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Hier, j’ai consacré un article au positionnement de Nouchka Simic sur la banane en trail.
🎥 Mon analyse en vidéo : quand le conseil nutritionnel rencontre le conflit d’intérêts
Dans cette vidéo, je reviens sur ce qui me gêne derrière la polémique de la banane : pas seulement le débat nutritionnel, que nous avons déjà traité, mais la question des conflits d’intérêts et du mélange des casquettes dans le trail.
Nouchka Simic est diététicienne du sport, créatrice de contenus et collabore commercialement avec Overstims, une marque qui vend notamment des gels énergétiques. Lorsqu’elle explique qu’un gel est plus pertinent qu’une banane pendant l’effort, le problème n’est donc pas forcément de savoir si son argument est faux, mais de savoir comment le recevoir lorsqu’il vient d’une professionnelle qui travaille parallèlement avec une entreprise du secteur concerné.
Je reviens aussi sur la petite pique environnementale autour du transport des bananes, ainsi que sur la différence entre ce qui relève d’une opinion personnelle, d’un conseil professionnel et d’un contenu commercial.
Cette pauvre banane est une parfaite illustration des points de friction qui traversent notre discipline
Cela peut paraître anecdotique de faire une fixette sur cette déclaration et ces pauvres bananes. Pourtant, l’épisode constitue une bonne illustration des points de friction qui traversent aujourd’hui le trail, entre expertise, influence, partenariats commerciaux et conseils adressés au grand public.
Son argument est simple : pourquoi transporter 120 grammes de fruit pour une vingtaine de grammes de glucides quand un gel permet d’emporter presque la même chose pour beaucoup moins lourd ? Nous avions conclu que le raisonnement se tenait sur le plan de l’optimisation, mais beaucoup moins dès qu’on le confrontait à la pratique réelle des traileurs.
Nouchka Simic travaille commercialement avec Overstims, une marque qui vend notamment des gels énergétiques
Nouchka Simic n’est pas seulement diététicienne du sport et créatrice de contenus : elle collabore aussi commercialement avec Overstims, une marque spécialisée dans la nutrition sportive qui commercialise notamment des gels énergétiques. Son agence la présente comme diététicienne du sport et créatrice de contenus, tandis que plusieurs de ses propres publications mentionnent explicitement des « collaborations commerciales » avec Overstims.
Elle devient plus large : comment recevoir le conseil d’une professionnelle lorsqu’il concerne précisément une catégorie de produits commercialisée par l’une des marques avec lesquelles elle travaille ?
Nouchka Simic parle avec plusieurs casquettes
Nouchka Simic n’est pas une simple pratiquante qui raconte ce qu’elle préfère manger en course. Son agence Fraich’Touche la présente comme diététicienne du sport et créatrice de contenus spécialisée dans la nutrition sportive, avec une communication largement tournée vers les pratiquants de trail, de running et de sports d’endurance.
Cette qualité professionnelle change forcément la manière dont ses propos sont reçus. Lorsqu’un coureur explique qu’il préfère un gel parce qu’il trouve cela plus pratique, il exprime avant tout une préférence personnelle. Lorsqu’une diététicienne du sport affirme qu’un choix alimentaire « ne relève plus vraiment de la nutrition sportive », la phrase peut être perçue comme un avis fondé sur une expertise professionnelle.
C’est précisément pour cette raison que ses autres activités deviennent pertinentes.
Overstims fait partie de ses partenaires commerciaux
Les collaborations de Nouchka Simic avec Overstims sont publiques. Une publication de sa page Facebook consacrée à sa stratégie nutritionnelle pour la Grande Traversée des Alpes mentionne explicitement une « collaboration commerciale » avec Overstims. Un autre contenu de son podcast est lui aussi présenté comme étant « en collaboration commerciale avec @overstims ». (Facebook)
Overstims commercialise précisément des produits de nutrition de l’effort, parmi lesquels une gamme importante de gels énergétiques destinés notamment au trail et aux sports d’endurance. Certains de ces gels apportent environ 25 à 26 grammes de glucides par prise.
Une diététicienne qui collabore commercialement avec une marque vendant des gels énergétiques vient d’expliquer publiquement pourquoi le gel lui paraît plus pertinent que la banane pendant l’effort.
Cela ne permet évidemment pas de conclure que l’un explique l’autre. Le fait que Nouchka Simic collabore commercialement avec Overstims ne permet pas d’affirmer que son avis sur la banane lui aurait été dicté par la marque, et nous ne disposons d’aucun élément permettant de dire que cette story aurait été commandée, rémunérée ou publiée à la demande d’Overstims.
