🎧 Nouchka Simic vient de boucler la Grande Traversée des Alpes entre Thonon-les-Bains et Nice en 7 jours, 18 heures et 19 minutes, améliorant de plus de deux heures le précédent record féminin détenu par Iliana Popik.
Sur le papier, la performance est impressionnante : 630 kilomètres et environ 35 000 mètres de dénivelé positif, avalés en un peu plus d’une semaine. Pourtant, depuis son arrivée sur la Promenade des Anglais, ce n’est pas seulement son chrono qui fait parler.
Sur les réseaux sociaux, une critique revient régulièrement : Nouchka Simic a réalisé cette traversée avec une équipe et ne transportait pas elle-même tout son matériel. Pour certains, cette assistance suffirait à relativiser fortement, voire à dévaloriser, son record.
L’assistance est bien réelle et doit évidemment être prise en compte lorsqu’on analyse les conditions de sa traversée. Mais suffit-elle pour considérer que la performance de Nouchka Simic ne vaut rien ?
🎥 Mon avis en vidéo : pourquoi je défends aujourd’hui le record de Nouchka Simic
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne.
Dans cette vidéo, je reviens sur les réactions suscitées par le record de Nouchka Simic et sur une critique qui m’est également adressée : après avoir questionné certains aspects de son projet avant son départ, pourquoi est-ce que je défends aujourd’hui sa performance ?
Parce qu’il s’agit tout simplement de deux sujets différents. On peut porter un regard critique sur le financement, la communication ou la construction d’un projet tout en reconnaissant ensuite ce qui a été accompli sportivement sur le terrain.
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OUI Nouchka Simic a réalisé son record féminin de la Grande Traversée des Alpes avec assistance
Il n’y a aucune raison de cacher cet élément, puisqu’il fait partie intégrante de la manière dont son projet a été construit. Nouchka Simic disposait d’une équipe chargée de l’accompagner dans sa traversée, de faciliter sa logistique et de lui permettre de se concentrer autant que possible sur sa progression.
Elle n’a donc pas parcouru le GR5 en autonomie complète avec plusieurs jours de nourriture, ses affaires et son matériel de bivouac sur le dos. Elle pouvait courir beaucoup plus léger qu’une personne engagée dans une traversée autonome, bénéficier de ravitaillements organisés et retrouver son équipe à différents moments de son parcours.
Évidemment que cela change les conditions de la performance. Sur une traversée aussi longue, quelques kilos de moins sur le dos représentent une économie considérable, tout comme le fait de ne pas avoir à gérer seul l’ensemble de la logistique.
Mais c’est précisément là qu’il faut éviter de mélanger deux débats. Dire que Nouchka Simic a bénéficié d’une assistance importante est une information nécessaire pour comprendre les conditions de son record. En déduire que son chrono n’aurait aucune valeur sportive en est une autre.
« Elle ne porte même pas son sac » : la critique qui revient depuis son arrivée
C’est probablement l’argument que l’on retrouve le plus souvent sous les publications consacrées à son record. Puisqu’elle ne portait pas tout son matériel et qu’une équipe gérait une partie de ses besoins, certains considèrent que sa traversée serait forcément beaucoup moins impressionnante.
Le problème de ce raisonnement est qu’il finit par faire disparaître l’essentiel : personne n’a parcouru les 630 kilomètres à sa place.
L’assistance permet de courir plus léger, d’optimiser les ravitaillements, de limiter les pertes de temps et de déléguer une partie considérable des problèmes logistiques. Elle ne permet en revanche pas de déléguer les heures passées sur les sentiers, la fatigue qui s’accumule ou la nécessité de repartir chaque jour malgré ce que le corps a déjà encaissé la veille.
Sur une telle traversée, la difficulté ne réside d’ailleurs pas seulement dans la distance parcourue au cours d’une journée. Elle vient surtout de la répétition de l’effort. Il faut être capable d’enchaîner des journées extrêmement longues, de récupérer dans un laps de temps réduit puis de continuer à avancer alors que la fatigue devient progressivement la norme.
C’est précisément ce que Nouchka Simic a réussi à faire pendant plus de sept jours.
