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« Choisir la banane ne relève plus vraiment de la nutrition sportive » : pourquoi l’argument de la diététicienne du sport Nouchka Simic est discutable

8 août 2026
dans Santé
nouchka simic
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Quelques jours après avoir battu le FKT féminin de la Grande Traversée des Alpes, Nouchka Simic a repris son boulot de diététicienne du sport.

 

La diététicienne, qui partage régulièrement ses conseils avec sa communauté, s’est cette fois attaquée à un grand classique des ravitaillements en trail : la banane.

Sommaire

Toggle
  • La banane dans le trail, ce que dit exactement Nouchka Simic
    • Son argument : pourquoi transporter autant de poids pour seulement 20 grammes de glucides ?
      • Là-dessus, Nouchka Simic a raison
    • Là où le raisonnement devient discutable
      • Un traileur peut aussi vouloir limiter les aliments ultra-transformés
      • Sur un ultra, il y a aussi la question de la lassitude alimentaire
      • Le traileur amateur se moque souvent totalement du poids d’une banane
      • Et sur beaucoup de trails, la banane n’est même pas transportée
    • Reste l’écologie
  • Banane ou gel énergétique : les avantages et les inconvénients
    • L’infographie, le match
  • En résumé, le désaccord tient presque à une définition différente de la nutrition sportive.
  • Lire aussi

Dans une story publiée sur Instagram, elle s’interroge sur l’intérêt de transporter un fruit d’environ 120 grammes pour n’en retirer qu’une vingtaine de grammes de glucides, alors que les gels énergétiques permettent de concentrer une quantité comparable de glucides dans beaucoup moins de poids.

Sur le papier, le raisonnement se tient. Mais seulement si l’on considère que le principal objectif de l’alimentation d’un traileur consiste à optimiser chaque gramme transporté.

Nouchka Simic, une professionnelle de la nutrition sportive

Nouchka Simic est diététicienne du sport et formatrice en nutrition sportive. Elle accompagne des sportifs de différents niveaux et pratique elle-même l’ultra-trail. 

Elle est notamment l’autrice du Nutri’guide du sportif, consacré à l’alimentation, à la performance et à la récupération, et a également annoncé un second ouvrage proposant 100 recettes destinées aux sportifs. 

Son expérience donne donc du poids à son propos mais nous allons tout de même discuter l’argument précis qu’elle développe ici.

La banane dans le trail, ce que dit exactement Nouchka Simic

« Bonjour monsieur banane, j’aimerai amener le débat sur la table : la banane est une bonne source de glucides mais sa consommation est elle pertinente à l’effort, dans un monde où chaque gramme transporté compte, est-il est réellement philosophiquement et mécaniquement acceptable de porter 120 grammes de matière pour espérer en tirer péniblement une vingtaine de grammes de glucides lorsque l’humanité a précisément inventé le gel énergétique pour condenser cette même énergie dans trois fois moins de poids, auquel cas choisir la banane ne relève plus vraiment de la nutrition sportive mais d’un engagement personnel en faveur du transport de fruits sur longue distance. »

Son argument : pourquoi transporter autant de poids pour seulement 20 grammes de glucides ?

Le raisonnement est essentiellement celui de la densité énergétique transportée.

Une banane contient de l’eau, des fibres et différents micronutriments. Tout cela pèse lourd sans fournir directement les glucides recherchés pendant la course.

À l’inverse, le gel énergétique a précisément été conçu pour faire l’inverse : mettre une quantité importante de glucides dans quelques dizaines de grammes de produit.

Dans une logique de compétition où chaque gramme compte, l’avantage du gel est évident.

Là-dessus, Nouchka Simic a raison

Pour un coureur élite qui transporte lui-même toute sa nutrition et cherche à courir le plus vite possible, trimballer plusieurs bananes plutôt que quelques gels paraît difficile à défendre.

À quantité de glucides comparable, la banane pèse davantage, prend plus de place et se conserve moins facilement dans un sac.

Le gel est aussi plus facile à consommer en courant. Une banane doit être sortie du sac, épluchée puis mastiquée. Le gel, lui, s’ouvre rapidement et peut être avalé presque immédiatement, sans mastication. À haute intensité, en descente ou sur un terrain technique, cet avantage pratique est réel.