Le sujet porte sur le contexte dans lequel un conseil professionnel est donné et sur la manière dont expertise, influence et partenariat commercial peuvent se superposer.
Nouchka Simic dirait peut-être exactement la même chose sans Overstims
Ce serait caricatural de considérer qu’une recommandation devient automatiquement suspecte dès lors que son auteur possède un partenaire commercial. Dans le cas présent, une partie du raisonnement de Nouchka Simic est d’ailleurs difficilement contestable : un gel énergétique est bien plus compact qu’une banane et permet de transporter une quantité importante de glucides dans un poids très réduit.
La vraie question concerne donc la manière dont le public interprète un conseil situé à la frontière entre expertise professionnelle et univers commercial. Un même argument n’est pas forcément reçu de la même façon lorsqu’il émane d’une professionnelle totalement indépendante de l’industrie concernée ou d’une professionnelle qui travaille parallèlement avec une marque vendant précisément les produits dont elle souligne l’intérêt pratique.
La relation commerciale ne change pas nécessairement la valeur nutritionnelle de l’argument. Elle en change en revanche le contexte.
En résumé, expertise, influence et partenariat commercial peuvent finir par se confondre
C’est probablement là que se situe le vrai sujet, et il dépasse largement Nouchka Simic. Les réseaux sociaux font aujourd’hui cohabiter sur un même compte des contenus de nature très différente : conseil professionnel, récit personnel, publicité, partenariat commercial, code promotionnel, test de produit ou simple opinion. Le problème n’est pas que ces formats existent, mais qu’ils deviennent parfois difficiles à distinguer lorsqu’ils sont portés par une seule et même personne.
Dans le cas de Nouchka Simic, plusieurs identités se superposent : diététicienne du sport, traileuse, créatrice de contenus et partenaire commerciale de marques du secteur de la nutrition. Son agence met d’ailleurs explicitement en avant à la fois son expertise professionnelle et son activité de créatrice de contenus. (Fraich’TOUCH)
Le titre de diététicienne donne naturellement davantage de poids à une prise de parole sur l’alimentation. Lorsqu’une professionnelle explique qu’un gel est plus pertinent qu’une banane, le public peut d’abord entendre un conseil nutritionnel là où se superposent également une expérience personnelle et des relations commerciales avec des acteurs du secteur.
Ce qui compte, c’est que le lecteur puisse comprendre depuis quelle position le message lui est adressé.
Faut-il alors se méfier de tous les professionnels qui travaillent avec des marques ?
Non. Ce serait tomber dans l’excès inverse. Un professionnel peut parfaitement collaborer avec une marque parce qu’il apprécie réellement ses produits, et une relation commerciale n’efface ni sa formation ni ses compétences. De la même manière, un athlète peut être sponsorisé par un équipementier tout en considérant sincèrement que les chaussures qu’il porte sont excellentes.
La bonne question n’est donc pas de savoir s’il faut croire ou ne plus croire les professionnels qui ont des partenaires. Elle consiste plutôt à savoir quels liens existent entre celui qui conseille et celui qui vend. Dans le cas présent, le lecteur sait désormais deux choses : Nouchka Simic possède une expertise professionnelle en nutrition sportive et elle entretient parallèlement des collaborations commerciales documentées avec Overstims, une marque qui commercialise notamment des gels énergétiques.
Aucune de ces deux informations ne doit effacer l’autre.
Elle devient aussi : « Quels liens cette personne entretient-elle avec l’industrie dont elle parle ? »
Cette deuxième question ne sert pas à invalider automatiquement la première. Elle permet simplement de replacer le conseil dans son contexte.
Rien n’interdit en principe à une diététicienne de travailler avec une marque de nutrition sportive. La situation est différente de celle des médecins, qui sont soumis à des règles déontologiques spécifiques concernant notamment leur indépendance professionnelle et certaines activités commerciales.
En revanche, lorsqu’un contenu constitue réellement une collaboration commerciale ou une publicité, son caractère commercial doit être clairement identifiable.
Nous n’avons trouvé aucun texte obligeant une diététicienne à rappeler l’ensemble de ses partenariats chaque fois qu’elle intervient publiquement sur un sujet lié à ces partenaires.
Dans le cas de la story sur la banane, rien ne permet donc d’affirmer qu’elle devait légalement mentionner Overstims, sauf à démontrer que cette publication précise faisait partie de la collaboration commerciale.
La question posée ici est donc moins celle d’une éventuelle illégalité que celle de la transparence envers le public lorsqu’expertise professionnelle et partenariats commerciaux se croisent.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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