliments peu transformés au quotidien.
Ces deux démarches ne sont absolument pas contradictoires.
Le sport ne devrait pas devenir un simple prétexte pour consommer
Ce qui me préoccupe finalement dépasse largement la question des chips ou des hamburgers.
Nous assistons Ă une transformation de la culture sportive, dans laquelle chaque pratique devient une occasion de vendre quelque chose.
Une sortie doit être enregistrée sur Strava. Une performance doit être partagée. Une course devient un contenu pour les réseaux sociaux. Et la récupération elle-même devient un argument commercial.
Les marques ne se contentent plus d’accompagner notre pratique. Elles cherchent Ă occuper une place dans chaque moment de notre vie sportive.
Le trail n’Ă©chappe pas Ă cette Ă©volution.
Pourtant, courir en montagne reste une activitĂ© profondĂ©ment simple. Il s’agit d’avancer sur un terrain, de gĂ©rer son effort, de composer avec les difficultĂ©s et de trouver les ressources pour continuer.
Le matériel peut nous aider. Les produits énergétiques aussi. Mais ils ne devraient jamais devenir le centre de notre rapport au sport.
Le sport est d’abord une pratique, une expĂ©rience et, pour beaucoup d’entre nous, une manière de vivre.
En résumé, OUI on peut bien manger sans être des obsédés de la nutrition
Je ne dĂ©fends ni les rĂ©gimes extrĂŞmes ni une alimentation faite d’interdits.
Je ne pense pas non plus qu’un coureur devrait culpabiliser parce qu’il mange une pizza, des bonbons ou un hamburger.
Le plaisir fait partie de l’alimentation. Il fait aussi partie de la vie sportive.
Mais je refuse l’idĂ©e selon laquelle rappeler l’importance d’une alimentation Ă©quilibrĂ©e serait devenu ringard, moralisateur ou contraire Ă une approche dĂ©complexĂ©e du corps.
Nous pouvons accepter nos imperfections sans renoncer Ă progresser.
Nous pouvons apprécier les plaisirs alimentaires sans transformer chaque produit industriel en symbole de liberté.
Et nous pouvons écouter les conseils des spécialistes de la nutrition sportive tout en conservant notre esprit critique face aux discours commerciaux.
Le problème n’est pas de manger des chips pendant un ultra-trail. Le problème serait de finir par croire qu’il n’existe plus aucune diffĂ©rence entre s’alimenter pour rĂ©pondre Ă un besoin ponctuel et prendre soin de sa santĂ© sur le long terme.
Ă€ force de vouloir dĂ©complexer notre rapport Ă l’alimentation, nous risquons d’oublier que bien manger n’est pas une punition.
C’est aussi une manière de respecter ce corps auquel nous demandons tant de choses, kilomètre après kilomètre.
Et personnellement, je trouve que notre sport mĂ©rite mieux qu’un dĂ©bat permanent entre graines de chia et hamburgers.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidĂ©os YouTube.









