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Après avoir transformé les chaussures de course, les équipementiers pourraient bien s’attaquer au reste du corps. Nike vient de faire courir Keely Hodgkinson sur 800 m avec une combinaison intégrale conçue pour réduire la résistance de l’air. Une expérimentation qui pose une question : les vêtements vont-ils devenir le prochain terrain de la course à l’armement technologique en running ?
Pendant plusieurs années, toute l’attention s’est portée sur les pieds des coureurs. Plaques carbone, mousses toujours plus légères et réactives, géométries agressives : les fameuses « supershoes » ont profondément changé la course sur route et sur piste.
Mais Nike regarde désormais un peu plus haut.
Vendredi 18 septembre 2026, à Londres, la Britannique Keely Hodgkinson, championne olympique du 800 m à Paris en 2024, s’est présentée au départ de l’Athlos dans une tenue pour le moins inhabituelle : une combinaison noire intégrale avec capuche, développée spécialement pour elle.
Derrière son allure futuriste, l’objectif est très sérieux : faire perdre le moins d’énergie possible à l’athlète lorsqu’elle fend l’air.
Nike cherche maintenant des gains ailleurs que dans les chaussures
À ce niveau de performance, les équipementiers cherchent des gains partout.
La combinaison de Hodgkinson a été développée sur mesure dans les installations de recherche de Nike dans l’Oregon. Elle épouse très étroitement le corps et possède des ouvertures destinées notamment à assurer la ventilation au niveau du dos et des aisselles.
Même la queue-de-cheval de la Britannique a été intégrée à la réflexion : une ouverture spécifique permet aux cheveux de sortir de la capuche.
Le principe général consiste à limiter tout ce qui pourrait perturber l’écoulement de l’air autour du corps lorsque l’athlète court.
Sur un 800 m disputé autour de 25 km/h, l’aérodynamisme n’est évidemment pas aussi déterminant que sur un vélo lancé à 50 km/h. Mais lorsqu’une victoire peut se jouer sur quelques centièmes, le moindre gain potentiel devient intéressant.
Des petits triangles pour modifier l’air autour du coureur
La partie la plus étonnante de cette combinaison se trouve directement sur son tissu.
Nike a ajouté à certains endroits de petits reliefs triangulaires imprimés en 3D, appelés générateurs de vortex.
Leur fonction peut sembler paradoxale : ils créent volontairement de minuscules turbulences.
L’objectif est de modifier la manière dont l’air circule autour du corps afin de réduire le sillage qui se forme derrière l’athlète et, en théorie, diminuer la traînée aérodynamique.
Autrement dit, Nike essaie de travailler avec l’air plutôt que simplement de proposer le vêtement le plus lisse possible.
Une logique déjà bien connue dans d’autres sports où l’aérodynamisme occupe une place essentielle.
La combinaison fait-elle réellement courir Keely Hodgkinson plus vite ?
C’est évidemment la question centrale.
Et pour l’instant, impossible d’y répondre précisément.
À Londres, Hodgkinson s’est imposée sur 800 m en 1 min 56 s 40. Une excellente performance, mais loin de ses meilleurs chronos.
La Britannique possède notamment un record personnel largement inférieur à 1 min 55.
Son résultat du jour ne permet donc absolument pas d’affirmer que la combinaison lui a fait gagner du temps.
Surtout, Nike n’a pas communiqué de donnée permettant de traduire son travail aérodynamique en secondes ou en centièmes gagnés sur un 800 m.
La technologie paraît crédible dans son principe. Son impact réel sur la performance reste beaucoup plus difficile à établir.
Le précédent des chaussures carbone incite quand même à regarder cette combinaison sérieusement
L’histoire récente du running invite cependant à ne pas balayer trop rapidement ce genre d’expérimentation.
Lors de l’apparition des premières chaussures à plaque carbone modernes, elles ont elles aussi provoqué beaucoup de scepticisme.
Puis les études, les chronos et les records ont progressivement confirmé qu’un équipement pouvait réellement modifier l’économie de course.
La révolution a été suffisamment importante pour pousser World Athletics à imposer des règles concernant notamment l’épaisseur des semelles et l’architecture des chaussures utilisées en compétition.
La combinaison de Hodgkinson se trouve encore très loin de ce niveau de preuve.
Mais la logique industrielle ressemble étrangement à celle observée avec les supershoes : additionner une multitude de petits gains technologiques pour améliorer la performance finale.
Nike travaille sur l’aérodynamisme des coureurs depuis plus de 25 ans
L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle.
Aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, Cathy Freeman avait remporté le 400 m dans une combinaison Nike couvrant presque entièrement son corps, jusqu’à la tête.
La fameuse « Swift Suit » avait déjà été développée avec une obsession : diminuer la résistance de l’air.
À l’époque, la tenue avait suscité des interrogations sur l’avantage qu’elle pouvait procurer.
Nike a ensuite exploité ce type de recherche dans d’autres disciplines, notamment le patinage de vitesse, où quelques différences aérodynamiques peuvent avoir des conséquences importantes.
Plus récemment, Faith Kipyegon a elle aussi couru avec une tenue spécifiquement travaillée lors de sa tentative de mile sous les quatre minutes en 2025.
La combinaison de Keely Hodgkinson apparaît donc moins comme un gadget isolé que comme une nouvelle étape dans un vieux programme de recherche.
Après les chaussures, le textile pourrait devenir le prochain grand terrain d’innovation
Le running moderne cherche désormais des gains dans presque tous les domaines.
Les chaussures améliorent l’économie de course. Les montres permettent de contrôler précisément l’entraînement. Les capteurs analysent la foulée. La nutrition de compétition est optimisée au gramme près.
Il restait encore le vêtement.
Pendant longtemps, une tenue de course devait surtout être légère, respirante et confortable. Elle pourrait progressivement devenir un équipement de performance à part entière.
On peut très bien imaginer les marques travailler demain sur des vêtements différents selon la vitesse, la distance ou même la morphologie du coureur.
La question deviendrait alors particulièrement intéressante pour le marathon, où un athlète reste exposé à la résistance de l’air pendant plus de deux heures.
Et pourquoi pas, à terme, pour le trail roulant ou les portions rapides d’ultra-trail ?
En résumé, on va vers des « super-combinaisons » réglementées comme les supershoes
Nous n’en sommes pas encore là.
Aucune donnée publique ne permet aujourd’hui d’affirmer que la combinaison de Keely Hodgkinson procure un avantage comparable à celui apporté par les chaussures modernes.
Mais si un fabricant démontrait un jour qu’un vêtement aérodynamique permet de gagner plusieurs secondes sur une course, une autre question arriverait immédiatement : jusqu’où peut-on laisser la technologie intervenir dans la performance ?
La natation connaît parfaitement ce débat. Les combinaisons en polyuréthane qui avaient accompagné une pluie de records à la fin des années 2000 ont fini par être interdites.
La course à pied a ensuite connu sa propre révolution avec les supershoes.
Le textile pourrait donc constituer la prochaine frontière.
Après avoir optimisé ce qui se trouve sous les pieds des coureurs, les marques commencent maintenant à travailler sur l’air qui circule autour d’eux. Et si les petites excroissances de la combinaison de Keely Hodgkinson semblent encore anecdotiques aujourd’hui, elles annoncent peut-être déjà la prochaine bataille technologique du running.
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