Sur une course courte et très compétitive, il n’y a donc pratiquement pas match : le gel est un outil d’optimisation, et il fait très bien ce pour quoi il a été conçu.

Là où le raisonnement devient discutable

Le problème arrive lorsqu’on passe de :

« le gel est plus léger qu’une banane pour une quantité donnée de glucides » à : « choisir une banane ne relève plus vraiment de la nutrition sportive ».

Parce que la nutrition sportive ne consiste pas uniquement à minimiser le poids transporté.

Un traileur peut aussi vouloir limiter les aliments ultra-transformés

Tous les sportifs ne souhaitent pas passer six, dix ou quinze heures à avaler uniquement des gels, des poudres et des boissons énergétiques.

La question n’est pas seulement philosophique : elle peut aussi relever d’un choix de santé et d’alimentation au quotidien. Certains traileurs cherchent volontairement à privilégier des aliments simples ou peu transformés, y compris pendant l’effort, plutôt qu’à multiplier les produits industriels spécifiquement formulés pour le sport.

Cela ne signifie évidemment pas qu’un gel énergétique serait « mauvais pour la santé ». Pendant une course, il répond à un besoin précis et peut même être très utile pour atteindre facilement les apports glucidiques nécessaires.

Mais entre utiliser des gels comme outil de performance et considérer qu’un aliment entier comme une banane n’aurait plus sa place en nutrition sportive, il y a un pas.

Un coureur peut parfaitement alterner gels et aliments classiques — bananes, pommes de terre, riz, pain, compotes — parce qu’il préfère limiter la quantité de produits très transformés qu’il consomme, parce qu’il les digère mieux ou simplement parce que cette manière de s’alimenter correspond davantage à ses habitudes.

Manger une banane en trail peut donc aussi relever d’un choix nutritionnel et de santé parfaitement cohérent, pas seulement d’un refus absurde d’optimiser le poids de son sac.

 

Cette différence entre banane et gel ne tient d’ailleurs pas tant à la qualité des glucides qu’à leur concentration et à la vitesse à laquelle le coureur peut les consommer.

 

Banane ou gel : les glucides sont-ils absorbés de la même manière ?

Les quelque 20 à 25 grammes de glucides apportés par une banane sont parfaitement utilisables par l’organisme pendant l’effort. Ils ne deviennent pas « moins intéressants » simplement parce qu’ils sont contenus dans un fruit plus lourd qu’un gel.

La différence tient surtout à la vitesse de digestion et à la facilité avec laquelle un sportif peut augmenter ses apports. Un gel apporte généralement 20 à 30 grammes de glucides sous une forme très concentrée, souvent avec plusieurs types de sucres permettant d’optimiser leur absorption lorsque l’on cherche à consommer beaucoup de glucides chaque heure.

La banane contient aussi de l’eau, des fibres, du potassium et d’autres nutriments. Sa digestion peut être un peu plus lente, notamment si elle est peu mûre, mais ses glucides restent disponibles pour l’effort.

Autrement dit : le gel est plus efficace pour concentrer et multiplier les apports glucidiques. Cela ne signifie pas que les glucides de la banane sont moins bien assimilés ou inutiles.

Sur un ultra, il y a aussi la question de la lassitude alimentaire

Sur quelques heures, avaler des gels peut être relativement facile. Au bout de dix, quinze ou vingt heures, beaucoup de coureurs recherchent autre chose : du salé, du solide, des textures différentes.

L’alimentation d’un ultra ne consiste donc pas seulement à atteindre théoriquement X grammes de glucides par heure. Il faut encore réussir à continuer à manger.

Dans ce contexte, une banane que le coureur accepte de manger peut avoir davantage d’intérêt qu’un énième gel qu’il ne supporte plus.

Le traileur amateur se moque souvent totalement du poids d’une banane

C’est probablement le point le plus évident.

La grande majorité des pratiquants de trail ne jouent ni une victoire ni quelques secondes.