OUI j’ai critiqué certains aspects de son projet, mais cela ne m’empêche pas de reconnaître sa performance
Un autre reproche est apparu après nos publications consacrées à son arrivée : comment u-Trail peut-il aujourd’hui féliciter Nouchka Simic alors que nous avions auparavant été critiques sur certains aspects de son projet ?
La réponse est assez simple : parce que ce ne sont pas les mêmes sujets.
Nous avions notamment interrogé son appel à financement, avec un budget annoncé pouvant atteindre 100 000 euros pour mener à bien ce projet. Nous avions également questionné la communication qui l’entoure et cette multiplication des casquettes devenue très fréquente dans l’univers du trail, où une même personne peut être à la fois sportive, créatrice de contenu, entrepreneuse et ambassadrice de marques.
Ces interrogations n’ont pas disparu parce que Nouchka Simic est arrivée à Nice. Elles peuvent continuer à faire débat et chacun peut avoir son opinion sur la manière dont un projet sportif personnel est financé et raconté sur les réseaux sociaux.
Mais reconnaître cela n’oblige pas à nier ce qui vient de se passer sur le terrain. Un média peut parfaitement questionner la construction et la communication d’un projet avant son départ, puis reconnaître la réussite sportive lorsque l’athlète atteint son objectif.
Ce n’est pas changer de discours en fonction du vent. C’est simplement distinguer les sujets.
Ce record change aussi la manière de regarder Nouchka Simic comme sportive
La performance est d’autant plus intéressante que Nouchka Simic est principalement connue du grand public trail à travers les réseaux sociaux. Cette exposition peut brouiller la perception de son niveau sportif, son image, ses partenariats et ses activités de créatrice de contenu occupant une place importante dans la manière dont elle est perçue.
Sa Grande Traversée des Alpes remet justement le terrain au centre de la discussion.
Cela ne signifie pas qu’un record sur le GR5 permette automatiquement de la comparer aux meilleures ultra-traileuses mondiales sur l’UTMB, la Hardrock ou les autres grandes courses internationales. Les formats, le niveau de concurrence et les contraintes sont différents, et établir une hiérarchie directe n’aurait pas beaucoup de sens.
En revanche, réussir à maintenir un tel volume d’effort pendant plus d’une semaine démontre des capacités d’endurance, de résistance à la fatigue et de récupération qui dépassent largement le cadre d’un simple défi personnel médiatisé sur les réseaux sociaux. Cette traversée donne incontestablement une nouvelle dimension sportive à Nouchka Simic.
Le plus étonnant reste peut-être notre banalisation de l’ultra
Au fond, les réactions suscitées par son record racontent peut-être quelque chose de plus large sur l’évolution du trail. À force de suivre quotidiennement des athlètes capables d’enchaîner les 100 miles, les traversées et les défis de plusieurs centaines de kilomètres, nous avons fini par perdre une partie de nos repères.
Courir 80 ou 90 kilomètres dans une journée paraît presque ordinaire dès lors que quelqu’un d’autre le fait régulièrement sur Instagram. Enchaîner ce type de distance pendant une semaine devient alors, vu depuis un écran, une performance que l’on peut rapidement relativiser parce qu’un sac a été porté par quelqu’un d’autre ou qu’un ravitaillement attendait quelques kilomètres plus loin.
L’ultra-endurance n’est pourtant pas devenue facile simplement parce qu’elle est devenue plus visible. La multiplication des performances extraordinaires sur les réseaux sociaux peut donner l’impression que ces distances sont désormais accessibles presque naturellement, alors que les contraintes physiologiques et la fatigue accumulée restent bien réelles.
Cette banalisation peut même conduire à oublier que les conséquences d’une pratique intensive ne se mesurent pas toujours le lendemain d’une arrivée. Dans le monde de l’ultra, les blessures et les problèmes physiques peuvent aussi apparaître plusieurs mois ou plusieurs années plus tard, ce qui devrait inciter à conserver un minimum de recul face à cette course permanente au toujours plus long.
On peut donc ne pas aimer la communication de Nouchka Simic, discuter de son financement, trouver son dispositif d’assistance très important ou préférer les aventures réalisées en autonomie. Tous ces débats sont légitimes et ils continueront probablement d’accompagner ce type de tentative.
Mais ils ne devraient pas nous faire perdre le sens des distances et de l’effort : traverser les Alpes à pied en moins de huit jours reste une performance sportive hors norme.
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