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🎧 Faut-il obligatoirement courir pour avoir le droit de participer à un marathon ?
La question, relancée par L’Équipe, provoque des réactions particulièrement virulentes. Entre ceux qui veulent réserver les 42,195 km aux « vrais coureurs » et ceux qui défendent une pratique ouverte à tous, le débat révèle une forme d’élitisme qui dépasse largement la course à pied.
Le 29 octobre 2026, L’Équipe a publié un article consacré à une tendance qui prend de l’ampleur dans les grandes courses sur route : les participants qui choisissent de parcourir un marathon en marchant. Intitulé « Walker friendly » et barrière des six heures : faut-il interdire le marathon aux marcheurs ?, le sujet interroge la place de ces participants dans des compétitions historiquement associées à la course à pied.
Le quotidien sportif rappelle notamment que près de 40 % des participants au marathon de Los Angeles terminent après 6 h 30, tandis qu’en France, les organisateurs fixent généralement une barrière horaire autour de 6 heures.
Mais c’est surtout la réaction des internautes qui mérite qu’on s’y attarde.
Sous la publication Facebook de L’Équipe, les commentaires sont savoureux. Certains défendent une vision très stricte du marathon, d’autres réclament des critères de sélection, tandis que plusieurs internautes rappellent qu’une performance sportive ne se résume pas à une vitesse de déplacement.
Derrière ces échanges parfois amusants se dessine une question beaucoup moins anodine : le marathon est-il en train de devenir un sport réservé à ceux qui estiment avoir le niveau pour en faire partie ?
Les puristes : un marathon, ça se court, point final
La première catégorie de commentaires est probablement la plus catégorique. Pour ces internautes, le marathon est une épreuve de course à pied. Marcher, même sur 42,195 km, reviendrait donc à pratiquer une autre discipline.
Thom Rider résume parfaitement cette position :
« Un marathon c’est pour courir… Si tu veux marcher tu fais de la marche pédestre… »
Même raisonnement chez Christophe Dubois :
« Bien évidemment un marathon ce n’est pas une marche. Un marathon se termine grand max en 05H00 point barre »
D’autres proposent tout simplement de renvoyer les marcheurs vers des épreuves qui leur seraient réservées.
Le problème de cette vision est qu’elle transforme une définition sportive en critère d’appartenance.
À partir de combien de kilomètres marchés cesse-t-on d’être marathonien ? Un coureur qui marche pendant les 5 derniers kilomètres après avoir couru les 37 premiers mérite-t-il sa médaille ? Et celui qui alterne course et marche dès le départ ?
La frontière devient rapidement impossible à tracer sans tomber dans l’arbitraire.
Ce qui est frappant, c’est que cette opposition entre marche et course existe beaucoup moins en trail. Sur les épreuves de montagne, marcher dans les montées est une stratégie parfaitement admise, y compris chez les meilleurs athlètes.
Personne ne considère qu’un ultra-traileur perd son statut de coureur parce qu’il marche pendant une ascension.
Certes, marcher dans une côte à 20 % n’est pas la même chose que parcourir intégralement un marathon sur route en marchant. Mais cette comparaison rappelle une évidence : la marche n’est pas nécessairement le contraire de la performance en endurance.
Les gardiens du chrono : au-delà de 5 heures, ce ne serait plus vraiment un marathon
La deuxième catégorie de commentaires déplace le débat vers la vitesse.
Pour certains, le problème n’est pas tant de marcher que de mettre trop longtemps à terminer.
Jb Burnot propose ainsi une solution radicale :
« La barrière horaire devrait être de 5 h pour le marathon afin qu’il redevienne une performance de finisseur »
Florentin Degognie défend également une limite de 5 heures, estimant qu’elle permettrait notamment d’éviter les inscriptions de personnes ayant commencé à courir depuis quelques mois seulement.
Cette position repose sur une idée assez particulière : un marathon devrait conserver une certaine difficulté d’accès pour que sa valeur sportive ne soit pas dépréciée.
Autrement dit, si trop de personnes deviennent marathoniennes, le titre perdrait une partie de son prestige.
C’est précisément là que commence le snobisme.
Car terminer un marathon en 5 h 30, 6 h ou 7 h ne signifie pas automatiquement qu’on s’est moins entraîné qu’un coureur plus rapide.
L’âge, les capacités physiques, l’expérience sportive, le handicap ou simplement les prédispositions individuelles influencent considérablement le résultat.
