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🎧 La Fédération française d’athlétisme vient de s’associer à Strava avec un objectif affiché de modernisation, mais aussi avec une ambition beaucoup plus concrète : renforcer la visibilité de ses clubs auprès des millions de Français qui courent aujourd’hui en dehors du cadre fédéral et tenter d’en convertir une partie en licenciés.
Derrière les comptes certifiés, les événements, les outils communautaires et les avantages réservés aux adhérents, ce partenariat prend une dimension particulière lorsqu’on le replace dans le contexte financier de la FFA, marqué par un déficit de 3,6 millions d’euros, un plan d’austérité, une enquête sur ses comptes et, depuis janvier 2026, un PPS devenu payant.
Aucun document public ne permet toutefois d’affirmer que le rapprochement avec Strava a été conclu spécifiquement pour éponger ce déficit. Le lien entre ces différents éléments relève donc d’une lecture économique et éditoriale de la stratégie actuelle de la Fédération, et non d’une causalité officiellement établie.
La FFA va chercher les coureurs directement sur Strava
Le partenariat, annoncé le 21 septembre 2026, pourrait à première vue être résumé à une opération de modernisation numérique. Les quelque 2 600 clubs affiliés à la Fédération française d’athlétisme vont désormais pouvoir bénéficier d’une présence officielle et vérifiée sur Strava, publier leurs entraînements, annoncer des événements, communiquer avec leurs membres et utiliser la plateforme pour renforcer leur visibilité.
La FFA présente également ce dispositif comme un moyen de faciliter la découverte des clubs par de nouveaux pratiquants et, à terme, d’aider ces structures à recruter de nouveaux licenciés. Autrement dit, la Fédération ne se contente plus d’attendre que les runners poussent la porte d’un stade ou d’un club : elle vient désormais les chercher sur l’application qu’ils utilisent déjà au quotidien pour enregistrer leurs sorties, suivre leurs amis ou rejoindre des communautés de coureurs.
L’enjeu est considérable. Selon le dernier Observatoire du running de l’Union Sport & Cycle cité par L’Équipe, environ 8 millions de Français courent au moins une fois par semaine, alors que la FFA revendique environ 345 000 licenciés. L’écart entre ces deux chiffres résume à lui seul le potentiel du partenariat : le running français se porte très bien, mais une immense partie de ses pratiquants évolue encore en dehors du système fédéral.
Strava a un gros vivier de coureurs pour la FFA
Strava revendique aujourd’hui plus de 200 millions d’utilisateurs répartis dans plus de 185 pays. Pour la FFA, s’installer officiellement sur cette plateforme signifie donc pénétrer directement dans l’écosystème numérique des coureurs, là où se forment déjà des groupes, des habitudes d’entraînement et des communautés qui fonctionnent parfois sans aucun lien avec les clubs traditionnels.
Les visuels diffusés pour annoncer le partenariat mettent également en avant un avantage commercial réservé aux licenciés : une réduction de 20 % sur l’abonnement Strava. Le fonctionnement est assez clair. Strava bénéficie de la visibilité que lui apporte le réseau fédéral et ses centaines de milliers d’adhérents, tandis que la FFA gagne un accès privilégié à une population de runners bien plus vaste que sa propre base de licenciés.
Il faut cependant rester précis sur les termes. Strava ne vend pas directement les licences FFA, puisque les adhésions continuent de passer par les clubs. En revanche, l’application devient un outil de promotion, de visibilité et potentiellement de recrutement, ce qui permet à la Fédération de présenter son offre là où se trouvent déjà les pratiquants qu’elle cherche à attirer.
Un partenariat qui arrive dans un contexte financier très particulier
Pris isolément, ce rapprochement avec Strava pourrait être présenté comme une évolution logique pour une fédération sportive qui cherche à moderniser son fonctionnement. Mais il intervient après une période financière particulièrement délicate pour la FFA.
En juin 2025, L’Équipe révélait que la Fédération avait validé un déficit de 3,6 millions d’euros, soit environ 10 % de son budget. La direction avait parallèlement déposé une plainte contre X pour « abus de confiance » et « recel d’abus de confiance ». Quelques mois plus tard, en avril 2026, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris afin d’examiner les comptes de la Fédération et de déterminer si d’éventuelles infractions avaient été commises.
L’ouverture de cette enquête ne préjuge évidemment ni de l’existence d’une infraction ni d’éventuelles responsabilités pénales, mais elle a replacé la question des finances fédérales au centre de l’attention. Dans le même temps, la nouvelle direction a engagé un plan d’austérité destiné à redresser la situation, ce qui rend naturellement plus sensible toute initiative susceptible de développer les recettes ou d’élargir la base des adhérents.
