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🎧 Dans une nouvelle vidéo, Théo Détienne se filme en train de dépasser des randonneurs en montagne avec cette phrase : « Ma passion ? Enrhumer les randonneurs. »
Une séquence probablement pensée comme une provocation humoristique, mais qui réveille une question devenue récurrente : jusqu’où peut-on construire son image en rabaissant ceux qui constituent le cœur du trail ?
Sur le plan sportif, la vidéo met simplement en valeur les qualités de descendeur de l’athlète français. Sur le plan de la communication, son message est moins anodin. Pris isolément, il peut être compris comme une plaisanterie. Replacé dans l’ensemble du personnage construit par Théo Détienne sur les réseaux sociaux, il commence toutefois à laisser une impression plus dérangeante.
Une nouvelle provocation de Théo Détienne
Théo Détienne a fait de la provocation l’un des piliers de sa communication. Ses vidéos reposent souvent sur l’autodérision, la mise en scène de sa supériorité sportive et un personnage volontairement sûr de lui. Son slogan, « La vie est dure, mais pas la mienne », résume parfaitement cette posture. Cette stratégie lui permet de se distinguer dans un univers où les contenus consacrés au trail finissent souvent par se ressembler. Montrer une séance, remercier ses partenaires ou publier quelques images de course ne suffit plus toujours pour capter l’attention. Il faut provoquer une réaction, susciter des commentaires et créer un personnage identifiable. Le problème apparaît lorsque ce personnage ne semble plus capable de parler des autres autrement qu’en les utilisant comme faire-valoir. Dans cette nouvelle vidéo, les randonneurs n’existent que pour être dépassés. Ils deviennent le décor permettant à l’athlète de montrer sa vitesse et d’alimenter sa propre légende numérique.
Derrière l’humour, une impression de mépris
Personne ne peut affirmer sérieusement que Théo Détienne déteste les randonneurs sur la seule base de cette vidéo. Il s’agit manifestement d’un contenu scénarisé et destiné à faire sourire sa communauté. Mais l’humour ne se juge pas uniquement à l’intention de celui qui publie. Il dépend aussi de la répétition des messages et de l’image qu’ils finissent par produire. Lorsque les petites courses, les coureurs amateurs ou les pratiquants plus lents deviennent régulièrement les accessoires d’une communication fondée sur la supériorité, le second degré finit par s’user. La question n’est donc plus seulement de savoir si cette publication est drôle. Elle consiste à se demander ce qu’elle raconte de la relation entre certains influenceurs et leur public.
Les randonneurs et les coureurs amateurs font vivre le trail
Dans la réalité, le cœur du peloton ressemble davantage aux personnes dépassées dans cette vidéo qu’aux athlètes capables de dévaler un sentier à grande vitesse. La majorité des traileurs alternent course et marche, ralentissent dans les montées et terminent loin derrière les premiers. Sur les ultras, même les meilleurs marchent régulièrement lorsque la pente devient trop importante. La frontière entre randonnée rapide et trail est donc beaucoup moins nette que certaines publications peuvent le laisser croire. Surtout, ce sont ces pratiquants ordinaires qui remplissent les courses, achètent les chaussures, les sacs, les montres GPS et les textiles mis en avant par les athlètes. Ce sont également eux qui utilisent les codes promotionnels, regardent les vidéos, commentent les publications et permettent aux créateurs de contenu de valoriser leur audience auprès des marques. Autrement dit, les randonneurs que l’on « enrhume » pour faire rire sont aussi ceux qui participent directement au modèle économique de l’influence dans le trail.
Peut-on mépriser le public dont on dépend
La communication sportive repose sur un équilibre fragile. Un athlète peut être arrogant, provocateur ou excessivement sûr de lui. Il peut même transformer cette attitude en véritable identité publique. Mais cette posture suppose une forme de cohérence. Lorsqu’un influenceur revendique une supériorité permanente, son public finit nécessairement par regarder ses résultats avec davantage d’exigence. Une communication fondée sur la performance ne peut pas éternellement fonctionner uniquement grâce aux punchlines, aux mises en scène et aux explications données après les courses. Le principe est simple : plus un athlète se présente comme supérieur aux autres, plus il s’expose à être jugé sur ce terrain. Les places d’honneur restent évidemment remarquables dans le sport de haut niveau, mais elles deviennent plus difficiles à raconter comme des victoires lorsque toute la communication repose sur une assurance absolue.
Le problème dépasse largement Théo Détienne
Cette vidéo ne pose pas uniquement la question de la personnalité de Théo Détienne. Elle illustre une évolution plus générale du trail sur les réseaux sociaux. Pendant longtemps, les athlètes ont surtout construit leur notoriété grâce à leurs résultats. Désormais, la performance sportive ne constitue plus qu’une partie du travail. Il faut publier, raconter, provoquer et entretenir quotidiennement l’attention d’une communauté. Cette transformation pousse certains sportifs à fabriquer des personnages toujours plus caricaturaux. Le risque est alors de ne plus savoir où s’arrête le rôle et où commence la véritable considération portée au public. À force d’expliquer que tout relève du second degré, les influenceurs finissent parfois par demander à leur communauté d’accepter n’importe quel message sans jamais avoir le droit de le critiquer. Pourtant, publier publiquement signifie aussi accepter que chacun puisse interpréter, commenter ou contester le contenu proposé.
On demande au moins aux influenceurs d’être peformants
Théo Détienne possède des qualités sportives incontestables et peut parfaitement réaliser une grande performance sur ses prochains objectifs. Une arrivée remarquée à l’UTMB, accompagnée de l’une de ses célèbres mises en scène, aurait probablement beaucoup de succès. Mais cette nouvelle vidéo confirme que son personnage public ne laisse plus beaucoup de place à la neutralité. Lorsqu’on choisit de se présenter comme celui qui domine, dépasse et « enrhume » les autres, il faut ensuite accepter que le public attende des résultats à la hauteur de cette prétention. Le trail peut supporter la provocation et l’arrogance. Il peut même en avoir besoin pour sortir d’une communication trop lisse. Mais il ne peut pas oublier que ce sport repose d’abord sur des milliers de pratiquants anonymes, souvent plus proches de la randonnée que du podium. Et sans eux, les influenceurs n’auraient tout simplement plus grand monde à influencer.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.