Une personne de 65 ans qui prépare sérieusement son premier marathon n’a pas nécessairement moins de mérite qu’un coureur de 30 ans qui boucle la distance en 3 h 30.
Les deux performances sont différentes. Elles ne demandent pas pour autant d’établir une hiérarchie de dignité entre leurs auteurs.
Les défenseurs des « vrais coureurs » : quand le dossard devient un privilège
Une troisième catégorie de commentaires est encore plus révélatrice.
Cette fois, il ne s’agit plus seulement de défendre une discipline ou une barrière horaire. Il s’agit de déterminer qui devrait avoir accès aux grandes courses.
Frédérik Legat regrette ainsi que des participants plus lents puissent obtenir un dossard alors que, selon lui, près de 30 000 « vrais coureurs » risqueraient d’en être privés par le tirage au sort l’année suivante.
L’expression « vrais coureurs » résume à elle seule une grande partie du problème.
Qui délivre ce statut ?
Faut-il courir un marathon en moins de 4 heures ? Avoir terminé plusieurs semi-marathons ? Appartenir à un club ? Justifier d’une certaine ancienneté dans la pratique ?
D’autres internautes suggèrent d’ailleurs de conditionner l’inscription aux grands marathons à la participation préalable à des épreuves plus modestes.
Le raisonnement peut se défendre lorsqu’il s’agit de vérifier qu’un participant possède l’expérience nécessaire pour affronter une distance exigeante. Mais il devient beaucoup plus contestable lorsqu’il sert simplement à distinguer les coureurs jugés légitimes des autres.
Un marathon populaire n’est pas un championnat du monde.
C’est une épreuve sportive dans laquelle peuvent cohabiter des athlètes de haut niveau, des coureurs expérimentés, des débutants et des personnes qui cherchent à accomplir un défi personnel.
Vouloir réserver cette expérience à ceux qui correspondent à une certaine définition du « vrai coureur » revient à transformer une pratique populaire en cercle fermé.
Les pragmatiques : le vrai problème, ce sont les barrières horaires et les bénévoles
Il serait toutefois injuste de présenter tous les opposants à la marche sur marathon comme des snobs.
Certains soulèvent des difficultés concrètes.
Jacques Foucaud évoque notamment son expérience de bénévole et la difficulté d’attendre les derniers participants pendant de longues heures.
D’autres rappellent que les routes doivent rouvrir, que les ravitaillements ne peuvent pas fonctionner indéfiniment et que les équipes médicales doivent être mobilisées pendant toute la durée de l’événement.
Ces arguments sont parfaitement légitimes.
Organiser un marathon nécessite de bloquer des axes de circulation, de mobiliser des centaines de bénévoles et de garantir la sécurité de milliers de personnes.
Une course ne peut pas nécessairement rester ouverte pendant 10 ou 12 heures.
Mais fixer une barrière horaire pour des raisons de sécurité et d’organisation n’est pas la même chose que vouloir exclure les marcheurs au nom du prestige du marathon.
C’est une distinction essentielle.
Un participant qui respecte le règlement, les horaires et les consignes de sécurité ne devrait pas avoir à justifier sa présence sur la ligne de départ auprès d’autres coureurs.
La véritable question est donc celle de l’organisation des événements : quelles durées maximales peuvent être proposées, avec quels moyens et quelles contraintes ?
Pas celle de savoir si un marcheur mérite moralement de porter une médaille.
Ceux qui défendent les marcheurs rappellent une évidence : le sport appartient à tout le monde
Heureusement, les commentaires sous la publication de L’Équipe ne sont pas tous hostiles aux marcheurs.
Laurent Degeorge résume une position beaucoup plus simple :
« Tant que la barrière horaire est respectée, je ne vois pas où est le problème »
Monique Lachgar Jamet rappelle, de son côté, qu’un bon coureur peut lui aussi avoir besoin de marcher lorsque les sensations ne sont pas au rendez-vous.
D’autres internautes évoquent leur âge, leurs difficultés physiques ou leur expérience personnelle.
Alain Dorlac explique notamment avoir couru son premier marathon à 60 ans, en 5 h 12, et s’interroge sur cette volonté de hiérarchiser les performances.
Pierre Convert apporte une réponse particulièrement intéressante au débat en évoquant un marathon terminé en marche athlétique en 4 h 44.
Son témoignage rappelle que marcher ne signifie pas forcément avancer lentement.
Il existe même des marcheurs capables de terminer bien avant des milliers de coureurs.