Avant Strava, la FFA avait déjà rendu le PPS payant
La transformation la plus visible pour les coureurs est intervenue le 15 janvier 2026, avec l’entrée en vigueur d’un Pass Prévention Santé payant à 5 euros et valable pendant douze mois. Ce dispositif concerne les adultes non licenciés souhaitant participer aux compétitions relevant du cadre fédéral, notamment les courses sur route, les courses en montagne, les trails et les ultras.
Jusqu’alors, le PPS était gratuit et sa durée de validité était plus courte. La Fédération justifie ce changement par l’allongement de la validité, l’intégration d’une assurance responsabilité civile et l’ajout de nouveaux services. Sur le plan économique, le basculement reste néanmoins important, puisque la FFA peut désormais percevoir une contribution financière auprès d’un coureur qui ne souhaite pas adhérer à un club mais qui veut continuer à participer à certaines compétitions.
Cette évolution avait déjà suscité des interrogations au moment de son lancement, précisément parce qu’elle intervenait après la révélation du déficit fédéral. Là encore, rien ne permet d’affirmer que le PPS payant a été créé pour combler directement les pertes de la Fédération, mais l’enchaînement avait nourri le débat sur la manière dont la FFA entendait désormais monétiser une partie du running pratiqué en dehors de ses clubs.
PPS d’un côté, licence de l’autre
C’est à ce niveau que les dossiers du PPS et de Strava commencent à se répondre. Le coureur indépendant, longtemps situé largement en dehors de l’écosystème fédéral, est devenu une population stratégique pour la FFA.
S’il participe aux compétitions sans prendre de licence, il peut désormais être concerné par le PPS payant. S’il cherche davantage d’encadrement, de vie collective ou d’avantages, les clubs affiliés à la Fédération vont désormais apparaître directement dans l’application qu’il utilise déjà pour suivre sa pratique.
La logique est donc moins celle d’une rupture que d’un élargissement progressif de la présence fédérale autour du runner. La FFA ne s’adresse plus seulement à celui qui est déjà licencié ou qui fréquente un stade : elle cherche également à établir un lien avec celui qui court seul, qui rejoint un groupe informel ou qui organise toute sa pratique autour d’une montre GPS et de Strava.
Le running explose, mais une grande partie de sa pratique reste hors du cadre fédéral
Le paradoxe est là. Le running, le trail et les courses populaires attirent toujours plus de pratiquants, tandis que les outils numériques permettent de plus en plus de s’entraîner, de progresser et de rejoindre des communautés sans jamais entrer dans un club.
Une montre GPS permet d’analyser ses séances, les plans d’entraînement sont accessibles en ligne, les groupes de course se forment sur les réseaux sociaux et Strava remplit désormais une partie des fonctions sociales que les clubs assumaient autrefois presque seuls. Pour certains runners, la licence fédérale n’est donc plus un passage naturel ou indispensable.
La FFA tente progressivement de répondre à cette évolution en développant ses propres outils, comme MyDataRun, en transformant le PPS et en nouant désormais un partenariat avec Strava. Ces initiatives dessinent un même mouvement : construire un écosystème fédéral capable de toucher le runner qu’il soit déjà licencié, simple compétiteur occasionnel ou pratiquant autonome.
En résumé, la Fédération n’a pas besoin de convaincre les Français de courir, puisqu’ils sont déjà des millions à le faire. Son défi consiste plutôt à convaincre une plus grande partie d’entre eux de rejoindre ses clubs, d’utiliser ses services ou, au minimum, d’entrer dans son écosystème.
Le PPS lui permet désormais de conserver un lien économique avec certains coureurs non licenciés qui participent aux compétitions. Strava lui offre, de son côté, une porte d’entrée vers une population beaucoup plus large de pratiquants susceptibles de découvrir les clubs et, demain, de prendre une licence.
Rien ne permet d’affirmer que ce partenariat a été pensé pour combler directement les 3,6 millions d’euros de déficit révélés en 2025. Mais pour une Fédération engagée dans le redressement de ses comptes, la conquête de nouveaux adhérents représente nécessairement un enjeu économique autant que sportif.
Et pour trouver ces futurs licenciés, la FFA n’a finalement pas besoin de chercher très loin : ils courent déjà, et une grande partie d’entre eux est déjà sur Strava.
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