🎧 Quand les élites n’arrivent pas à couper à temps – la spirale du dernier dossard
BATONS DE TRAIL EN VENTE SUR ALLTRICKS
Pour un athlète élite, savoir s’arrêter est peut-être l’épreuve la plus technique de sa carrière. Et beaucoup ratent le coche de sortir au bon moment, par la grande porte.
Le syndrome du « une course de plus »
S’il est difficile de couper le cordon soudainement, c’est que contrairement à d’autres sports où le déclin arrive plus vite et est mesurable au chronomètre, le trail offre une zone floue où l’expérience peut masquer pendant un moment l’usure physique. L’athlète se convainc que la gestion de l’effort peut suffire à payer.
C’est là que commence le piège du retour avec un dossard, parfois teinté d’acharnement. Prenons le cas de Kilian Jornet. Après avoir dominé la discipline pendant plus de quinze ans, repoussé toutes les limites de l’ultra et de l’alpinisme, il est de retour sur les sentiers cette année. En le voyant revenir et courir malgré une blessure au genou, on ne peut s’empêcher de se demander si ce n’est-ce pas l’année de trop. Même pour la légende, accepter que la machine réclame du repos semble être le défi le plus difficile à relever.
Le choc des générations – Courir au niveau mondial devient surtout courir après les jeunes.
François D’Haene et Courtney Dauwalter en sont les parfaits exemples. Ils affichent toujours une forme et un niveau exceptionnels, restent capables de boucler des ultras à des vitesses qui auraient écrasé la concurrence il y a cinq ans. Pourtant, on sent que la marche devient de plus en plus haute face à la relève, et qu’il devient difficile pour eux de tenir la cadence. Gagner devient plus rare et être sur les podiums demande une énergie surhumaine. Pour ces stars de la discipline, c’est sûrement difficile de trouver où placer le curseur. Il faut accepter de passer du statut de légende à celui de « coureur expérimenté » qui se bat pour un top 5 ou un top 10. La transition mentale est sans doute extrêmement violente pour des athlètes qui sont compétiteurs dans l’âme.
Le piège des sponsors et de l’image de marque
Aujourd’hui, et de plus en plus, un traileur pro est aussi une icône marketing. Parfois, la pression ne vient pas du cœur, mais du système dans lequel l’athlète a son pied. Les marques capitalisent sur les grands noms. Tant que l’athlète fait cliquer et vend du matériel, le système l’encourage à s’aligner sur une ligne de départ. L’athlète prend alors le risque de devenir l’ombre de lui-même, d’enchainer les abandons (DNF) ou les places anonymes, quitte à écorner parfois son propre mythe au passage.
L’art de sortir par la grande porte – L’exemple d’Anne-Lise Rousset-Seguret
Pourtant, une autre voie est possible. Réussir sa sortie, ce n’est pas disparaître, c’est choisir le timing de sa liberté. Anne-Lise Rousset en est l’exemple parfait.
Après avoir atteint les sommets de sa carrière (notamment avec son record mythique sur le GR20 et sa victoire sur la Transvulcania, juste avant de tourner la page de sa carrière élite), elle a su prendre sa retraite professionnelle au meilleur moment. Pas de déclin visible ni de blessure de trop, Anne-Lise a juste eu la lucidité de passer à autre chose. Aujourd’hui, elle continue de s’épanouir à travers des projets qui ont du sens, comme des FKT (Fastest Known Time) ou d’autres défis personnels. Elle prouve qu’on peut quitter le monde étouffant de la compétition tout en gardant un plaisir intact de courir en montagne.
Se réinventer sans perdre son ADN
Pour éviter de raccrocher les dossards de manière trop douloureuse, les athlètes doivent donc réinventer leur manière d’exister dans le sport. Certains, comme Anne-Lise Seguret, basculent définitivement vers les projets « off » en pleine nature, où le plaisir se mesure d’une autre manière, face aux éléments et loin de la foule des lignes de départ.
En résumé, savoir s’arrêter au bon moment, c’est faire preuve d’une forme d’intelligence sportive.
C’est accepter que le corps a donné tout ce qu’il pouvait et respecter l’histoire qu’on a écrite. Les plus grands champions ne sont pas forcément ceux qui courent jusqu’à l’épuisement total de leur capital santé, mais ceux qui, à l’image d’Anne-Lise Seguret, savent poser le dossard avec la fierté du devoir accompli. Quand on voit certains grands noms du trail s’acharner à pousser leur carrière jusqu’au bout, ça nous fait mal au cœur. Car pour les élites comme pour tout coureur, il vaut mieux courir avec le temps que de courir après lui.
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