La distinction entre les deux disciplines est réelle sur le plan technique, mais elle ne permet pas de classer automatiquement les participants selon leur valeur sportive.
Pourquoi cette polémique révèle un véritable snobisme dans la course à pied
Le snobisme ne consiste pas à vouloir courir vite.
Il n’y a évidemment rien de condamnable à viser un marathon en moins de 3 heures, à rechercher une qualification prestigieuse ou à consacrer plusieurs années à progresser.
Le snobisme apparaît lorsque cette ambition personnelle devient un critère permettant de juger les autres.
Lorsqu’un coureur estime qu’un participant plus lent ne mérite pas le même dossard, la même ligne d’arrivée ou la même médaille, il ne défend plus seulement sa propre conception du sport.
Il cherche à imposer cette conception à tous.
Cette attitude révèle une contradiction assez frappante dans le running moderne.
D’un côté, les marques, les organisateurs et les communautés sportives encouragent chacun à se mettre à courir, à progresser à son rythme et à se fixer des objectifs personnels.
De l’autre, certains pratiquants semblent regretter que cette démocratisation fonctionne trop bien.
Le marathon serait devenu trop accessible, trop populaire, trop ouvert.
Comme si la réussite des nouveaux venus diminuait celle des anciens.
Or, un coureur qui termine en 2 h 45 ne perd absolument rien parce qu’une autre personne franchit la ligne en 6 h 30.
Son chrono reste le même. Sa préparation aussi. Sa performance n’est pas effacée.
La présence de participants plus lents n’enlève rien à ses qualités sportives.
Et si le trail avait une leçon à donner au marathon ?
Cette polémique est d’autant plus étonnante lorsqu’on la regarde depuis le monde du trail.
Sur une course de montagne, il est parfaitement normal de voir les participants alterner marche et course.
Un athlète peut marcher pendant plusieurs kilomètres, utiliser des bâtons, ralentir considérablement dans une montée et repartir en courant sur une portion plus favorable.
Personne ne lui demande de prouver qu’il est un « vrai traileur » à chaque changement d’allure.
Ce qui compte, c’est sa capacité à gérer son effort, à respecter les barrières horaires et à rejoindre l’arrivée.
Le trail n’est évidemment pas exempt d’élitisme. Les débats autour des chronos, des qualifications et de la légitimité des participants existent aussi en montagne.
Mais cette culture de l’alternance entre marche et course montre qu’il est possible de concevoir autrement la performance en endurance.
Et surtout, elle rappelle qu’il n’existe pas une seule manière de parcourir une longue distance.
En résumé, ceux qui veulent exclure les marcheurs contribuent à diviser la société
Au fond, cette polémique dépasse largement les 42,195 km.
Elle pose une question qui traverse aujourd’hui de nombreux domaines : faut-il réserver certaines expériences à ceux qui répondent aux critères d’excellence définis par une minorité ?
Dans le sport, cette logique peut rapidement conduire à opposer les rapides aux lents, les jeunes aux plus âgés, les athlètes confirmés aux débutants, les personnes valides à celles dont les capacités physiques sont différentes.
Bien sûr, toutes les épreuves ne peuvent pas accueillir tout le monde dans n’importe quelles conditions. Les barrières horaires, les contraintes de sécurité et les exigences de préparation doivent être prises au sérieux.
Mais lorsqu’on ne parle plus de sécurité ou de règlement, et qu’on commence à opposer les « vrais coureurs » aux autres, le débat change de nature.
Ceux qui veulent exclure les marcheurs au seul motif qu’ils ne courent pas contribuent à installer une division sociale là où le sport pourrait justement créer du lien.
Le marathon a longtemps représenté un défi exceptionnel. Sa popularisation ne le rend pas moins difficile : elle permet simplement à davantage de personnes de tenter l’aventure.
Et il serait paradoxal qu’un sport aussi universel que la course à pied finisse par considérer que certaines personnes ne sont pas assez rapides pour avoir le droit d’en faire partie.
Le véritable esprit sportif ne consiste peut-être pas à décider qui mérite d’être sur la ligne de départ, mais à reconnaître que chacun n’y arrive pas avec les mêmes capacités, les mêmes ambitions ni la même histoire.
Source
L’Équipe, article de Pascal Silvestre publié le 29 octobre 2026, et commentaires publics sous sa publication Facebook. Les réactions citées illustrent différentes positions exprimées dans le débat ; elles ne constituent pas un sondage représentatif de l’opinion des coureurs.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.