Un coureur qui transporte un téléphone de 200 grammes, une veste, deux flasques, parfois une batterie externe et plusieurs centaines de grammes de matériel obligatoire ne va pas nécessairement modifier sa performance parce qu’il transporte 80 grammes supplémentaires pendant une heure.

L’obsession du rapport grammes transportés/glucides peut avoir beaucoup de sens chez les meilleurs.

Elle en a nettement moins chez quelqu’un qui veut simplement terminer son 30, son 50 ou son 80 kilomètres en mangeant quelque chose qu’il aime.

Et sur beaucoup de trails, la banane n’est même pas transportée

Autre faiblesse assez amusante du raisonnement : les bananes sont souvent disponibles au ravitaillement.

Le traileur la prend, la mange et repart.

Il ne transporte donc pas nécessairement ses fameux 120 grammes pendant des kilomètres.

L’argument du « transport de matière inutile » disparaît alors presque entièrement.

Reste l’écologie

La petite pique sur le « transport de fruits sur longue distance » laisse entendre qu’une banane ayant traversé une partie du monde constituerait nécessairement un choix environnemental absurde.

 

Les bananes importées en Europe sont effectivement transportées sur de très longues distances, notamment par fret maritime. Leur transport contribue à leur empreinte carbone. 

Mais le gel énergétique possède lui aussi une chaîne de production : ingrédients, transformation industrielle, fabrication de l’emballage, conditionnement et transport. Et chaque gel laisse derrière lui un emballage individuel.

Sans analyse de cycle de vie comparant précisément les deux, impossible d’affirmer sérieusement lequel possède le meilleur bilan environnemental.

La banane ne peut donc pas être disqualifiée simplement parce qu’elle a pris le bateau.

Le fret maritime participe bien à son empreinte carbone, mais sans comparaison complète du cycle de vie avec celui d’un gel énergétique, impossible d’en faire un argument décisif en faveur de l’un ou de l’autre.

Banane ou gel énergétique : les avantages et les inconvénients

Banane Gel énergétique
Glucides Environ 20 à 25 g pour une banane moyenne Souvent 20 à 30 g par gel
Poids transporté Plus lourd : autour de 100 à 120 g Beaucoup plus léger et compact
Praticité en courant Doit être épluchée et mastiquée S’ouvre et s’avale rapidement
À haute intensité Moins pratique Très adapté
Sur ultra Peut apporter une vraie variété alimentaire Risque de lassitude si consommé seul pendant des heures
Transformation Aliment entier, peu transformé Produit spécifiquement formulé pour l’effort
Absorption des glucides Glucides parfaitement utilisables, digestion parfois un peu plus lente Formulation pensée pour apporter rapidement beaucoup de glucides
Micronutriments Eau, potassium, fibres et autres nutriments Principalement conçu autour de l’apport énergétique
Tolérance / plaisir Peut être plus agréable pour certains coureurs Très variable selon les coureurs et les quantités
Ravitaillements Souvent disponible sans avoir à la transporter longtemps Généralement transporté par le coureur
Déchets Peau biodégradable, à jeter correctement Emballage individuel à jeter
Impact environnemental Transport parfois très long, généralement maritime Fabrication, transformation et emballage individuel ; comparaison globale difficile sans ACV précise
Pour l’élite Peu optimale en termes de poids et de rapidité Avantage net
Pour l’amateur Le surpoids d’une banane est souvent secondaire Pratique, mais pas indispensable

L’infographie, le match

En résumé, le désaccord tient presque à une définition différente de la nutrition sportive.

Si elle consiste uniquement à obtenir le maximum de glucides pour le minimum de poids, Nouchka Simic a raison : monsieur Banane vient de prendre une sacrée défaite face au gel.

Mais si la nutrition sportive consiste aussi à trouver une alimentation que le sportif digère, accepte de manger, apprécie pendant des heures et peut intégrer à sa propre façon de pratiquer le trail, la conclusion devient beaucoup moins évidente.

Le gel a gagné la bataille des grammes.

Il n’a pas pour autant tué la banane.

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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.

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Tags: bananeauteur : Axelle AnneNouchka Simicnouchka diet
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