🎧 Écouter le résumé de l’article sur le Baekdu Daegan Ridge dont Clemquicourt n’a pas battu le record
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Clément Deffrenne, plus connu sous le nom de Clemquicourt, fait partie des figures les plus visibles du trail français sur les réseaux sociaux. Entre YouTube, Instagram et ses projets vidéos ultra-produits, il a réussi à construire une communauté énorme autour de ses aventures sportives, de son humour et de son storytelling. Avec plus de 647 000 abonnés sur Instagram, chaque nouveau défi devient immédiatement un événement suivi par des centaines de milliers de personnes.
Clemquicourt vient de terminer le mythique Baekdu Daegan Ridge Trail, l’un des itinéraires les plus exigeants d’Asie : 760 km – 64 877 m de D+ pendant 13 jours à travers les montagnes de Corée du Sud.
Cette fois, il vient de traverser la Corée du Sud par les montagnes via le mythique Baekdu Daegan Ridge Trail. Une aventure gigantesque sur le plan physique. Mais justement, c’est peut-être là que le débat commence. Parce qu’à force de médiatiser toutes les aventures de créateurs de contenu, le trail finit parfois par perdre ses repères sur ce qui relève réellement de l’actualité sportive… et de ce qui relève simplement du contenu d’influence.
Les chiffres sont énormes, personne ne peut le nier
Sur le papier, ce que vient de réaliser Clemquicourt impressionne immédiatement. En 13 jours, il a parcouru 760 km et accumulé 64 877 m de dénivelé positif à travers les montagnes coréennes. La dernière étape, bouclée le 16 mai, représentait encore plus de 50 km et 5 352 m de D+.
Le Baekdu Daegan est loin d’être une promenade touristique. Cet itinéraire traverse une immense ligne de crête considérée comme l’épine dorsale montagneuse de la Corée. Les conditions y sont difficiles, l’orientation parfois complexe, et certains secteurs sont extrêmement isolés.
Physiquement, la performance est donc considérable.
Et les réactions publiées sous ses posts montrent bien à quel point le projet a marqué sa communauté. Beaucoup saluent la difficulté du défi, le travail de l’équipe vidéo, l’organisation logistique ou encore la capacité du groupe à produire des images spectaculaires pendant près de deux semaines.
D’autres commentaires montrent aussi que le sujet dépasse déjà le simple sport.
Certains parlent d’empreinte carbone liée à l’équipe présente sur place. D’autres ironisent sur le fait de “battre un record sans suivre exactement le parcours”. Plusieurs abonnés rappellent également que certains passages auraient traversé des zones sensibles ou interdites.
Autrement dit, même chez ses supporters, le débat existe déjà.
Oui mais il n’y a probablement pas de FKT officiel pour Clemquicourt (ni pour Clément Deffrenne)
Et c’est précisément là que le sujet devient compliqué.
Depuis plusieurs jours, il apparaît que cette traversée ne pourra probablement pas être homologuée comme Fastest Known Time officiel. Non pas parce que l’effort serait faux ou exagéré. Mais parce que l’itinéraire suivi ne correspondrait pas totalement à la trace de référence utilisée habituellement pour les FKT.
Dans plusieurs vidéos publiées pendant l’aventure, Clemquicourt reconnaît lui-même avoir volontairement quitté certains segments officiels afin de suivre ce qu’il considère comme la “vraie” ligne historique de la crête coréenne. Une partie de ces passages serait aujourd’hui fermée, interdite ou non reconnue dans les standards classiques de validation.
Et dans l’univers des FKT, les règles sont généralement très strictes. Une trace doit être reproductible, clairement définie et identique pour tous les prétendants. Sinon, le record ne peut pas être comparé aux précédents.
C’est d’ailleurs ce qui fait réagir certains observateurs. Car le projet a été présenté dès le départ comme une tentative de record. Avec communication, équipe vidéo complète, teasing et suivi quotidien. Pourtant, la question centrale de la validité de la trace semble avoir été réglée… en pleine aventure.
Ce n’est pas forcément grave si le projet devient un film d’aventure ou une exploration personnelle. Mais dans ce cas, on ne parle plus exactement de la même chose qu’un FKT classique.
Donc pourquoi faudrait-il en parler dans les médias trail ?
Et c’est probablement la vraie question derrière toute cette histoire.
Tous les jours, les médias spécialisés reçoivent des dizaines de messages de coureurs, d’aventuriers ou de créateurs qui souhaitent qu’on parle de leur projet personnel. Tentatives de FKT locales, traversées de massif, défis “off”, aventures bikepacking, ultra improvisés, records personnels filmés pour YouTube… les sollicitations sont permanentes.
Alors forcément, une question finit par se poser : où place-t-on la limite éditoriale ?
Parce que sinon, il faudrait parler de tout le monde.
Le fait d’avoir 647 000 abonnés ne transforme pas automatiquement une aventure personnelle en information sportive majeure. Sinon, l’actualité du trail finirait entièrement dictée par les algorithmes Instagram et YouTube.
Le problème n’est pas Clemquicourt lui-même. Il fait exactement ce que font aujourd’hui beaucoup de créateurs : produire du contenu spectaculaire, immersif et émotionnel. Et il le fait probablement très bien.
Car sinon, la frontière devient floue entre information, communication personnelle et divertissement sponsorisé.
En résumé, le vrai sujet, c’est peut-être celui du trail spectacle
Au fond, cette traversée raconte surtout autre chose : l’évolution du trail moderne vers des projets hybrides mêlant performance, cinéma, storytelling et influence.
Le chrono existe encore, mais il devient parfois secondaire face aux images, au récit et à l’engagement communautaire. D’ailleurs, plusieurs commentaires sous les publications de Clemquicourt disent exactement cela : “Le record, on s’en fout un peu”, “c’est l’aventure qui compte”, ou encore “pourquoi rajouter des débats”.
Et ils n’ont pas totalement tort.
Simplement, dans ce cas, il faut peut-être arrêter de présenter ces projets comme des records sportifs au sens classique du terme. Parce qu’un FKT n’est pas seulement une aventure spectaculaire. C’est aussi un cadre, une trace, des règles et une comparabilité.
Sinon, on entre dans autre chose : du contenu d’aventure moderne.
Et ce n’est pas forcément moins intéressant. Mais ce n’est plus exactement du sport de la même manière.
Source
- https://www.instagram.com/p/DYe5rDCCLXe/?igsh=MXA2bTVwbDZjd3lndg%3D%3D





