🎧 Antoine Clément vient de réussir un exploit hors norme au Maroc en devenant le premier homme à enchaîner les onze sommets de plus de 4 000 mètres du Haut Atlas.
Un dĂ©fi de 340 km et 16 000 m de dĂ©nivelĂ© positif qui mĂ©rite le respect. Pourtant, une question finit par se poser : les FKT ne sont-ils pas en train de saturer l’actualitĂ© du trail ?
Un exploit sportif qui force le respect
Il faut commencer par le dire clairement : ce qu’a rĂ©alisĂ© Antoine ClĂ©ment est immense. Pendant près de six jours, il a reliĂ© les onze sommets de plus de 4 000 mètres du Haut Atlas marocain, soit environ 340 kilomètres et 16 000 mètres de dĂ©nivelĂ© positif. Le parcours n’existait pas auparavant sous cette forme. Il a fallu imaginer un itinĂ©raire, reconnaĂ®tre le terrain, rĂ©soudre des difficultĂ©s techniques et Ă©voluer dans un environnement particulièrement engagĂ©.
Le Français a également dû composer avec une chaleur dépassant les 40 °C, une insolation, des passages très exposés, des chiens sauvages, des scorpions et des secteurs sans véritable sentier. Personne ne peut sérieusement minimiser une telle aventure.
Mais les FKT se multiplient à un rythme inédit
Depuis plusieurs semaines, les annonces de tentatives de FKT s’enchaĂ®nent Ă un rythme rarement observĂ©. SĂ©bastien Raichon sur le GR10, AurĂ©lien Sanchez sur le Pacific Crest Trail, François D’Haene puis AurĂ©lien Dunand-Pallaz sur le GR20, Anne-Lise Rousset qui prĂ©pare de nouveaux projets…
Ă€ peine un dĂ©fi est-il lancĂ© qu’un autre apparaĂ®t dĂ©jĂ . Et dĂ©sormais, certains athlètes crĂ©ent eux-mĂŞmes de nouveaux itinĂ©raires afin d’Ă©tablir un premier temps de rĂ©fĂ©rence.
Ă€ force de records, le record perd de sa valeur
Le FKT s’est construit autour d’itinĂ©raires mythiques. Le GR20, le Pacific Crest Trail, le John Muir Trail ou le Tour du Mont-Blanc possèdent une histoire, une communautĂ© et des rĂ©fĂ©rences que chacun connaĂ®t. Aujourd’hui, on voit apparaĂ®tre des FKT sur des parcours toujours plus confidentiels. Techniquement, rien ne l’interdit. Chacun est libre de proposer un nouvel itinĂ©raire.
Mais lorsque chaque massif, chaque vallĂ©e ou chaque traversĂ©e devient un nouveau record potentiel, le risque est Ă©vident : l’exception devient la norme.
Les sponsors adorent ce format
Il existe aussi une rĂ©alitĂ© Ă©conomique. Un FKT offre une libertĂ© totale. Pas de calendrier, pas d’organisation, pas de dossard Ă obtenir. L’athlète choisit sa mĂ©tĂ©o, son assistance, son Ă©quipe vidĂ©o et maĂ®trise entièrement son rĂ©cit.
Pour les partenaires, c’est un format idĂ©al. Les images sont spectaculaires, les rĂ©seaux sociaux suivent l’aventure jour après jour et un documentaire peut prolonger la visibilitĂ© pendant plusieurs mois. D’un point de vue mĂ©diatique, le FKT est devenu un produit particulièrement efficace.
Le trail ne doit pas oublier les courses
Le risque est ailleurs. Le trail s’est construit autour de confrontations directes entre les meilleurs. Une Western States, une Hardrock, un UTMB ou une Diagonale des Fous racontent une histoire parce que tous les favoris prennent le dĂ©part ensemble, sur le mĂŞme parcours, au mĂŞme moment. Un FKT est diffĂ©rent. L’athlète choisit sa fenĂŞtre mĂ©tĂ©o, son assistance, son rythme et parfois mĂŞme son itinĂ©raire.
Cela n’enlève rien Ă la performance, mais la comparaison avec une course reste dĂ©licate.
En rĂ©sumĂ©, ce n’est pas ce FKT lĂ qui fatigue, c’est la surenchère
Le Haut Atlas d’Antoine ClĂ©ment est probablement l’un des projets les plus originaux de l’annĂ©e. Mais il arrive dans un contexte oĂą les annonces de FKT se succèdent sans interruption. Ă€ force de voir apparaĂ®tre un nouveau record chaque semaine, l’effet de surprise disparaĂ®t peu Ă peu.
Ce qui devait rester exceptionnel devient presque banal. Le danger n’est donc pas le FKT lui-mĂŞme. C’est son inflation. Car lorsqu’il y a un record partout, tout le temps, on finit paradoxalement par ne plus vraiment regarder les records.





